Imagerie : alliance public/privé à Nantes

Le CHU et un groupement de radiologues privés se sont alliés pour mettre en service un scanner et un IRM de dernière génération. Le besoin, localement, existe mais des inquiétudes subsistent sur la disponibilité du personnel pour les faire fonctionner.

© CHU Nantes

Un pari, finalement. Face à une demande pressante, une offre d’imagerie médicale de pointe a été lancée en février dernier à l’hôpital Laennec, au nord de Nantes. En un seul lieu, deux équipements de dernier cri : un IRM 3T à haut champ (1,5M€), à la qualité et à la précision des images donnant une nouvelle capacité d’exploration cérébrale et en cancérologie. Et un scanner à large détecteur (8 cm) particulièrement efficace pour l’examen du cœur et des vaisseaux (1,1M€). Deux outils utiles pour un nombre croissant de pathologies.

Un accès rapide à ces technologies

Ils représentent un investissement de 3,7 M€ en ajoutant la construction de locaux adaptés. Le CHU de Nantes et Iris Grim, un groupe de 44 radiologues à la tête, déjà, d’une douzaine de centres d’imagerie dans la région, en partagent le risque au sein d’un GIE baptisé Inova, doté de 20 000 € de capital, 10 000 pour chaque partenaire.

Pierre Rosmorduc

« L’un comme l’autre, n’aurions pas eu l’activité suffisante et donc la possibilité d’accéder à ces technologies. Du moins rapidement, explique Pierre Rosmoduc, directeur-adjoint du CHU. Le GIE est pour nous une opportunité. C’est une chance pour le CHU d’avoir ces partenaires privés qui se placent dans une logique collective, d’entraide et de soutien de l’hôpital public ». D’autant que ce partenariat se répète. Le nouveau GIE succède à un premier, bâti seulement autour d’un IRM.

Projet vite concrétisé

Dans le concret, les partenaires se partagent les plages horaires : le matin appartient au privé, l’après-midi au public. Chacun avec ses équipes médicales et ses ordinateurs, son système d’information et ses patients. « Actuellement, l’attente moyenne pour ce genre d’examens est de 70 jours dans la Région des Pays de la Loire contre 34 au niveau national. En dehors des urgences toujours prioritaires », indique Bernard Bensadoun, directeur d’Iris Grim.

© CHU Nantes

Sans contredire formellement ce chiffre, l’ARS estime qu’il doit correspondre à la situation « d’avant installation de nouveaux équipements ». Elle rappelle, en même temps, les délais de 57,2 jours pour les examens d’IRM selon une étude réalisée pour les journées francophones de radiologie de 2019 et de 54,7 jours (étude CEMKA-EVAL) en 2017, plaçant chaque fois les Pays de la Loire en dernière position des Régions de France métropolitaine. La raison en est, pour l’essentiel, l’afflux continu de population dans la région.

Le projet s’est réalisé en un temps record. 18 mois en tout, 5 mois entre l’autorisation de l’ARS et l’accueil du premier patient. Bernard Bensadoun souligne l’apport médical de la collaboration dans le cadre du GIE. « Le GIE n’est pas quelque chose de neutre, de désincarné. Les 44 radiologues d’Iris Grim interviennent dans quatre grandes cliniques. Avec les médecins de l’hôpital se développe une richesse de partage, d’échanges, d’apprentissage, y compris avec des jeunes internes, autour de l’acquisition des images et de leur interprétation. Tout cela apporte un meilleur service aux patients. »

Location financière et forfaits-machines

© CHU Nantes

Les deux équipements sont en location financière (OPEX) pour 7 ans, le temps de l’autorisation d’exploitation accordée par l’ARS. Le modèle économique du GIE se fonde sur un objectif de 10 000 scans et 7000 IRM par an. Pour faire face aux frais de location, il y a le forfait technique versé par l’Assurance maladie pour chaque machine : 69,38 € par examen pour le scanner jusqu’au 11 000ème dans l’année, 54,68 € ensuite ; 195,91 € par examen pour l’IRM jusqu’au 4 500ème dans l’année par an, 71,56 € ensuite.

L’Assurance maladie ajoute les honoraires des professionnels en fonction de la nature des examens. « L’objectif que nous nous donnons est réaliste, juge Bernard Bensadoun. À nous de garantir d’un côté que 100 % des examens ou quasiment sont pertinents et que le projet est soutenable économiquement, la dégressivité des tarifs empêchant de toute façon qu’il se transforme en cash-machine. »

D’autres équipements d’imagerie

Ce beau schéma risque cependant de buter, pour le moment, sur la disponibilité des radiologues et des manipulateurs en radiologie pour les faire fonctionner. Ils manquent pour le moment dans la région. « Nous pensons disposer de tous les arguments pour en attirer de nouveaux : équipements de pointe, travail intéressant, bon esprit de collaboration entre équipes médicales », veut croire Pierre Rosmorduc. De ce défi dépendra en partie, l’investissement du GIE dans d’autres projets en imagerie médicale. C’est sa vocation pour les deux partenaires.

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