Thomas Le Ludec : La valorisation des prestations logistiques doit perdurer

Depuis le début de la pandémie, les achats, les approvisionnements et la logistique sont fortement sollicités. Directeur général du CHU de Montpellier, Thomas Le Ludec fait un tour d’horizon exhaustif de l’investissement de ces métiers, de la blanchisserie à la restauration en passant par le bio-nettoyage et les services techniques. Pour lui, les fonctions supports ont pris une envergure stratégique.

santé-achat.info : Dans la situation d’extrême urgence qu’ont connu les hôpitaux depuis le début de la crise sanitaire, quel a été l’apport de vos acheteurs ?

Thomas Le Ludec : « Effectivement, l’urgence première a été de sécuriser les approvisionnements nécessaires à la prise en charge des patients, mais aussi à la sécurité de non soignants. Les acheteurs ont logiquement ralenti la production des marchés liés aux projets internes du CHUM pour, d’une part formaliser des marchés d’urgence impérieuse et d’autre part, porter assistance aux services approvisionnements en recherchant des fournisseurs de ces produits sensibles ou en rupture, en volumétrie suffisante et dans des délais rapides.

Le pilotage de la relation fournisseurs étant particulièrement soigné, les approvisionneurs ont réussi dans les premiers temps à réserver certains stocks avant les ruptures des chaines de production pour ensuite veiller à être priorisés lorsque toute la chaine d’approvisionnement a repris mais de manière cruellement ralentie. La situation est aujourd’hui plus calme même si elle n’est pas stabilisée du fait des ruptures sur les matières premières. Nos équipes restent en veille constante. »

santé-achat.info : Il vous a fallu armer dans l’urgence des lits de réanimation, déménager des services pour libérer des places, modifier les espaces à l’issue des différents confinements. Pensez-vous que l’apport des services logistiques a été suffisamment reconnu ?

Thomas Le Ludec : « Depuis la première phase COVID, j’ai eu l’occasion de saluer à plusieurs reprises l’extraordinaire investissement de la communauté hospitalière, toutes missions confondues. La force de notre réponse à la crise a été, dès le départ, de s’appuyer sur une démarche intégrative, avec la participation et la contribution de tous les secteurs, ce qui nous a permis de nous réorganiser très rapidement.

Si le professionnalisme des équipes logistiques, leur disponibilité sont reconnues au quotidien, leur réactivité en temps de crise, leur mobilisation exceptionnelle ont été un élément clé de réussite, du fait de leur très bonne connaissance du terrain et des coulisses hospitalières, de leur capacité à apporter des réponses pragmatiques rapides à des problématiques inédites.

© CHU Montpellier

Les équipes de bionettoyage ont ainsi été en première ligne pour garantir les conditions d’hygiène et de sécurité renforcées, avec une réorganisation continue, au fil de l’eau, en interne et en lien avec un prestataire extérieur, afin de s’adapter au mieux à la demande exponentielle de prestation.

Il y a eu également une forte mobilisation des équipes du secteur de la blanchisserie, par la fabrication de masques en tissu pour les professionnels du CHU ainsi que de blouses d’isolement pour protéger les soignants. J’ai également relevé une réactivité exceptionnelle des équipes de la logistique interne et de la Centrale de Mobilier afin d’accompagner la création des unités Covid par le déménagement de nombreux secteurs.

Impossible d’oublier l’engagement des équipes du service transport se sont adaptées aux nouvelles contraintes sanitaires de transport patients tout en se réorganisant et en redéployant les personnels pour assurer de nouvelles tournées liées aux nouveaux besoins et approvisionnements : tournée spécifique « Tests de dépistage » Covid sur le CHU, le GHT, et dépistages massifs, organisation d’une filière interne spécifique aux secteurs Covid et aux patients Covid…

À noter également la création d’une filière spécifique pour approvisionner en urgence le CHU en produits pharmaceutiques sensibles et EPI, des moyens complémentaires, en véhicules, matériels et ressources humaines, ainsi que la mise en place d’une tournée spécifique lors de la distribution des vaccins sur l’ensemble du territoire, le CHU étant établissement support. »

santé-achat.info : Pensez-vous que la crise sanitaire va contribuer à valoriser le rôle des achats et de la logistique au sein de l’hôpital ?

