Dominique Vienne : il faut créer des lieux fédérateurs autour du sujet de la commande publique

Enquête sur les besoins de formation en matière de commande publique, lancement d’une plateforme tout en un, travail en faveur de l’affacturage inversé, incitation à se lancer dans la démarche RFAR… Le Haut Conseil de la Commande Publique de la Réunion, qui rassemble 183 organismes, va continuer d’œuvrer en 2022 pour créer les conditions de confiance entre acteurs publics et privés, pour faire de l’achat un acte de développement social et économique. Son président depuis 2019, Dominique Vienne est convaincu que toutes les régions auraient intérêt à suivre cet exemple et à se doter d’une instance d’intelligence collective territoriale.

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« Le sujet de la maximisation des retombées économique et social m’anime depuis plus de 15 ans ». Dominique Vienne est très actif à la Réunion. Et pour cause. Le nom de cet entrepreneur débordant d’énergie, qui a passé 15 ans chez Vinci avant de fonder, avec 2 autres associés, trois sociétés, figure dans de nombreux cénacles de l’île : ancien administrateur de la Fédération régionale du BTP, ancien président de la CPME insulaire, vice-président puis président du Conseil économique, social et environnemental régional, fondateur et ancien président de l’association SBA (stratégie du bon achat) et, depuis deux ans, président du Haut Conseil de la commande publique (HCCP).

Un triptyque fondateur

Car ce chef d’entreprises est aussi passionné par l’achat public, levier essentiel pour le futur de la Réunion, à l’image des autres territoires français éloignés de la métropole. « Il y dans les outre-mer des retards structurels évidents, reconnus par la loi Egalité Réelle votée par le parlement en février 2017. Il nous faut des établissements scolaires, des réseaux d’eau, des hôpitaux, des transports collectifs de type TRAM », constate sans états d’âme cet ardent défenseur de « ces bouts de France » nommés les Outremers mais que lui préférerait que l’on nomme la France Océanique.

Né à l’initiative de l’Etat en région et de son préfet Michel Lalande il y a 12 ans, le HCCP de la perle de l’Océan Indien repose sur un triptyque : meilleure visibilité de la programmation des marchés, financement de la commande publique et formation des acteurs. Et il rassemble autour de la table la famille au grand complet, pouvoirs adjudicateurs et fédérations professionnelles (450 membres – élus, directions générales et techniciens – représentant 183 organismes), dont les droits et devoirs sont rappelés par une Charte.

Enquête sur les besoins de formation

« Avec cette chose froide qui s’appelle le Code de la commande publique, nous avons cherché à en faire une approche chaude, c’est-à-dire un espace de rencontre pour chercher agir et permettre la maximisation des retombées pour le territoire », résume Dominique Vienne. Tout ou partie de la famille se réunit lors de comités pléniers, de comités techniques et au sein de 8 groupes de travail, chargés de plancher sur des thématiques avec une série de livrables à fournir. « Toute stratégie n’a de vérité que si elle a été rendue tangible par de l’action », insiste Dominique Vienne.

Et de l’action, il y a en aura en 2022. L’année vient de commencer sur les chapeaux de roue par la sortie récente d’une étude chargée de diagnostiquer l’état de la formation et de recueillir des besoins, à la fois pour les élus, les acheteurs et les entreprises. « Le résultat explose aux yeux », réagit Dominique Vienne : il y a des formations s’agissant des compétences métiers comme l’expertise juridique, mais il y a en revanche carence pour la stratégie d’achat, le pilotage de la fonction achat et la mise en œuvre des processus pour créer de la valeur (voir la synthèse des résultats). L’enquête recommande, entre autres, la rédaction d’un référentiel territorial des parcours de formation de la commande publique pour mutualiser et formaliser l’acte de formation à la commande publique responsable.

Côté planification des achats, le chantier phare sera le lancement, prévue au dernier trimestre, d’une plateforme digitale qui a donné lieu, l’année dernière, à une enquête auprès des entreprises afin de mieux définir leurs attentes (lire notre article du 21 octobre 2021). Cette plateforme proposera une trinité : la programmation des besoins en amont, la publication des appels d’offres – raccourci vers les profils d’acheteurs – et une base analytique des données essentielles baptisée Evamap (pour Etude et Valorisation de l’Attribution des Marchés Publics). « Elle va apporter de l’équité à l’accès aux marchés en permettant aux PME de s’organiser », commente le président du HCCP.

