GHSB : les consommations sous surveillance

La crise sanitaire a obligé le groupe hospitalier Bretagne Sud (GHSB) à réaliser des exploits comme trouver 12 respirateurs en 12 heures ou transformer une unité de soins intensifs en un temps record. L’épidémie l’a aussi incité à utiliser médicaments et consommables de façon beaucoup plus raisonnée.


« L’opulence d’avant, c’est fini. Nous en restons à l’usage raisonnable de nos ressources que nous avons adopté, contraints et forcés, au cours de la première vague de l’épidémie ». A Lorient, Jacques Martin, gestionnaire de plusieurs services (médecine physique et de réadaptation, pharmacie, soins palliatifs, diététique, prise en charge de la douleur, des risques infectieux) et chargé de coordonner l’engagement du GHSB dans la crise du Covid-19, constate cette évolution des pratiques dans plusieurs domaines.


Des curares sanctuarisés


Jacques Martin

L’un des plus cruciaux concerne l’usage des curares. Certains d’entre eux ont été « sanctuarisés » pour la réanimation alors qu’ils servaient plus indifféremment en anesthésie. On s’est mis à les remplacer par de « vieilles molécules » qui fonctionnent toujours. « Un peu comme à l’époque où je me suis retrouvé en Afrique à endormir des enfants avec simplement de la morphine et un vieil anesthésiant de base. Cela marche très bien aussi. En ce moment, nous réalisons que nous vivons généralement dans un luxe qui fait que l’on obtient toujours un matériel ou une molécule simplement parce qu’on les veut », explique Jacques Martin.


Pas de rupture de stock


Décidée en cellule de crise, réunie tous les jours pendant le pic, aujourd’hui deux fois par semaine, ce genre de révision des utilisations autorisées par la direction a évité toute rupture de stock. Notamment pour les curares, au moment le plus délicat, quand les laboratoires n’ont plus été en mesure de répondre à toutes les demandes, en particulier lorsque l’épidémie a atteint les Etats-Unis.


Autre exemple, les masques chirurgicaux. Dans les services Covid, à certains moments, alors que chacun d’eux ne devait pas être employé plus de 4 heures, certains ont été utilisés toute la journée. Une décision prise par la direction en cellule quotidienne de crise qui a permis au GHSB de fournir en masques chirurgicaux ses huit EHPAD quand le ministre de la Santé a annoncé leur ouverture aux visites.


Douze respirateurs à trouver en 12 heures


« Le président de la République a utilisé le mot de guerre et nous avons vu qu’elle se gagnait par la logistique », témoigne Jacques Martin. En amont des allocations décidées par la direction, tous les services d’approvisionnement se sont adaptés. La pharmacie, le secteur biomédical (pour le matériel, respirateurs, pousse-seringue, etc), la direction des achats et de la logistique pour les consommables se sont habitués à être confrontés à des délais de livraison beaucoup plus importants. Ils ont aussi développé des liens plus étroits avec les établissements de santé voisins. Surtout pour préparer le transfert, le 5 avril, en une fois par train de 12 patients, finalement 9, venus de la Région parisienne.


En 12 heures, douze respirateurs à trouver, sans départir le service local des urgences, réunir l’ensemble des matériels (transfusion et autres) pour travailler en totale autonomie, notamment énergétique et constituer finalement un chargement de 30 m3 placé à 22 h dans un camion pour être à disposition des équipes de soignants le lendemain matin à Paris. « Douze d’un coup, c’était une gageure », indique Jacques Martin.


Coopération des services


Deux cliniques lorientaises ont apporté un renfort, prêtant notamment leurs respirateurs : la clinique mutualiste et celle du Ter. Elles ont aussi « délégué » un anesthésiste pour le transfert et un infirmier qui continue de travailler au GHSB le temps de l’épidémie. « Depuis le début, les trois services fondamentaux pour notre logistique que sont le biomédical, les achats et les transports, ont fonctionné main dans la main avec efficacité. En deux semaines, nous avons triplé le nombre de nos lits de réanimation, passés de 10 à 30. En reconvertissant, comme partout, nos blocs opératoires à l’arrêt mais avec nos seuls moyens, de façon autonome. »


« Au passage, nous avons éprouvé notre coopération interne.  Exemple, dans l’un de nos 27 établissements à Pontivy, à 60 km de Lorient, nous avons transformé en un temps record une unité de soins intensifs, avec simplement une surveillance rapprochée, en lits de réanimation. En y réfléchissant, je ne vois pas grand-chose à changer à notre dispositif logistique global. Nous sommes au point », estime Jacques Martin. Il sent l’organisation du GHSB solide, ce qui ne l’empêche pas de souhaiter qu’une deuxième vague de l’épidémie ne se produise pas.
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