© CHU Montpellier

Thomas Le Ludec : « Je les appelle souvent « les travailleurs de l’ombre ». Ils sont indispensables mais il faut avouer qu’au quotidien, c’est davantage lors de dysfonctionnements que les secteurs de soins les sollicitent, alors que ce qui marche ne se voit pas nécessairement. La crise sanitaire a changé les regards. L’ensemble des acteurs ont pris conscience de leur interdépendance et que chacun est un maillon indispensable de la chaîne hospitalière qui a fait preuve d’une extrême résilience et solidarité pendant toute la période. Je suis convaincu également que les professionnels se sont rendu compte que la réussite du collectif repose souvent sur des actions qui passent souvent inaperçues habituellement mais qui sont structurantes pour le bon fonctionnement des services.

Les exemples peuvent être multipliés : modification du paramétrage des unités fonctionnelles pour s’assurer des commandes des médicaments, des chariots de restauration et de leur acheminement au bon endroit et au bon moment, transfert de matériel informatique et modification de l’affectation des personnels et de leurs droits informatiques pour garantir de l’accès aux logiciels… La crise Covid a amené une plus grande connaissance et reconnaissance des différents acteurs, un dialogue plus nourri et j’ai confiance sur le fait que cette dynamique se poursuivra, dans une perspective que je souhaite plus centrée sur les projets que sur la gestion de crise. »

santé-achat.info : Certaines dispositions mises en place pourront être pérennisées ?

Thomas Le Ludec : « Certainement. En premier lieu, l’offre de restauration a fortement évolué, avec une régulation plus forte des flux au sein des selfs et avec le renforcement des mesures et gestes barrières. Cette adaptation s’est traduite à la fois par une communication plus importante à destination des professionnels, en lien avec le département de l’hygiène hospitalière. La communication est un élément clé pour certes rappeler les normes essentielles d’hygiène mais aussi pour mieux faire connaître les prestations restauration. Le secteur a également innové en proposant des plats à emporter du fait de l’accès restreint aux selfs, ce qui a permis aussi de s’adapter aux nouvelles demandes des consommateurs, avec des produits de qualité et abordables.

© CHU Montpellier

La blanchisserie a adapté son processus de production par le remplacement des équipements individuels de protection à usage unique par des articles textiles réutilisables. Ce changement d’habitudes d’utilisation s’est traduit par une évolution du linge traité, avec une hausse du nombre de linge en forme (blouse). Cette évolution s’inscrit aussi dans une démarche de développement durable qui a vocation à demeurer.

Je souhaite que cette valorisation des prestations logistiques puisse perdurer dans le temps, dans une perspective d’innovation et d’amélioration permanente de nos prestations, avec un partenariat nourri avec le Département d’Hygiène ainsi que la Direction des Soins et une attention continue sur la qualité et le développement durable. »

santé-achat.info : Les fonctions support sont-elles aujourd’hui stratégiques ?

Thomas Le Ludec : « Ce sont des fonctions vitales et je le sais bien car leur porter atteinte pourrait mettre en danger le fonctionnement d’un système hospitalier. C’est ainsi que nous les considérons dans notre approche de pilotage des risques y compris face à des situations exceptionnelles. L’approche par les projets de sécurisation des établissements (PSE) est à renforcer et constitue une opportunité pour ces activités supports d’être mieux connues, reconnues aussi bien en interne que vis-à-vis des décideurs locaux et régionaux. Mes échanges avec l’ARS ou la Préfecture lors de la crise sanitaire ont bien souligné l’importance de ces fonctions stratégiques pour notre « souveraineté locale ».

 

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