Logistique : Lausanne joue l’industrialisation

Le Centre hospitalier universitaire vaudois est l’un des cinq hôpitaux universitaires suisses et l’un des quinze meilleurs dans le monde selon le classement 2020 du magazine Newsweek. Avec un budget de 1,8 milliards de francs suisses, ce gros navire de plus de 1 500 lits compte près de 12 000 salariés, dont 10% sont affectés au seul département logistique, que pilote depuis six ans Pierre-Yves Müller, après une carrière passée dans l’industrie.

© CHUV
Comment un ingénieur en mécanique peut-il passer du secteur industriel à l’univers hospitalier ? Pour le directeur du département de la logistique hospitalière, la réponse est toute simple : « Lorsque j’ai pris ce poste, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) souhaitait professionnaliser sa logistique, confie Pierre-Yves Müller, on peut même dire qu’il voulait l’industrialiser ». La façon dont est structurée le CHUV rendait cette évolution nécessaire : « Plusieurs sites coexistent au sein de ce que nous appelons ici la Cité hospitalière, explique Pierre-Yves Müller, une dizaine d’autres bâtiments sont également localisés à Lausanne alors que s’y ajoutent, dans différentes localités du canton, des unités gériatriques et plusieurs centres psychiatriques… ».

Gestion des stocks par étage

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Sur la seule Cité hospitalière du Bugnon, à Lausanne, le département de la logistique occupe 900 collaborateurs (cuisine, restauration, propreté et hygiène, stérilisation, jardins, transferts de patients). « Une centaine d’entre eux est affectée à la gestion et à l’acheminement de tout le matériel et des marchandises nécessaires au bon fonctionnement de l’institution ». La gestion des stocks par étage, Pierre-Yves Müller y travaille avec ses équipes depuis plusieurs années : « Nous passons à la gestion des stocks par étage pour tout le matériel médical afin de libérer du temps pour les soignants, explique-t-il, déjà opérationnel pour la cité hospitalière du Bugnon, ce chantier sera bouclé courant 2021 pour tous les sites du CHUV ».

70 % du trafic par AGV

Pierre-Yves Muller © CHUV

À Lausanne, l’automatisation est en marche à tous les étages. Pierre-Yves Müller a prévu de boucler également ces mois prochains l’automatisation du stockage du nouveau bloc opératoire : « Le stock nécessaire au fonctionnement du bloc opératoire sera situé au N-1 et le picking se fera directement au niveau du bloc ». Autre projet qui, lui, est déjà entré en phase pilote, celui du développement de la distribution robotisée par véhicule à guidage automatique : « Dans quelques semaines, 70 % du trafic marchandise sera repris par AGV, s’enthousiasme Pierre-Yves Müller, il se fera de nuit et l’intégralité des mouvements sera assurée au début de l’année prochaine ».

Drones en vue

Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, l’ingénieur en mécanique pense déjà aux drones pour les mouvements entre les différents sites du CHUV : « C’est une bonne solution pour certaines analyses médicales, dit-il, je pense en particulier à celles qui sont nécessaires durant les opérations chirurgicales, il faut parfois les avoir en temps réel et, même si nous disposons à Lausanne d’un réseau de tunnels entre les différentes unités, il n’y a rien de plus rapide que les drones ». Si le projet est bien avancé, le directeur du département logistique pointe toutefois un handicap : « Il ne faut pas que les coûts RH explosent, et l’expérience de l’hôpital de Lugano nous laisse perplexe, deux personnes au départ du drone, deux à l’arrivée et un pour le piloter, ça fait tout de même beaucoup… ».

Mutualisation made in Suisse romande

Implanté en périphérie de Lausanne, le magasin central est mutualisé avec les hôpitaux universitaires de Genève : « Nous y entreposons sur près de 4 000 m2 une partie du matériel de nos deux centres hospitaliers. Près de 58 000 emplacements de stockage pour 3 500 références y sont gérés d’une façon automatisée ». Les achats sont eux-aussi mutualisés : « Nos besoins ainsi que ceux des Hôpitaux universitaires de Genève sont regroupés au sein de la Centrale d’achats et d’ingénierie biomédicale (CAIB), mais, à la demande, la centrale peut également répondre aux besoins des autres hôpitaux romands des cantons de Fribourg, du Valais, de Neuchâtel et du Jura ».

7000 repas/jour

© CHUV

En revanche, le département logistique du CHUV garde la main sur sa restauration. À quelques encablures du magasin central, la centrale de production alimentaire (CPA) assure la réception, le stockage et la préparation initiale des produits alimentaires destinés aux patients, aux collaborateurs et aux visiteurs de l’hôpital. C’est là que passent les denrées avant de partir vers les quatre points de production de la cité hospitalière et les quatre autres unités disséminées dans le canton de Vaud : « Près de 7 000 repas sont servis chaque jour en liaison chaude, et tout passe au préalable par notre centrale de production alimentaire : l’année dernière, la centrale a consommé 195 000 litres de lait, plus de 106 tonnes de pommes de terre, 93 tonnes de pain, 182 tonnes de viande ! ».

© CHUV

Une mécanique bien huilée que le Covid n’aura pas grippée : « Nous n’avons manqué de rien, conclut le patron de la logistique, pour ce qui est des équipements de protection individuelle, nous avons réussi à monter un pont aérien entre la Chine et le canton de Vaud en affrétant pas moins de 14 avions en cinq à six semaines ». Grâce notamment à ses relations dans l’industrie, Pierre-Yves Müller aura carrément réussi à affréter un Antonov 225 ! Qui dit mieux ?

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