Les data marchés, une mine d’or inexploitée ?

La data est considérée comme l’eldorado du 21e siècle. Pour autant, le sujet enthousiasme peu les acheteurs publics qui doivent, réglementairement, publier leurs données essentielles. Rares sont encore ceux qui tentent de valoriser leurs bases, comme l’a déjà fait le GIP Territoires Numériques Bourgogne-Franche-Comté avec son service Focus Marchés. L’Etat propose, de son côté, une vision nationale à partir de données déclarées et non exhaustives.

Un seuil unique pour le recensement des marchés et l’obligation de publication des données essentielles, avec un support unique pour les deux champs. Cette fusion et cet enrichissement de la data marchés publics devraient prendre effet en 2023, après la publication d’un arrêté modifiant les textes en vigueur. Pour l’instant, côté pouvoirs adjudicateurs, on se contente de respecter peu ou prou les exigences réglementaires, sans chercher à mettre en musique à usage interne ou externe ces informations.

La donnée, un moyen de mieux se connaître

Vincent Place

Pourtant, nombreux sont les professionnels qui s’accordent sur le potentiel de leur traitement. Pour Vincent Place, directeur adjoint aux achats et à la logistique de la Métropole Européenne de Lille (MEL), la communication autour des données essentielles est l’occasion de croiser les cartographies d’achats sur un même territoire, d’encourager la mutualisation et accroître l’accessibilité à la commande publique pour les opérateurs économiques notamment TPE/PME et acteurs ESS. Il est indispensable de parvenir à cette vision très fine des achats « et donc de mieux se connaître », dit-il en concluant avec le fameux « connais-toi toi-même » de Socrate…

Le groupe de travail « achat public » de France Urbaine planche d’ailleurs sur la question des data. « Nous échangeons et nous inspirons de retours d’expérience des ministères, d’autres collectivités comme la Bretagne, l’Occitanie où, avec son projet Scope, la démarche de mise à disposition des données essentielles est très avancée », poursuit Vincent Place. Pour lui, il est temps de passer à la vitesse supérieure : « Bien sûr qu’il faut partager largement les données essentielles, acculturer les acheteurs sans oublier qu’il n’y a pas si longtemps elles étaient en format papier simplement punaisées au fond d’un couloir du troisième étage ! ».

Un observatoire des données de l’achat public en Bretagne

Citée, la région Bretagne veut non seulement donner « à voir ses données essentielles », mais désire aller plus loin, en agrégeant d’autres données, afin de nourrir des indicateurs afin de piloter en temps réel les objectifs dans le domaine des achats, a expliqué Céline Faivre en octobre dernier, lors d’une rencontre du Conseil national des achats (CNA). La DGA de la collectivité a même promis qu’un Observatoire des données de l’achat public serait accessible à tous.

Néanmoins, les tentatives de faire fructifier le présumé Eldorado se mesurent au compte-gouttes. A l’avant-garde figure le GIP Territoires Numériques Bourgogne-Franche-Comté, dont l’une des missions est d’accompagner les collectivités de toute taille dans la transformation numérique.

Pour convaincre ses adhérents de l’utilité de la démarche vécue comme une corvée, le GIP a développé en interne une datavisualisation, baptisée Focus Marchés, en générant automatiquement des tableaux de bord. Afin que les producteurs de données puissent se les réapproprier et en soient les bénéficiaires. « Il faut donner du sens et ne pas rester dans l’obligation réglementaire qui est de saisir des données au kilomètres », prévient Juliette Kutzmann, directrice adjointe du GIP.

Pouvoir se comparer

Juliette Kurtzmann © E. Barra

Focus Marchés donne l’occasion de se comparer avec d’autres acheteurs de même taille ou de même nature, de récupérer tableaux et graphiques afin de nourrir bilans et rapports d’activité. Et aux entreprises de faire de la veille, détecter les tendances, les cycles d’achats, préparer des opportunités de groupement. Alimenté en partie automatiquement par la place de marché du GIP, le service nécessite également la saisie de quelques champs complémentaires. Ce qui n’est pas sans poser problème. « La qualité de la donnée, c’est la clef pour avoir confiance et s’en servir pour de l’analyse », admet Juliette Kurtzmann.

 

Même s’il a obtenu une subvention de 50 000 euros de l’Agence nationale pour la cohésion des territoires (ANCT) dans les appels à projets France Relance afin de refactoriser le code de Focus Marchés, le documenter et le déposer en libre, le GIP s’interroge. « Il faudrait continuer à le faire évoluer, mais nous ne sommes pas un éditeur logiciel, ce n’est pas notre métier », explique la DGA, « par ailleurs, l’Etat développe aussi de son côté des instruments de datavisualisation pour les données essentielles (voir son site). A-t-on intérêt à maintenir un outil régional ? »

La question de la consolidation des données

Pour Vincent Place, la question de la consolidation des données se pose : « Techniquement, il y a pléthore de plateformes, regrette-t-il, les connecteurs entre tiers et les remontées au niveau national sur data.gouv ne fonctionnent pas toujours, et si les données ne remontent pas, leur publication ne présente aucun intérêt ». Et de poursuivre : « À Lille, nous souhaitons avancer sur la consolidation de nos données essentielles au niveau métropolitain, même si notre territoire est très hétérogène, mais l’idéal serait au moins une consolidation au niveau régional ».

En tout cas, Juliette Kurtzmann est en persuadée, « le service public ne peut pas passer à côté du sujet. Il y a la question de la transparence des dépenses publiques, mais aussi celle de la souveraineté, de la commercialisation et de l’usage de ces données ».

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