Des hôpitaux exclusivement Covid en Croatie

Dès la première vague, la Croatie s’est organisée d’une façon radicalement différente de la nôtre puisque le système hospitalier s’est complètement adapté afin de dédier certains établissements aux seuls patients Covid. C’est le cas de l’hôpital universitaire de Dubrava que dirige à Zagreb le professeur Ivica Lukšić. Son hôpital a été entièrement vidé de ses 27 départements qui ont été transférés vers d’autres hôpitaux de la capitale. Dans cette interview exclusive, il nous dévoile la stratégie de ce petit pays de l’Union.

santé-achat.info : Comment s’est organisée la Croatie pour affronter cette deuxième vague ?

Ivica Lukšić : « Notre système hospitalier s’est organisé autour de quatre centres régionaux de soins intensifs respiratoires primaires, les PRIC, qui prennent en charge la majorité des cas Covid modérés et sévères. Il s’agit des centres hospitaliers universitaires de Zagreb, Split, Rijeka et Osijek, les quatre plus grandes villes de Croatie.

La plupart des équipements et médicaments nécessaires au traitement des patients Covid leurs sont fournis et distribués par le ministère de la Santé. À partir de ces centres, une partie de l’équipement est dispatchée vers d’autres petits hôpitaux et cliniques de ces régions. Cependant, la majorité reste dans les centres PRIC où ils sont plus nécessaires.

À Zagreb, notre hôpital universitaire de Dubrava est donc aujourd’hui exclusivement dédié au traitement des patients Covid et dispose de 717 lits. En outre, les forces armées croates ont monté des tentes militaires offrant 220 lits supplémentaires, chaque tente étant équipée de réservoirs d’oxygène. À pleine capacité, nous pouvons donc accueillir et soigner un total de 937 patients Covid. »

santé-achat.info : Comment gérez-vous habituellement vos achats ?

Ivica Lukšić

Ivica Lukšić : « Nous avons plusieurs départements pour les achats et la logistique. Sur un budget global de 90 M€, 45 % sont consacrés à l’achat de matériel médical. Habituellement, nous procédons à un appel d’offres ouvert, et après avoir reçu les offres des fournisseurs, la décision est prise en fonction du rapport qualité prix.

Pour le dire simplement, cela dépend du prix et de la quantité des marchandises. Pour certains petits équipements ou fournitures, la procédure est plus simple que pour des produits plus chers. Au total, onze personnes travaillent dans ces départements. »

santé-achat.info : Quelles leçons avez-vous tirées de la première vague afin d’affronter la seconde ?

Ivica Lukšić : « Trois grandes leçons ont été tirées de la première vague. Tout d’abord, nous avons vu les différentes façons dont cette maladie peut affecter les patients et nous avons modifié le traitement et l’administration des médicaments en conséquence. De plus, nous avons doublé le nombre de ventilateurs et de systèmes HFNO (High Flow Nasal Oxygen, oxygène nasal à haut débit, NDLR). Ensuite, nous avons pu évaluer la quantité d’EPI dont nous avions réellement besoin. Il est inutile de vous dire qu’il est plus facile de se préparer lorsque vous savez presque exactement de quelles quantités vous aurez besoin !

Enfin, nous avons pu évaluer nos besoins en ressources humaines pour fournir les meilleurs soins aux patients. Par exemple, nous avons déterminé la durée effective des temps de travail, ainsi que le nombre de professionnels de la santé nécessaires. Globalement, nous nous sommes adaptés plus facilement et plus rapidement cette fois-ci. »

santé-achat.info : Êtes-vous actuellement préoccupé par une pénurie et comment gérez-vous vos stocks ?

Ivica Lukšić : « Nous ne sommes pas inquiets du tout, les fournitures dont nous avons besoin sont régulièrement achetées par l’intermédiaire de notre gouvernement et du ministère de la Santé, et nous avons déjà stocké les articles indispensables comme les curares et les hypnotiques ainsi que les équipements de protection. »

santé-achat.info : Comment voyez-vous la fin de la crise et quelles mesures avez-vous prises ?

Ivica Lukšić : « Cette pandémie changera notre façon de fonctionner à l’avenir, nous sortirons plus forts et plus organisés après cette crise sanitaire. À mon avis, seul le vaccin mettra fin à cette pandémie, et comme d’autres pays européens, la Croatie a précommandé le vaccin. »

santé-achat.info : Pouvez-vous évaluer les surcoûts dus à la crise en termes de ressources humaines, matériels, médicaments, équipements de protection, et nombre de lits alloués à la réanimation ?

Ivica Lukšić : « Il est difficile de répondre à cette question car aucun de nous ne sait quand cette crise prendra fin. Cependant, je pense que notre système de santé publique est l’un des plus solides. Je l’ai déjà mentionné, nous avons réussi à transformer l’hôpital universitaire de Dubrava en centre PRIC comme une réponse rapide à la pandémie.

Non seulement l’équipement, mais aussi les professionnels de la santé d’autres hôpitaux ont été redirigés vers notre hôpital pour soutenir notre personnel dévoué, et travailler ensemble afin de fournir la meilleure qualité de soins aux patients. Jusqu’à présent, cette approche s’est avérée plus qu’adéquate et nous avons des attentes positives quant à l’avenir. »

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