Cayenne : 48 heures pour monter un hôpital

Avec un nombre de cas confirmés qui a pratiquement doublé en l’espace d’une semaine et un taux de positivité qui atteint aujourd’hui les 27%, la situation n’était plus tenable en Guyane. Malgré les évacuations sanitaires vers les hôpitaux de Martinique et de Guadeloupe, il fallait absolument soulager le centre hospitalier de Cayenne. Face à la dégradation de la situation, Annick Girardin, ministre des Outre-Mer s’est rendue sur place le 24 juin, avec les équipes et le matériel pour installer un hôpital de campagne.

© Lucie Denis/ESCRIM
Il est 13 heures lorsque l’avion affrété par la Sécurité Civile se pose sur la piste de l’aéroport Félix Éboué avec près de trente tonnes de matériel à son bord. En quelques heures seulement l’hôpital de campagne qui vient soulager le centre hospitalier de Cayenne prend forme. Les 41 spécialistes de l’unité mixte composée des sapeurs-sauveteurs des Formations Militaires de la Sécurité Civile (ForMiSC) et des pompiers du Gard renforcés par de nombreux SDIS sont à pied d’œuvre pour monter l’Élément de Sécurité Civile Rapide d’Intervention Médicale (ESCRIM) qui est opérationnel depuis dimanche sur l’ancien héliport de l’hôpital.

Des équipes formées à intervenir partout

© Lucie Denis/ ESCRIM

Bloc opératoire, salle d’imagerie médicale, pharmacie, unité de stérilisation, unité de soins intensifs, salle de soins ambulatoires… deux jours seulement auront été nécessaires pour monter les vingt tentes de l’hôpital de campagne et permettre au centre hospitalier de Cayenne de reprendre sa respiration. Une prouesse logistique ? « Nos équipes sont formées à intervenir sur tous types de catastrophes, en métropole, outre-mer où à l’étranger et nos médecins sont spécialement formés à la médecine de catastrophe naturelle, explique Jean-Michel Audibert le chef du détachement. Les ForMiSC sont capables de mobiliser près de 300 personnes en à peine trois heures ! ».

À 41 ans, ce lieutenant-colonel sorti de Saint-Cyr et de l’École de guerre est affecté à l’unité d’instruction et d’intervention de la sécurité civile n°7 (UIISC7) basée à Brignoles, dans le Var. Chef du Bureau Opérations Instruction, il a précédé de quelques jours l’arrivée à Cayenne de son hôpital de campagne : « Avec deux logisticiens, un médecin et un pharmacien, nous sommes venus préparer le terrain comme nous le faisons avant chaque opération ».

En appui du centre hospitalier

© Lucie Denis/ESCRIM

Préparer le terrain était d’autant plus nécessaire que l’hôpital de campagne de la Sécurité civile se positionne en appui du centre hospitalier de Cayenne : « Nous ne sommes pas là pour traiter les patients Covid ou faire de la réanimation lourde, explique Jean-Michel Audibert, mais plutôt pour éviter l’engorgement des services hospitaliers ». D’une capacité de vingt lits, seize lits d’hospitalisation et quatre lits de soins intensifs, l’ESCRIM se positionne en effet comme un nouveau service du CHG : « Nous sommes connectés à son réseau informatique et nous avons accès aux DMU des patients comme si nous faisions partie intégrante du centre hospitalier ».


Même si l’hôpital de campagne de la Sécurité civile ne devrait rester déployé à Cayenne que durant quatre à six semaines si la situation se stabilise, il fonctionne réellement comme un service du CHG, raccordé notamment à son réseau d’alimentation électrique : « Nous avons nos propres blocs de climatisation et nos groupes de secours, explique Jean-Michel Audibert ».

 

© Lucie Denis/ESCRIM

L’Élément de Sécurité Civile Rapide d’Intervention Médicale est le fruit d’une coopération de plus de 40 ans entre les ForMISC et le SDIS 30 qui l’a vu se déployer sur des théâtres d’opérations complexes : Haïti, Sri Lanka, Indonésie, Sumatra… « Il y a quelques mois encore, nous étions déployés en Albanie après le violent séisme qui a frappé le pays ». Le 26 novembre, en effet, moins de deux heures ont été nécessaires aux équipes de sauvetage sous décombre de l’UIISC7 pour quitter leur quartier et partir pour les Balkans…

Une mission conjointe civils et militaires

© Lucie Denis/ESCRIM

À Cayenne, l’Unité d’instruction et d’intervention de la sécurité civile n°7 est intervenue conjointement avec plusieurs SDIS : le SDIS du Gard qui a dépêché huit sapeurs-pompiers, infirmiers et logisticiens, ainsi que huit autres SDIS sur place. « C’est effectivement une mission mixte, explique Jean-Michel Audibert, militaires de l’UIISC 7 et pompiers du Gard travaillent en complémentarité ».

 

Réparti entre Nîmes et Brignoles, le matériel a été acheminé sur place par un avion spécialement affrété pour l’occasion. « Une fois les soutes déchargées, quelques heures à peine sont nécessaires au montage des structures, détaille-t-il, l’installation du bloc opératoire et des différentes unités, le câblage, la connexion aux réseaux du centre hospitalier se font ensuite de façon à rendre l’hôpital de campagne opérationnel deux jours seulement après notre arrivée ».

 

© Lucie Denis/ESCRIM

L’hôpital de campagne de la Sécurité civile est opérationnel au moment même où la préfecture de Guyane durcit les mesures de restriction en espérant que ce ne soit pas un coup d’épée dans l’eau : confinement ciblé de certains quartiers des principales communes du département, renforcement drastique du couvre-feu qui commence à 17h, fermeture des bars et des restaurants… Le pic de l’épidémie est prévu pour la mi-juillet, il y a peu de chance que l’ESCRIM soit démonté d’ici la fin août…

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