Le soutien logistique des pompiers aux hôpitaux

Les sapeurs-pompiers sont largement mis à contribution depuis le début de la crise sanitaire. Maillons indispensables de la chaîne logistique et des soins aux victimes, ils sont le plus souvent positionnés comme des experts aux côtés des logisticiens hospitaliers. Même si certains regrettent un trop grand cloisonnement entre les ministères de la Santé et de l’Intérieur, la coopération entre SDIS et hôpitaux sur le terrain est une réalité, à l’image du travail réalisé en Seine-et-Marne ou en Ille-et-Vilaine.

© L.Ortuso/SDIS 77

Comme les acheteurs et les logisticiens des hôpitaux, les pompiers étaient sur tous les fronts dès le mois de février, devant tout à la fois encaisser le choc du Covid et traiter le quotidien, courir après les EPI et le matériel, gérer les stocks ou la pénurie… Le tout avec des cultures réellement différentes. L’urgence, les pompiers la gèrent au quotidien avec des méthodes qui ne sont pas toujours en phase avec celles des hospitaliers ou de l’administration. C’est en tout cas le message qu’a voulu faire passer la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) en adressant début juillet au ministère de l’Intérieur un rapport  qui soulignait « une gestion de crise éloignée des principes fondamentaux » et prônait une « une organisation en réseau » plutôt que des « rivalités entre ministères ».

 

Sur le terrain, un autre son de cloche

 

Triage au poste médical avancé des sapeurs pompiers à Jossigny © F.Desprez/SDIS 77

« Notre collaboration avec le SDIS de Seine-et-Marne ne date pas d’hier, déclare Omar Belkhodja, chef de pôle territorial des urgences et coordonnateur médical Covid du Grand Hôpital de l’Est Francilien, depuis quatre ans nous avons réalisé ensemble plusieurs exercices grandeur nature pour tester nos circuits NRBC (risques nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques, NDLR) ou ceux des afflux massifs de victimes ». Afin de prévenir la phase rebond, les contacts ont été repris pour renouveler, sous une forme probablement différente, l’expérience conduite fin mars lorsque les logisticiens du SDIS 77 avaient monté en coordination avec le service des urgences du docteur Belkhodja un dispositif de triage à l’entrée du site de Marne-la-Vallée du Grand Hôpital de l’Est Francilien, à Jossigny.

 

Dr Omar Belkhodja

« Nous avions créé un circuit dédié aux ambulances, déclarait alors le lieutenant-colonel Francis Comas, chef du groupement ouest du SDIS 77, ces dernières étaient prises en charge avec le système d’enregistrement de l’hôpital de Jossigny pour être ensuite triées dès l’entrée ». Ainsi, le temps d’attente à l’arrivée avait été divisé par trois ! « En réalité notre collaboration n’a jamais cessé, souligne le docteur Belkhodja, depuis le mois d’août les pompiers viennent régulièrement en soutien au laboratoire effectuer des tests PCR. Nous décloisonnons l’hôpital pour mieux fluidifier les parcours patient ».

 

La solidarité ultramarine

 

« Avant même que le Covid n’arrive à Mamoudzou, des échanges ont eu lieu entre le SDIS et le SAMU sur l’organisation de la prise en charge de patients Covid, indique Christophe Blanchard, directeur adjoint du centre hospitalier de Mayotte, les protocoles établis avec le colonel Terrien ont été testés et se sont avérés rassurants pour des équipes souvent stressées en cas d’intervention sur un cas potentiel ». Des coopérations sont également mises en place : « Sur les EPI que le CHM a pu fournir et, plus récemment, lorsque nous avons approvisionné le SDIS en surblouses lavables, assurant l’entretien au CHM selon un cycle établi ».

 

À Cayenne également c’était l’entente cordiale : « Ici tout le monde se connaît, confie le colonel Laversanne, médecin chef du SDIS lors de la crise, la Guyane est un petit département ». Tout au plus a-t-il manifesté un certain agacement — en fait un agacement certain — lorsque les ambulanciers privés ne voulaient plus assurer de transports, de peur d’être contaminés : « Sur réquisition de la préfecture nous avons dû alors aménager nos propres minibus afin de procéder aux transferts des patients Covid qui ne pouvaient être confinés à leur domicile vers les hôtels de Sinnamary et Saint-Laurent du Maroni aménagés à cet effet ».

 

Agir sur les zones frontières entre Santé et Intérieur

 

En Bretagne, alors que l’Ille-et-Vilaine est aujourd’hui en zone alerte renforcée, les pompiers assurent le dépistage des demandeurs d’asile et des personnes vivant dans des logements précaires : « Sous l’égide de la préfecture nous intervenons sur des actions ciblées, précise le colonel Jean-Louis Salel, médecin chef du SDIS 35, le CHU nous fournit le matériel et, deux demi-journées par semaine, nous effectuons des opérations de dépistage sur le terrain ». Les données collectées par les pompiers sont ensuite rentrées dans la base de données du ministère de la Santé.

 

Mais Jean-Louis Salel ne veut pas que les pompiers soient cantonnés à des rôles de figuration : « Il faut aller au-delà de l’affichage et établir une véritable stratégie de dépistage, les drives, la communication, ce n’est pas suffisant ». En fait, il déplore le cloisonnement entre ministères de la Santé et de l’Intérieur qui n’a selon lui toujours pas bougé : « Ce qui est intéressant, c’est d’agir sur les zones frontières entre les deux ministères, explique le médecin colonel, on a trop souvent l’impression de ne pas être reconnus parce que nous sommes rattachés au ministère de l’Intérieur, pourtant 90 % de notre activité est orientée vers les secours ».

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