Bordeaux Métropole initie la création d’un masque biodégradable

Pour répondre au double enjeu de la réindustrialisation et du développement durable, la direction des achats et de la commande publique de Bordeaux Métropole a servi de rampe de lancement à la création d’un prototype et d’une première série d’un masque biodégradable, conçu avec des bioressources et des expertises régionales.

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Depuis le mois de novembre, 200 agents des crèches et des résidences de personnes âgées de la ville et de la métropole de Bordeaux expérimentent un masque pour le moins particulier. De prime abord, rien ne le différencie de ses homologues. Il n’est pourtant pas comme les autres. Car il est biodégradable, et aussi conçu à partir de ressources d’origine locale. « Il se décompose en moins de six mois, contre plus de 300 ans pour un masque en polypropylène », assure Mustapha Elouajidi , directeur-adjoint des achats de Bordeaux Métropole, à l’origine, avec son équipe, de ce projet.

Tout commence en 2020, lors de l’explosion de la crise Covid. Le port du masque se répand comme une traînée de poudre. Et nombre d’équipements de protection finissent par joncher les rues et polluer avec la dissémination de microplastiques dans la nature. « Pendant la pandémie, on a acheté 3 millions de masques. Nous avons acquis une expertise dans la connaissance de leur fabrication, de leurs composants. Et nous nous sommes aperçus qu’il n’y avait pas vraiment d’alternative écologique locale : certains masques sont certes élaborés à partir de canne à sucre, mais il s’agit de matières importées », explique-t-il.

Obtenir un prix compétitif en coût global

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Puisqu’il n’existait rien sur le marché, la direction des achats et de la commande publique émet alors l’idée d’initier la création d’un masque plus développement durable. Après avoir obtenu un budget, la DACP utilise le dispositif allégé pour les achats innovants de moins de 100 000 euros. Suite à un sourcing en juin 2020, elle choisit de contractualiser en décembre avec le laboratoire Canoé, implanté sur le campus universitaire bordelais et soutenu financièrement par la région Nouvelle-Aquitaine.

L’ambition est claire : parvenir à mettre au point un masque biodégradable ou biocompostable. Et remplacer le « meltblown », matériau filtrant en polypropylène, par un voile non-tissé ou par un mat électrofilé à partir de différentes sources et notamment de la sylviculture d’origine locale . Le challenge comprendra la recherche de composants également plus durables pour la barrette nasale et les élastiques. Le tout sans aboutir à un prix complètement décalé par rapport au marché, grâce à la prise en compte de tous les coûts associés, dont la destruction ou le recyclage.

Test NF en cours

Achevés en janvier 2022 avec l’aide de WD Protection, PME du Lot-et-Garonne, dix prototypes de masques permettent de vérifier la respirabilité, la filtration et la biodégradabilité, avant la production d’une première série de 200 destinés aux essais grandeur nature qui devraient s’achever en décembre. « Cela va permettre de vérifier notamment sa solidité et son confort. Il a été fourni, accompagné d’un questionnaire de satisfaction, afin d’apporter des améliorations. Le test pour obtenir la norme NF est en cours », complète Mustapha Elouajidi.

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Lequel table sur l’aide du conseil régional pour lancer la dernière phase, celle de l’industrialisation, et sur un référencement auprès des centrales d’achat pour la commercialisation, notamment en direction de l’univers de la santé. Si ce masque durable parvient à être vendu, le contrat prévoit que Bordeaux Métropole soit remboursé à hauteur de son engagement de départ. « Nous n’avons pas la vocation à faire du business, mais nous voulons préserver les deniers publics », argue le directeur-adjoint des achats. En attendant, l’initiative bordelaise vient d’être récompensée par un Trophée de la commande publique.

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