LEEM : un baromètre pour objectiver la situation du médicament

En finir avec une « gestion comptable de la politique du médicament »… Pour ses premiers vœux en tant que président du Leem, Thierry Hulot a annoncé haut et fort ses priorités 2023 : « garantir l’accès aux médicaments et réinventer le système de régulation ». La publication régulière d’un baromètre de la dynamique industrielle devrait appuyer la dynamique en permettant aux Français de « constater la perte de chance qu’ils subissent ».

© Epictura

« Soyons bien clairs : on n’augmentera pas la recherche en France, on ne rapatriera pas les usines, on ne réglera nos problèmes de rupture d’approvisionnement, on ne donnera pas aux patients accès aux médicaments de demain si on reste dans une vision comptable du médicament »… La bataille des entreprises du médicament ne fléchit pas contre le système tricolore de régulation et de financement du médicament. Lors de ses vœux prononcés mardi 17 janvier, Thierry Hulot – depuis juillet président du Leem qui les représente – n’a donc pas mâché ses mots.

Thierry Hulot

Ni boudé les chiffres, appuyé par deux administrateurs de la structure, Philippe de Pougnadoresse, directeur général d’IPSEN France, et Corinne Blachier-Poisson, présidente d’AMGEN France : plus de 660 ruptures au 1er semestre 2022 contre 900 sur l’ensemble de l’année 2021, des prix jusqu’à 40 % inférieurs à nos voisins alors même que certains, comme l’Allemagne, viennent encore de majorer ceux-ci de moitié pour certaines molécules matures à risque de tension et sur 488 AMM enregistrées entre 2016 et 2021, seulement 42 médicaments made in France !

Utiliser les leviers de la souveraineté

Mais « nous pouvons encore changer la donne », a assuré Philippe de Pougnadoresse. Avec pour premier impératif la garantie de l’accès aux médicaments, l’organisation œuvre ainsi pour un meilleur partage de l’information, la mise en place d’un outil de pilotage en temps réel à l’échelle européenne via l’IA et, enfin, la priorisation claire des molécules d’intérêt stratégique.

Plus directif, le DG d’IPSEN France a même enjoint les acteurs à utiliser l’article 65 de la LFSS 2021 prévoyant d’intégrer l’implantation industrielle comme critère important dans la négociation de prix, à user de l’article 28 de l’accord-cadre liant CEPS et Leem pour renforcer la souveraineté d’approvisionnement et permettre des hausses de prix, à privilégier davantage la réforme des appels d’offres hospitaliers pour favoriser le « fabriquer Europe et fabriquer vert ». Sans oublier « des crédits CSIS plus attractifs » capables de stimuler la réindustrialisation.

Un budget médicament réaliste

Mais évidemment, la question majeure reste celle d’un modèle qui « ne correspond pas aux enjeux actuels et encore moins à ceux de demain » a fustigé Thierry Hulot. Baisses de prix à l’identique des années passées (800 millions d’euros), clause de sauvegarde de 2,4 milliards, part réduite à moins de 10 % de l’ONDAM… « Redevenue illisible et imprévisible pour notre industrie », la France doit impérativement se doter « d’un budget médicament réaliste » a renchéri Corinne Blachier-Poisson.

Corinne Blachier-Poisson et Philippe de Pougnadoresse

La nouvelle Agence d’innovation en santé tout comme la promesse d’une mission interministérielle chargée de dégager des pistes de réforme offrent des opportunités de travail commun. Et le Leem ne manque pas de propositions, que ce soit en faveur de nouvelles sources de financement, par exemple au travers d’un fonds pluriannuel pour les innovations de rupture, ou pour dessiner un nouveau cadre de régulation à la temporalité pluriannuelle et fonction de l’impact des médicaments. Sont également préconisées de nouvelles sources d’économie « notamment par le bon usage, la pertinence des soins, la prévention » ainsi qu’un « pilotage fort », éventuellement via un haut-commissaire au médicament.

Le poids des chiffres, le choc des comparaisons

Mais en parallèle, l’organisation a aussi sorti sa botte secrète : la création d’un baromètre de l’accès aux médicaments et de la dynamique industrielle… « Le PLFSS est un séisme, l’Observatoire va permettre de mesurer avec objectivité les répliques », a expliqué le directeur général du Leem, Philippe Lamoureux. Ruptures d’approvisionnement, arrêts de commercialisation, disponibilités des innovations en France et à l’étranger mais aussi données économiques d’investissement et/ou de création/suppression d’emplois, création/destruction de valeur ajoutée pour l’économie nationale…

Tous ces comparatifs seront ainsi rendus publics chaque trimestre à compter du printemps prochain pour « permettre à chaque citoyen de se rendre compte de l’ampleur de la réalité », a insisté le président des industries pharmaceutiques. Un moyen à peine déguisé de faire pression via l’opinion. Et de prouver que, solution plus que problème, médicaments et innovation pharmaceutique sont sans doute « la réponse la plus adaptée aux tensions de l’organisation des soins », a-t-il conclu.

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