Le PFA, un moyen de régénérer les trésoreries des entreprises

Le pilier financement n’est pas oublié. Dominique Vienne travaille en faveur de l’affacturage inversé, appelé désormais paiement fournisseurs anticipé (PFA), qui permet aux maitres d’ouvrages, via un nantissement, de régler leurs factures en quatre jours. « Je milite en sa faveur parce que la Réunion et les outremers en général, souffrent d’un cancer structurel, celui des délais de paiement ». Si l’Etat a fait des progrès considérables, beaucoup de collectivités et d’établissements de santé ont des efforts à faire. Selon le dernier rapport de l’IEDOM, le DGP moyen du bloc local/santé en outre-mer atteint 62,1 jours.

« Il ne s’agit pas d’une mauvaise volonté de payer : certaines structures n’ont tout simplement pas les ressources et processus en interne pour mieux s’organiser », remarque-t-il. « La généralisation du PFA pour l’ensemble de l’outre-mer serait une révolution en réinjectant de 700 à 800 millions d’euros qui manquent aux trésoreries des entreprises ultramarines », défend Dominique Vienne qui a la ferme intention d’organiser des Assises des délais de paiement, comme en métropole, dans le but de fédérer tout l’écosystème et de créer les conditions de la réussite.

Embarquer les acheteurs dans le parcours RFAR

La thématique de l’achat responsable lui tient aussi à cœur. Le HCCP a d’ailleurs organisé en 2021 ses premiers trophées de l’achat durable (lire notre article du 13 décembre 2021). Son ambition : que les donneurs d’ordres membres du Haut Conseil s’engagent dans la première étape du parcours Relations fournisseurs et achats responsables (RFAR), celle de l’auto-évaluation, prélude à une adhésion à la Charte chère à Pierre Pelouzet. « L’aéroport Roland Garros de la Réunion s’est déjà engagé dans cette démarche de labélisation et permettra je l’espère, d’ouvrir la voie aux autres donneurs d’ordres », complète Dominique Vienne.

Pour persuader ses interlocuteurs de la justesse de la démarche, il a aussi fait intervenir des cabinets spécialisés en économétrie capables de convertir en euros les externalités positives d’un marché. « Lorsqu’on s’aperçoit par exemple qu’on perd la taxe d’apprentissage lorsqu’une entreprise attributaire n’est pas du territoire, cela réveille déjà les consciences politiques ».

Boucher les fuites du seau de la commande publique

La relocalisation est un autre cheval de bataille. Il souhaite que l’île se réapproprie au minimum 20 % de sa commande publique. « Tout en restant dans le droit européen et français. La réglementation nous donne des moyens qu’on utilise mal ou qu’on articule mal pour créer cet effet de levier », tient à préciser Dominique Vienne. « La commande publique qui arrive sur un territoire est un seau avec des fuites. Et l’enjeu, c’est de boucher les trous du seau ».

Pour y voir plus clair, un des GT du Haut Conseil va disséquer les 8 secteurs les plus importants et analyser l’offre présente sur le territoire. « C’est un travail de longue haleine qui va peut-être prendre 24 mois. Mais je préfère prendre position en agissant dans le temps long et réussir, plutôt que de prendre une posture et m’indigner sur la place publique en disant qu’on n’achète pas assez à la Réunion… »

L’action positive du Haut Conseil l’incite à penser que toutes les régions ultramarines de la France Océanique et celles de la France métropolitaine auraient intérêt à suivre l’exemple réunionnais. Mais le HCCP a pour l’instant un seul cousin, dans les Hauts-de-France, mis en place, il n’y a pas de hasard, lorsque Michel Lalande y exerçait les fonctions de préfet. C’est pourquoi Dominique Vienne porte la bonne parole partout où il le peut « On ne manque pas de législations ou de compétences en France, ce sont les espaces pour faire ensemble qui nous manquent. »

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