Le CHRU de Brest actionnaire d’une start-up bretonne

Entré au capital d’une start-up biomédicale pour une part significative, le CHRU de Brest devient co-constructeur d’un logiciel de traçabilité de dispositifs médicaux implantables (DMI). L’établissement de santé ne se contentera pas de transmettre des données pour faciliter la mise au point de l’application :  un chef de projet a été désigné pour accompagner le développement et les blocs seront associés aux tests.

© Epictura

Le partenariat va plus loin que d’habitude pour un hôpital. Le CHRU (Centre hospitalier régional universitaire) de Brest a acquis 10 % du capital d’Oxyledger, une start-up locale travaillant à la mise au point d’un logiciel de traçabilité des prothèses et autres implants médicaux. L’investissement se monte exactement à 34 725 euros, ce qui est « loin d’être anecdotique » pour Fanny Gaudin, directrice de l’innovation du CHRU, responsable de son pôle recherche.

 

Fanny Gaudin

« Philippe El Saïr, notre ancien directeur, aujourd’hui à Nantes, était très tourné vers le numérique et très attaché à ce que l’hôpital soutienne les entreprises créatrices de valeur sur son territoire, dans le domaine qui est le sien, la santé. Oxyledger en est une. Son innovation permettra d’apporter un meilleur service à nos patients. Mais nous sommes engagés dans une démarche d’entreprise, devenant véritablement co-constructeurs d’un logiciel voué à être utilisé dans les hôpitaux, en même temps que de participer à un progrès dans le domaine de la de traçabilité ».

 

Suivre les DMI tout au long de leur vie

 

Oxyledger a été créée en avril 2019 par un ex-développeur de logiciels complexes dans un groupe international (Altran) et un connaisseur du monde médical, en particulier de l’orthopédie. « Aujourd’hui, la traçabilité des pièces automobiles est bien répandue. La traçabilité alimentaire tend à se démocratiser. Mais lorsque vous vous faîtes opérer, savez-vous ce que l’on vous met dans le corps ? », explique le premier Xavier Moal, directeur général d’Oxyledger, lors d’une conférence de presse tenue au début de l’été.

 

Le projet d’Oxyledger consiste à créer l’outil informatique qui permettra de répondre aux questions suivantes : Qu’est-ce qu’on vous a posé ? Qu’est-ce qu’on vous a dit à son sujet ? Qui vous l’a dit ? Qui vous l’a posé ? Il vérifiera les informations d’origine sur les dispositifs médicaux implantables (DMI) utilisés dans les blocs opératoires, les attribuera à un patient et enfin suivra l’objet tout au long de sa « vie ». Ces informations entreront dans le système d’informations – déjà très complexe- de l’hôpital puis devront pouvoir être partagées avec le patient puis avec le système médical en général. Oxyledger vise à moyen terme la création d’un registre national qui corresponde d’ailleurs aux exigences de l’Union européenne (règlement 2017/745 sur les dispositifs médicaux en Europe).

 

« Pour le moment, si les obligations légales d’information du patient existent déjà en France, elles ne sont respectées que dans 51 % des cas. Pire, la plupart du temps, elles sont incomplètes, insuffisantes sur les conditions par exemple dans lesquelles le patient peut subir une IRM ou sur ce que doit savoir un chirurgien qui l’opère plus tard ou à l’étranger », plaide Xavier Moal.

 

Un chef de projet pour accompagner la mise au point

 

L’entrée du CHRU dans le capital d’Oxyledger correspond à un moment particulier pour sa start-up. Après une phase de collecte des descriptifs des différents DMI existant sur le marché, elle travaille sur l’interface de son application. D’ici la fin de l’année, elle lancera un prototype. Avant d’établir son offre commerciale et de lancer une levée de fonds.

 

« L’interfaçage, c’est le volet le plus compliqué. Il doit être bien pensé pour que le travail sur l’application s’insère au bon niveau et le mieux possible dans celui des blocs ». A leur ordinateur ou sur tablette, les infirmières de bloc opératoire (IBO) seront les premières utilisatrices. La nouvelle proximité existante désormais entre la start-up et son actionnaire a facilité la mise au point de cet interface.

 

Xavier Moal

« Nous ne sommes pas dans la simple transmission de données de santé. L’hôpital en tant que co-constructeur du nouveau logiciel, propose à Oxyledger de s’immerger dans le travail des blocs », explique Fanny Gaudin. « J’ai besoin d’écouter les praticiens pour que l’application pose les bonnes questions », constate Xavier Moal. Renfort supplémentaire, l’hôpital a délégué auprès de lui un chef de projet pour l’accompagner tout au long de la mise au point de l’application.

 

Suivre le rythme d’une start-up

 

La constitution d’une base de données anonymisées, puis des tests de validation de l’application à l’hôpital, notamment avec la direction des équipements biomédicaux et des systèmes d’information, seront les étapes suivantes. « L’une des difficultés pour l’hôpital est de s’adapter au rythme différent de la vie d’une start-up. Nous n’avons mis qu’un an à régler les questions juridiques sur notre entrée au capital. C’est déjà bien. Nous nous sommes fait accompagner. Rien que de déterminer nos véritables besoins dans cette affaire et de les exprimer n’était pas simple. Ce n’est qu’un exemple. Mais nous avons été soutenus aussi par notre Direction Générale dans ce qui est devenu un partenariat vraiment novateur », insiste Fanny Gaudin.

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