La supply chain des hôpitaux américains face à la 3e vague

Avec un total de 7,9 millions de cas confirmés au 15 octobre et plus de 216 000 décès, les hôpitaux américains sont soumis à rude épreuve. Aux Etats-Unis, le système de santé fait face à une 3e vague de l’épidémie de coronavirus, en particulier dans le Midwest et les Appalaches. Soutenus par l’Association des Hôpitaux Américains (AHA), les géants de la santé comme la Mayo Clinic ou la Cleveland Clinic nous expliquent comment ils s’organisent pour maintenir leurs approvisionnements d’EPI dans la durée.

© Epictura

Après les pics d’avril et de juillet, les Etats-Unis affrontent aujourd’hui une troisième vague de coronavirus (voir l’infographie interactive du New York Times). Selon Mike Schiller, directeur de la structure pour les ressources et approvisionnements de l’association des hôpitaux américains (AHA), la disponibilité de certains équipements de protection individuelle (EPI) reste limitée après sept mois de gestion de la pandémie de coronavirus, en particulier celle des masques FFP2 (N95 aux Etats-Unis) et des gants en nitrile. Dès le printemps, le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) avait publié des recommandations pour sécuriser la réutilisation des équipements à usage unique, comme la désinfection au peroxyde d’hydrogène.

« 100 million masks » : une coordination nationale unique pour lutter contre les ruptures d’approvisionnement

Mark Schiller

Pour répondre à la pénurie d’EPI, l’American Hospital Association (AHA) a lancé une initiative nationale, le « 100 Million Mask Challenge ». Son objectif : coordonner les efforts des fabricants, des milieux d’affaires et des particuliers, et encadrer leurs nouvelles relations avec les hôpitaux et les systèmes de santé afin de produire les EPI nécessaires à grande échelle. Les équipes de Mark Schiller ont également lancé une plateforme d’échange pour examiner l’offre des fournisseurs non traditionnels qui entraient sur le marché et les répertorier. Cet effort de collaboration est mené avec la société GHX pour contrôler la qualité des nouveaux fournisseurs d’EPI.

Mayo Clinic : modéliser les consommations pour tenir dans la durée

« L’état global de l’approvisionnement de la Mayo Clinic est stable », affirme James Francis, directeur en charge de la gestion de la chaîne d’approvisionnement de la Mayo Clinic (Minnesota). Les équipes d’acheteurs du groupe américain ont développé la modélisation pour gérer l’utilisation quotidienne des EPI, suivre les lignes de produits sous tension et travailler avec les services de soins pour déplacer les stocks entre les régions afin d’assurer la sécurité des patients et du personnel au fil du temps. Au plus fort de la crise, la Mayo Clinic a poursuivi une stratégie d’approvisionnement multidimensionnelle et de stockage des EPI. La Mayo Clinic a ainsi conservé des masques usagés pour le cas où une pénurie critique se représenterait (ce qui n’a pas été le cas jusqu’à aujourd’hui).

Pour les prochains mois, James Francis constate que le problème n’est pas le stock en inventaire, mais bien la capacité des fabricants à fournir un flux constant de produits pour répondre aux besoins. Des tensions portent toujours sur les masques FFP2 et les lingettes désinfectantes. Si l’approvisionnement en EPI reste essentiel pour maintenir un environnement sûr pour les patients et les salariés des hôpitaux, d’autres perturbations de la chaîne d’approvisionnement, comme sur les médicaments, les produits de nettoyage, les fournitures de laboratoire et les réactifs de test COVID-19 sont un défi pour les organisations de santé.

Cleveland Clinic : créer la confiance pour traverser la crise en équipe

Directrice en charge des approvisionnements de la Cleveland Clinic (Ohio), Simrit Sandhu a partagé son retour d’expérience sur l’impact de la crise au sein du groupe de santé le 24 septembre 2020. Elle a mis l’accent sur l’approche managériale : elle s’est personnellement impliquée pour mener ses équipes en donnant l’exemple, par sa présence quotidienne dans les bureaux, et en dialoguant sans relâche avec toutes les parties prenantes. Sa stratégie visait à établir des relations solides auprès de tous les acteurs.

En externe, Simrit Sandhu a rassuré en continu les collectivités locales sur le fait que la Cleveland Clinic faisait tout ce qu’elle pouvait pour fournir les produits et équipements nécessaires à la protection des soignants et patients. En interne, elle a pris le parti d’être transparente et pédagogique : « j’ai expliqué sans relâche les circuits de fabrication des EPI, des matières premières à l’assemblage. Mon but était que nous puissions collectivement prendre des décisions éclairées et proactives, en se concentrant sur des solutions durables et non sur des actions héroïques ».

Des recommandations pour tenir dans la durée

À la suite de première vague de l’épidémie, l’AHA a formulé cinq recommandations pour aider les acheteurs des hôpitaux américains à gérer les approvisionnements en EPI : diversifier les portefeuilles de fournisseurs, ce qui comprend l’augmentation des contrats multi-sources et l’achat de produits fabriqués sur le territoire national ; avoir conscience de l’augmentation du nombre de « mauvais acteurs » et suivre les programmes de vérification des fournisseurs à l’image de ceux proposés par l’AHA ; reconstituer des stocks d’urgence, même si cette pratique pèse sur la chaîne d’approvisionnement déjà fragilisée ; limiter la stratégie du stockage à flux tendus, qui ne permet pas un fonctionnement stable en cas de crise des approvisionnements ; et enfin mettre en place une stratégie de partage des ressources à l’échelle nationale.

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