Mayotte : la force de l’habitude

Cela peut sembler paradoxal, mais Mayotte était mieux préparée que la métropole. La force de l’habitude, sans doute, car l’île cumule cette année les épidémies, devant affronter également une dengue particulièrement virulente à laquelle s’ajoute une vague de bronchiolite. Directeur des affaires générales du centre hospitalier de Mayotte, Christophe Blanchard explique comment son établissement tient le choc.

© CH Mayotte
Un an de stock sur certains produits, quel acheteur n’en rêverait pas ? « Nous ne fonctionnons pas comme en métropole, explique Christophe Blanchard, à 10 000 kilomètres de Paris nos acheteurs résistent encore à la pression du marché. Bien sûr, les fournisseurs sont basés principalement dans l’hexagone et la demande est très forte, convient-il, mais nous disposons d’un stock important sur notre plateforme portuaire de Longoni et nous ne sommes pas du tout dans la même situation que les hôpitaux de métropole qui travaillent à flux tendu ».

Christophe Blanchard

Dans la petite île de l’Océan indien les approvisionnements se font par voie maritime et aérienne. « Notre équipe logistique est particulièrement aguerrie, à aucun moment nous n’avons été ni ne sommes en rupture de quelque produit que ce soit ». Christophe Blanchard tient à remercier ses logisticiens pour leur disponibilité et on le comprend : « Avec l’arrêt des vols directs de Roissy vers Mamoudzou, le fret aérien transite désormais par la Réunion, ce qui signifie que nous partageons avec nos collègues et d’autres opérateurs le tonnage disponible sur chaque avion ». La mobilisation des agents est sans faille.  « Notre personnel fait preuve d’un courage sans précédent, en plus du professionnalisme que nous lui connaissons et qui se vérifie chaque jour un peu plus ».

Logistique impactée par l’arrêt des vols directs en provenance de Paris

Pour joindre Christophe Blanchard au téléphone il faut se lever de bonne heure, comme lui : « Nos journées commencent à 5h30 pour se terminer à 20h quand tout va bien ». Ce matin, il était en préfecture : « La cellule de crise dirigée par le préfet Jean-François Colombet se réunit chaque jour à 11h, nous lui faisons remonter nos besoins en fret, dressons la liste les personnels soignants qui doivent transiter par la Réunion. Une liste des priorités est établie quotidiennement afin que je puisse la répercuter sur mes acheteurs et mes logisticiens ».

Attoumani Madi Ali Bangou, responsable logistique

En effet, l’organisation logistique a été sensiblement modifiée par l’arrêt des vols directs depuis Paris : « La cellule de crise réunie par le préfet nous permet d’avoir l’information en temps réel sur les vols et d’ajuster ainsi notre plan de charge. C’est possible grâce à la capacité d’adaptation de nos équipes alors que nos fournisseurs se trouvent à 10 000 km de Mamoudzou ! Des points réguliers sont faits en interne sur nos priorités, les liens avec les transitaires sont permanents ainsi qu’avec les autorités régulatrices de fret. Des personnes clés sont identifiées afin d’optimiser notre réactivité et relayer en temps réel toutes les informations vérifiées ».

La solidarité ultramarine

 
« La “concurrence” est nationale, voire mondiale si l’on évoque par exemple la problématique des masques. Ici, nous sommes partenaires avec les hôpitaux de la Réunion et la solidarité est au rendez-vous, la capacité en fret est cadrée au niveau des ARS, les préfectures de Mayotte et de la Réunion. Nos priorités sont prises en compte et nous nous organisons pour atteindre nos objectifs », poursuit Christophe Blanchard.

Pour lui, le droit à l’erreur n’existe pas : « Les achats et la logistique sont stratégiques, et cela se vérifie encore plus en temps de crise ». Ce qui est vrai en métropole l’est plus encore au bout du monde : « Nous n’avons jamais été en rupture et nous ne le sommes toujours pas. Un contrôle strict des dotations dans les services et des réassorts réguliers de nos fournisseurs, l’appui du Mistral (porte-hélicoptères de la Marine nationale, NDR) et ses cargaisons envoyées par l’État font que le centre hospitalier de Mamoudzou et ses sites de Dzoumougnié, Dzaoudzi, Kahani et M’ramadoudou ont toujours fonctionné normalement ».

Ainsi, de seize avant la crise, le CHM a pu s’organiser pour porter à 25 dans un premier temps, puis à 50, le nombre de lits de réanimation : « Nous avons pu le réaliser en 48 heures seulement ! Pour l’instant le nombre de patients en réanimation est relativement stable depuis le début du confinement, mais l’on craint que la vague ne soit en train d’arriver… »

230 tonnes de fret arrivés avec le Mistral

La plateforme de Longoni

Reste que pour certains médicaments et produits de laboratoire la situation est plus sensible : « Certains d’entre eux doivent avoir des durées de transport très courtes avec des contraintes de température. Il nous faut être certains que le vol est bien assuré jusqu’à Mayotte, faute de quoi les produits pourraient être perdus. Pour les autres médicaments, poursuit Christophe Blanchard, la voie maritime étant toujours ouverte, nous avons du stock et les commandes arrivent ». Ainsi 230 tonnes de fret sont arrivées jeudi soir (16 avril) sur le Mistral pour sa deuxième rotation « et lundi 20 nous avons réceptionné neuf containers de 40 pieds, dont un réfrigéré, sur notre plateforme portuaire de Longoni ».

Si la solidarité est évidente entre Mayotte et la Réunion, elle l’est également sur l’île : « Nous avons des partenariats avec le SDIS et le conseil départemental, entre autres, mais cela ne concerne pas la logistique très propre au milieu hospitalier, explique Christophe Blanchard, nous avons aussi des engagements auprès des ambulanciers privés mobilisés par le Samu, à qui nous fournissons par exemple des kit EPI, de même, nous sommes en lien resserré avec l’ARS pour répondre de façon concertée à la demande ».

1 réaction
  1. CHOUZENOUX

    Aucun doute sur la réactivité, l’adaptation et la compétence d’encadrement de Christophe Blanchard !! Je travaillais à l’hôpital de Saint Martin en 2017, lorsque nous avons pris de plein fouet le cyclone IRMA. Christophe Blanchard était le seul directeur sur le « pont »pour gérer la crise !!

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