Muriel Touboul : les ressources matérielles à l’épreuve du feu

Lorsqu’elle a pris son poste à l’Hôpital Européen de Marseille, en janvier dernier, Muriel Touboul était loin de se douter de ce qui l’attendait. Un baptême du feu ? Ce serait un euphémisme, car prendre la direction des ressources matérielles d’un hôpital de 600 lits quelques semaines seulement avant que l’épidémie ne se propage en France, et surtout alors que cette direction venait d’être créée, on aurait pu espérer plus simple…
© HEM
Avec du recul, Muriel Touboul y voit plutôt l’opportunité d’avoir pu mesurer immédiatement l’amplitude de son nouveau poste : « Personne n’était préparé à affronter une crise sanitaire avec une cinétique aussi longue, dit-elle, alors prendre de nouvelles fonctions à la veille d’un tel séisme, c’est plutôt l’occasion d’acquérir une connaissance accélérée de l’établissement ».

Une centaine d’agents sur le terrain

De gauche à droite : Muriel Mathieu, responsable du service diététique, Muriel Touboul, directeur du Pôle ressources matérielles, Elodie Jeandillou, responsable de l’économat, Laetitia Diaz, pharmacienne, Stephane Pacceco, responsable du biomédical

Avant d’arriver à l’Hôpital Européen, Muriel Touboul assurait depuis 2002 la direction de la qualité, de la gestion des risques et des relations usagers à l’hôpital Saint-Joseph, ainsi que la direction de la recherche clinique depuis 2015. Issue d’une formation initiale en ingénierie de la santé et en affaires réglementaires, complétée par un M2 de direction des établissements sanitaires, elle explique : « C’est vraisemblablement ma formation en ingénierie de la santé m’a le mieux permis d’appréhender avec pragmatisme des situations parfois complexes, dit-elle, et celle que nous venons de traverser est un beau cas d’école ! ».

 

Les ASH

La direction des ressources matérielles de l’Hôpital Européen est en effet une grosse machine que Muriel Touboul définit comme le prestataire des services de soins : « Notre direction est très opérationnelle, explique-t-elle, entre les services techniques, le biomédical, l’économat, la pharmacie, la lingerie, l’hygiène hospitalière, le brancardage et la restauration, une centaine d’agents sont en permanence sur le terrain. Tous ont été très largement sollicités au moment de l’épidémie ».

Anticiper et rationaliser

La crise sanitaire a permis de fédérer les différents services ressources de l’Hôpital Européen au sein de la nouvelle direction qu’anime Muriel Touboul : « Comme dans les autres établissements, la crise a contribué à souder les équipes et décloisonner les différents métiers de l’hôpital. Aux ressources matérielles, nous avons vite dépassé le stress du début de crise, confie-t-elle, mais il est vrai que nous avions bénéficié dans le Sud de quelques jours de plus pour nous préparer ».

L’équipe économat

Ses journées étaient rythmées par les réunions de la cellule de crise où tout était passé en revue : « L’état des stocks, les commandes en cours, les délais prévus pour les livraisons, les produits en rupture et les solutions de substitution à trouver ». Car à Marseille comme ailleurs, les tensions sont vite apparues : « Sur les médicaments d’abord, problématique anticipée par la pharmacie qui a su gérer stocks et réapprovisionnements avec une rigueur militaire. Très rapidement elles se sont également manifestées sur les produits de bio-nettoyage et les EPI, confie Muriel Touboul, ainsi, nous avons dû faire une croix sur les sur-blouses jetables ».

Quand le formel ne marche plus, ne reste que l’informel : « La solidarité entre acheteurs a joué à fond, se félicite la directrice des ressources matérielles de l’Hôpital Européen, ainsi, grâce aux relations privilégiées que nous entretenons avec l’hôpital Saint-Joseph, l’autre gros établissement de santé à but non lucratif de Marseille, nous avons pu notamment nous dépanner en équipements et trouver de nouveaux fournisseurs dans la région ».

Passer au lavable a nécessité un travail important pour les équipes : « À la lingerie, il a fallu adapter les programmes des machines à laver en intégrant un cycle supplémentaire d’autoclavage, s’assurer de la validité du protocole, en accord avec l’équipe d’hygiène hospitalière. Bien consciente des enjeux, elle a redoublé d’efforts pour assurer cette nouvelle mission ».

Partager les informations pour plus de cohésion

L’équipe biomed

Les interactions avec sa collègue de l’hôpital Saint-Joseph étaient réguliers : « Nous partagions notamment les résultats de nos recherches fournisseurs ou les nouvelles pratiques que nous devions élaborer dans l’urgence ». Mais les échanges étaient parfois plus prosaïques : « Ainsi, Saint-Joseph nous a dépanné lorsque notre stock de pousse-seringues est devenu insuffisant, raconte Muriel Touboul, il en a été de même pour certaines références de matériel biomédical ».

 

Le service technique

S’il y a une leçon à tirer de la crise, c’est bien celle de la collaboration entre acheteurs et responsables des ressources matérielles : « Mais également, au sein même de l’hôpital, celle du partage d’informations qui doit être pérennisée ». Durant la crise, la synergie entre les différents services ressources de sa direction a été évidente : « Elle a trouvé tout son sens, relève Muriel Touboul, fédérer les agents des services ressource autour d’un pôle coordination, jouer un rôle d’interface, de suivi des budgets, c’est une philosophie commune avec la direction des ressources matérielles de l’hôpital Saint-Joseph. Cette logique fonctionnait au plus fort de la crise, alors il n’y a aucune raison que nous ne la pérennisions pas ».

Aujourd’hui, à l’Hôpital Européen, les stocks sont reconstitués : « Les dotations de l’ARS y ont contribué durant la crise, mais désormais la jauge sera supérieure à celle que nous connaissions avant, nous ne sommes pas à l’abri d’une deuxième vague… ».
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