Un ange gardien pour mieux suivre les maladies chroniques

Afin de mieux coordonner le parcours des soins des personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques, aider le généraliste à poser un diagnostic en lui permettant de profiter de l’expertise hospitalière, le projet Ange Gardien, fruit d’un partenariat entre le CHU et l’université de Bordeaux, Cap Gemini, l’ARS de Nouvelle-Aquitaine et le conseil régional, a mis au point une application mobile.

© Epictura / ideyweb
Lancé il y a quatre ans par le CHU de Bordeaux, l’ARS de Nouvelle-Aquitaine, l’université de Bordeaux et Cap Gemini, le projet d’application destiné aux médecins généralistes pour mieux diagnostiquer et améliorer l’efficacité des soins de maladies chroniques devrait, dans les prochains mois, être une réalité dans trois départements de la région. La solution qui simplifie l’accès aux ressources du CHU vise notamment les patients souffrant notamment d’asthme, de polyarthrite ou de diabète.

« Le plus souvent nous les voyons trop tard, après plusieurs lignes de traitement, explique le professeur Thierry Schaeverbeke, rhumatologue au CHU de Bordeaux, et nous n’avons aucune chance de trouver les déterminants du déclenchement de la maladie et d’établir ainsi des stratégies de prévention ».

Une initiative de quatre spécialistes

Thierry Schaeverbeke

L’application a été imaginée à l’initiative de quatre spécialistes du CHU bordelais : « Nous n’étions en effet qu’une poignée, confie Thierry Schaeverbeke, un immunologue, un pneumologue, un interniste et moi-même qui suis rhumatologue. Nous avons proposé ce projet à l’ARS qui développait au même moment son projet de Territoire de Soin Numérique, avait mis en place sa première plateforme territoriale d’appui (PTA) et avait entamé le déploiement de Paaco-Globule, une application de communication entre professionnels de santé, afin de faciliter l’accès des médecins de première ligne aux ressources médicales et sociales du territoire ».

Avec cette meilleure coordination entre généralistes, spécialistes locaux et spécialistes du CHU, c’est pour ainsi dire du gagnant/gagnant : « Sans pour autant nous substituer à lui, nous apportons assistance et accompagnement au généraliste, alors que, dans le même temps, en disposant très tôt de toutes les informations, nous pouvons les universitaliser et travailler sur les déterminants, qu’ils soient génétiques ou environnementaux ». Car, comme le confirme le professeur Schaeverbeke, « les facteurs d’environnement représentent certainement un élément majeur dans le déclenchement des conflits immunologiques ».

Un parcours organisé

 

Marie-Noëlle Billebot

« Nous leur avons proposé un parcours organisé avec les généralistes et les hôpitaux de première ligne, explique Marie-Noëlle Billebot, directrice projet à l’ARS Nouvelle-Aquitaine, ainsi les professeurs du CHU peuvent disposer de toutes les informations dès le diagnostic effectué par le généraliste et même l’assister dès la prescription. De son côté, le CHU va bénéficier de l’historique que maîtrise le généraliste qui suit régulièrement son patient ». Un premier test a été organisé dans l’agglomération de Mont-de-Marsan autour de trois pathologies, l’asthme, la polyarthrite et le diabète alors que dans le même temps l’ARS créait une PTA dans chacun des douze départements de la région.

« C’est une belle ingénierie de projet, se félicite Marie-Noëlle Billebot, nous avons déployé les PTA de façon homogène, une par département, sur l’ensemble de la région et les Territoires de Soins Numériques (TSN) sont une réalité en Nouvelle-Aquitaine. Les professionnels, qu’ils soient sanitaires sociaux ou médico-sociaux, se sont appropriés le dispositif et utilisent de plus en plus l’outil numérique Paaco-Globule mis gratuitement à disposition par l’ARS.

 

« C’est un outil sécurisé de dialogue entre soignants, explique au CHU de Bordeaux le professeur Schaeverbeke, un logiciel très simple d’utilisation qui nous permet d’être bien plus réactifs ». De son côté, à l’ARS Nouvelle Aquitaine, Marie-Noëlle Billebot tient à souligner l’intérêt du numérique : « ainsi, l’accès aux soins et le suivi du parcours de santé seront les mêmes, que l’on vive dans la métropole bordelaise ou dans un territoire rural ».

Une appli également pour les patients

Les soignants ne seront pas les seuls à bénéficier d’une plateforme d’échange puisque les patients vont aussi pouvoir télécharger une application mobile sur leur smartphone : « L’appli Rafael permettra un échange de données entre le patient et son généraliste, indique Ulysse Moutard, directeur de Cap Gemini Invent, ainsi, le traitement pourra éventuellement être adapté selon les informations transmises par le patient à son médecin en fonction de l’évolution de la maladie ».

Si le CHU gère les protocoles médicaux, Cap Gemini assure le développement numérique sans pour autant avoir accès aux dossiers médicaux qui restent confidentiels. « Notre rôle se limite au développement des outils numériques assure Ulysse Moutard, et depuis la mise en place par l’ARS des Territoires de Soins Numériques, l’utilisation de Paaco Globule a explosé ». En effet, plus de 20 000 professionnels l’utilisent aujourd’hui en Nouvelle-Aquitaine.

 

Ulysse Moutard

Avec un socle d’environ 60 médecins et 200 patients au démarrage d’Ange Gardien, les objectifs, quoique ambitieux, pourraient être atteints le mois prochain : « Ces parcours numériques ont l’ambition d’être déployés sur 500 médecins et 5 000 patients d’ici la fin 2021, détaille Ulysse Moutard, et cela sur les seuls départements de la Dordogne, des Landes et de la Gironde, alors que la région en compte douze ! ».

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