Bionettoyage : contrôler au peigne fin

Crucial dans le milieu de la santé, le bionettoyage a pris une nouvelle dimension avec la crise sanitaire. Qu’elle soit externalisée ou réalisée par une équipe maison, la qualité de la prestation dépend souvent de la vigilance particulière apportée au contrôle. En bout de chaîne, les cadres chargés de cette mission ont donc un rôle éminent à jouer.

 

© Ambroise Paré/Nathan Lainé

Leur tâche est essentielle. Elle l’est d’autant plus aujourd’hui avec la crise sanitaire et la prise de conscience qui s’est imposée dans les couloirs des hôpitaux. Dans les couloirs, mais également dans les halls d’accueils, les box de consultation, les plateaux techniques, les blocs opératoires et les chambres qui restent en définitive les lieux les plus fréquentés par les patients…

Au sein des directions de la logistique, les équipes chargées du bionettoyage sont soumises à un contrôle on ne peut plus strict. Et lorsqu’il s’agit de prestataires extérieurs, le droit à l’erreur existe d’autant moins que les entreprises spécialisées doivent gérer – et notamment comme ça été le cas avec les vacances d’été – des problèmes de personnel.

Une surveillance constante

« C’est toujours pareil, nous déclare sous couvert d’anonymat un chef de service du sud de la France, durant les vacances notre prestataire recrute des intérimaires qui n’ont pas conscience des enjeux, il ne s’agit pas de faire le ménage mais bien d’hygiène hospitalière ». Une préoccupation que n’est pas loin de partager Thierry Degroote, gouvernant hôtelier au CH Bretagne Atlantique de Vannes, même s’il n’a jamais eu à gérer de graves difficultés : « Notre cahier des charges est très strict et nous ne relâchons certainement pas nos contrôles en période de vacances, bien au contraire ».

Thierry Degroote

Thierry Degroote est à son affaire, lui qui dispense des formations au bionettoyage au lycée d’enseignement professionnel Le Ménimur ainsi qu’à l’Institut de formation en soins infirmiers et l’Institut de formation des aides-soignants de Vannes. « Nous ne sous-traitons qu’une partie du bionettoyage, explique-t-il, les parties communes et les bureaux sont externalisés ». Les blocs, la pharmacie, la rééducation enfants, les consultations d’ophtalmologie et le mini bloc IVT sont nettoyés par des équipes maison. Dans les services de soins, ce sont des équipes internes qui effectuent le bionettoyage des chambres des patients et celui des parties communes.

Contrôles contradictoires

Au CHBA, contrôles aléatoires et inspections régulières vont de pair. Au moindre problème, le gouvernant hôtelier prend son téléphone et l’entreprise doit intervenir avant la fin de la journée. Deux fois par mois c’est avec la responsable de site du prestataire qu’il organise des contrôles contradictoires : « Elle n’a aucune idée de l’endroit que nous allons inspecter, confie-t-il dans un large sourire, mais moi si… ». Selon la grille d’évaluation établie lors de la passation du marché, tout est passé au crible et les remarques de Thierry Degroote sont consignées : « Tout a été déterminé, les cadences, les locaux, les fréquences et les heures de passage… ».

La liste des points de contrôle est exhaustive et le gouvernant n’en livre que quelques-uns : « Les rebords des fenêtres, les traces de doigts sur les portes, les bureaux et les tables, l’aspect visuel des locaux, la propreté des poubelles, la désinfection complète des cabines d’ascenseurs, les bouches d’aération, la ventilation… ». Et même l’état de propreté du matériel du prestataire… S’il y a un souci, le tir doit être rectifié sans attendre. Son intervention s’arrête aux portes des blocs, mais un avenant a été signé pour le bionettoyage des centres de vaccination de l’hôpital.

Valoriser le métier

© Ambroise Paré/Nathan Lainé

À Neuilly-sur-Seine, au contraire, la direction de la clinique Ambroise Paré n’a pas souhaité externaliser. Tout est effectué en interne comme l’indique Dominique Boulangé, sa présidente directrice générale : « Internaliser ce métier c’est le valoriser, c’est créer pour le personnel un sentiment d’appartenance à l’établissement, mais également une reconnaissance, car les personnels font partie d’une équipe de soin. Ils sont donc plus impliqués et plus appliqués. En effet, les établissements ayant externalisé cette fonction prennent le risque d’avoir des agents nouveaux non expérimentés qu’il faut former, sans avoir la garantie que ce soit pour du long terme ».

 

Kadiatou Dramé

Une vision que partage Kadiatou Dramé, la gouvernante qui encadre les ASH assurant le bionettoyage sur les deux étages qu’elle supervise : « Leurs fiches d’intervention sont établies selon un protocole très strict, une marche en avant du plus propre au plus sale, et du haut vers le bas ». Elle assure un contrôle à chaque intervention, aussi bien dans les chambres que dans les parties communes afin d’éviter les contaminations croisées. « Les ASH ont chacune une zone déterminée et interviennent dans les chambres, les circulations, les postes de soins, les offices… ».

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