« L’ANAP est l’agence de la performance, pas de la marge brute »

Signataire d’une convention de partenariat avec le Resah officialisée à Santexpo mardi 17 mai, le directeur général de l’Agence nationale d’appui à la performance (ANAP), Stéphane Pardoux, expose comment la performance garde toute sa place dans une conjoncture difficile.

santé-achat.info : Depuis votre nomination, il y a tout juste un an, la pandémie s’est poursuivie, l’Europe connaît la guerre avec pour conséquences de fortes augmentations de coûts et l’absentéisme a contraint des dizaines d’hôpitaux à passer en plan blanc. Quels impacts ces événements ont-ils sur les enjeux de performance des établissements ? Est-il même encore possible de parler de performance dans une telle situation ?

Stéphane Pardoux : « Cette dernière question, nombre d’acteurs se la posent et nous la posent ! Elle sera d’ailleurs au cœur de la 11ème édition de l’Université de l’ANAP qui questionnera les enjeux et nouveaux chemins de la performance, aujourd’hui et de demain. Car en réalité, non seulement il est encore possible de parler de performance, mais celle-ci prend même tout son sens dans le contexte contraint que nous connaissons.

En effet, et contrairement à ce qui est peut-être trop souvent considéré, la performance ne se limite pas au volet économique. Elle s’attache aussi aux ressources humaines, si durement éprouvées par la pandémie, à l’environnement qu’il serait paradoxal de ne pas prendre en compte lorsque le soin constitue le cœur d’activité, ou encore au territoire, tous différents et avec les spécificités duquel les organisations doivent composer et travailler.

Face à l’accroissement des prix et à la concurrence des métiers, s’emparer plus profondément encore de ces enjeux devient donc essentiel, à la fois pour prendre soin au juste coût et pour se donner les capacités d’attirer les professionnels. Ainsi le rôle de l’ANAP est-il d’accompagner les établissements sur cette voie d’une performance plurielle ou globale. L’ANAP est l’agence de la performance, pas de la marge brute. »

santé-achat.info : En quoi, achats et logistique peuvent-ils être des leviers en la matière ?

Stéphane Pardoux : « Les structures sont entourées d’industriels, de PME de start-up dont les prestations et/ou innovations peuvent leur permettre de fluidifier les parcours, réduire leur empreinte carbone, mieux gérer leur restauration… Si la performance relève d’une acceptation de changement en interne, elle passe donc également par des achats pertinents, dans leur négociation la plus juste comme dans leurs capacités à proposer les solutions les plus adaptées. En cela, l’ANAP s’aligne donc avec le Resah pour que tous les acteurs – publics et privés – bénéficient de telles innovations, nationales ou européennes.

La logique est similaire pour la logistique. Alors que la pandémie a montré l’importance d’une logistique organisée, trop d’établissements voient encore leur fonctionnement reposer sur une logistique très fragmentée. Dans le respect des particularités du secteur, nous devons aujourd’hui nous inspirer de ce qui se passe ailleurs, dans l’industrie et au sein de plateformes telles qu’Amazon.

Par conséquent, et en lien avec la DGOS, l’ANAP va prochainement piloter une réflexion sur les mutualisations potentielles, mises en œuvre de plateformes centralisées, robotisations, automatisations à l’échelle des GHT… Autant d’évolutions permettant de révéler la chaîne logistique comme un levier clé de performance. »

santé-achat.info : Dans la conjoncture présente, comment promouvoir toujours davantage d’achats publics socialement et écologiquement responsables ?

Stéphane Pardoux : « Mais comment un établissement de santé ou médicosocial pourrait-il, aujourd’hui, ignorer les enjeux RSE et de développement durable, à commencer par le paradoxe que représenteraient des acteurs de la santé générant des actions potentiellement nuisibles à celle-ci ! À l’heure où le secteur est en peine d’attractivité, ces enjeux constituent par ailleurs de formidables leviers d’engagement. Enfin, ils s’avèrent très efficaces au service de la mobilisation managériale.

Pour toutes ces raisons, l’ANAP a fait de ces questions prégnantes un engagement de long terme et, outre une communauté de pratique dédiée qui produit régulièrement des ressources pratiques en la matière, elle propose un accompagnement opérationnel sur mesure et gratuit à plus de 500 établissements pour les aider à maturer leur transition, que ce soit dans le domaine des déchets, celui de la restauration ou encore les transports et les fluides… Des dynamiques qui toutes se traduiront par des achats socialement et écologiquement responsables pour la promotion et le développement desquels le Resah est indispensable. »

santé-achat.info : Justement, vous avez signé mardi 17 mai une convention de partenariat avec Dominique Legouge, directeur général du Resah. Pourquoi ce choix et quels atouts les établissements sanitaires et médicosociaux pourront-ils en tirer ?

Stéphane Pardoux : « En quelques années, le Resah est devenu un acteur majeur de la performance de des établissements, performance qu’il accompagne et soutient à travers toutes ses activités. Parce que les établissements ont intérêt à ce que nous partagions nos informations, intérêt à bénéficier des solutions innovantes que l’un saura sourcer et intérêt à profiter des futurs marchés que l’autre aura su inspirer, il y avait une logique absolue à connecter nos travaux et nos réflexions au service de la performance. C’est donc désormais chose faite. »

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.