Plan Bleu : le casse-tête de l’été

Le Plan Bleu prendra cette année une nuance particulière. En effet, même si depuis juillet 2005, ce « road book » rythme l’été des Ehpad, il doit intégrer cette année les précautions liées au déconfinement. Autant dire l’eau et le feu, tant il va être délicat pour nombre d’établissements de s’organiser afin de répondre en tout point aux prescriptions des directives ministérielles.

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Directrice de la Fnadepa (Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées), Annabelle Vêques n’est pourtant pas particulièrement inquiète de l’été qui arrive. Même si… « C’est au niveau RH que nous allons connaître des tensions, car concilier les mesures sanitaires avec celles que nous devons prendre en cas de fortes chaleurs va forcément demander un renfort de personnel ».

Annabelle Vêques

Pour elle, c’est donc essentiellement de ce côté-là que ça risque de coincer, car même si les Ehpad sont parfaitement rodés pour les mesures à prendre en cas d’épisodes caniculaires, la prise en compte des mesures sanitaires dans le cadre du déconfinement va forcément se traduire par des investissements qui n’étaient pas prévus : « Dans la grande majorité des cas, seuls les lieux de vie sont climatisés et les investissements à réaliser sont lourds si l’on veut rafraichir l’ensemble des bâtiments ».

Climatisation et Covid

Pas d’autre solution alors que d’acheter des unités de climatisations mobiles ou des ventilateurs : « Mais si l’on veut pouvoir concilier les deux risques, ça peut devenir assez compliqué au regard des dernières directives ministérielles en cas de canicule. Impossible, par exemple, d’installer un climatiseur individuel ou un ventilateur dans la chambre d’un résident contaminé s’il n’est pas en mesure de l’arrêter lui-même avant qu’une autre personne rentre dans la chambre ». Reste que pour équiper les chambres des résidents qui ne le sont pas, l’achat de climatiseurs mobiles a un coût. Difficile d’en trouver à moins de 200 € : « Nous espérons que les Ehpad pourront bénéficier de crédits spécifiques de l’ARS ».


Dans le Val-d’Oise, au nord de Paris, Gilles Tixidor dirige la Résidence Arpavie d’Enghien-les-Bains. Il s’est retrouvé sous les feux de l’actualité début juin lorsque France 2 a diffusé au JT de 20 heures un sujet sur le casse-tête qu’allait représenter pour les Ehpad la préparation d’épisodes caniculaires alors que la page Covid n’est pas encore tournée. Il faut dire que le sujet était en or, puisque le directeur de cet établissement de 72 chambres n’a pas hésité à transformer le parking du personnel en salle de cinéma.

Un parking transformé en salle de cinéma


« Même si entre la salle de restaurant et nos salons d’étages nous disposons déjà de quatre espaces communs rafraichis, nous avons souhaité en créer un de plus pour respecter les mesures de distanciation physique, explique Gilles Tixidor, en sous-sol la température est de 18° et l’investissement n’a pas dépassé les 1 000 €. Finalement, ajoute-t-il, le plus difficile sera d’encourager les résidents à venir découvrir ce nouvel espace au sous-sol, du moins la première fois ».

Gilles Tixidor

Il a également mobilisé tous les ventilateurs et les climatiseurs individuels de l’établissement, mais les dernières directives ministérielles lui facilitent pas la tâche : « Nous devons éteindre les climatiseurs mobiles quinze minutes avant de pénétrer dans les chambres, mais avec les télécommandes, dit-il en souriant, ce n’est pas vraiment insurmontable… ». Depuis le début de la crise il s’est habitué à ce qu’il appelle “la culture du jour le jour” et sait s’adapter en temps réel à l’évolution de la situation : « Notre plan de sécurisation de reprise d’activité est validé, conclut-il, pour cet été, l’investissement le plus lourd sera certainement en termes de ressources humaines ».

Quand le thermomètre frôle les 45°

Dina Rousseau

Dans le Vaucluse, Dina Rousseau a préféré prendre les devants. Directrice de deux Ephad situés dans le Comtat Venaissin, au nord d’Avignon, elle vient de prendre possession d’une vingtaine de climatiseurs mobiles. Impossible de faire l’impasse, bien évidemment, surtout après la canicule qui a frappé la région l’année dernière : « Le 28 juin 2019, un record de chaleur a été battu à quelques kilomètres d’ici, raconte Dina Rousseau, le thermomètre est monté jusqu’à 44,3° à Carpentras ! ». Et non loin de là, dans le Gard, le record de France était pulvérisé à Gallargues-le-Montueux où la température atteignait 45,9° !

Autant dire qu’à Aubignan, l’Ehpad Le Soleil Comtadin doit être prêt à affronter la canicule, tout comme celui de Beaumes-de-Venise : « Dans chacun de nos deux établissements, les chambres les plus exposées sont équipées, explique Dina Rousseau qui a reçu ses climatiseurs mobiles à la mi-juin, et pourtant ça n’a pas été simple ». Impossible en effet d’en disposer à temps, les fournisseurs de la région n’étant pas en mesure de livrer dans les délais.

Sans compter le montant de l’investissement à réaliser : « Nous avions lancé au printemps une étude pour équiper de climatiseurs fixes les 52 chambres de l’Ehpad de Beaumes-de-Venise, confie-t-elle, mais face à une dépense de 120 000 €, nous avons choisi la location ». Un moyen pour elle d’alléger la facture : « En louant des climatiseurs mobiles pour trois mois, nous avons divisé la dépense par dix ! ».
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