Wilfried Payen a bien du mérite

Responsable de la maintenance et de la production à la blanchisserie du CHU de Reims, Wilfried Payen a été fait chevalier de l’ordre du Mérite pour son dévouement pendant la première vague de la pandémie. En mars 2020, il s’est porté volontaire et traité seul, en plus de son travail normal, le linge qui venait des unités Covid. À travers lui, ce sont toutes les fonctions supports de l’hôpital qui sont distinguées.

Wilfried Payen se souviendra sans doute longtemps de deux dates. Celle du 11 octobre 2021, jour de la remise des insignes de chevalier de l’ordre du Mérite. Et celle du 12 mars 2020. Tandis que le Président de la République annonce, à la télévision, que le pays fait face à la plus grave crise sanitaire depuis un siècle et décide la fermeture des écoles, un « sac rouge », identifiant le linge sale provenant des unités Covid, tombe et se répand à la blanchisserie de l’hôpital rémois. Personne n’ose y toucher.

500 kilos de linge Covid par jour

« Il faut se remettre dans le contexte. A l’époque, on ne disposait pas beaucoup d’informations sur le virus, combien de temps du linge pouvait l’héberger et quels étaient les risques de contamination par ce biais », se souvient Wilfried Payen. D’autant que la crise bat son plein dans le Grand Est, frappé de plein fouet par la première vague. À la blanchisserie, la production s’envole. « Au tout début de la pandémie, on traitait environ 200 kg de linge Covid par semaine. À partir du 12 mars, c’est l’explosion avec 500 kg par jour », poursuit Wilfried Payen.

Le technicien supérieur hospitalier n’écoute que son devoir et se porte volontaire pour s’occuper des fameux « sacs rouges ». Il est le seul. « Je n’ai pas eu peur. En me protégeant et en respectant le protocole, je savais qu’il y avait peu de chances de l’attraper », raconte celui qui a le sens des responsabilités. Arrivé à l’hôpital en 2011 comme technicien de maintenance, Wilfried Payen a en effet rapidement pris du galon pour coiffer la maintenance des équipements de la blanchisserie et de la cuisine centrale (5 agents), et la production de la blanchisserie (77 agents).

À son poste dès trois heures du matin

Pour réduire le risque, le CHU de Reims décide de traiter le linge Covid hors production, c’est-à-dire en dehors des horaires traditionnels d’activité de la blanchisserie. Durant une semaine, du lundi au dimanche, dès trois heures du matin, Wilfried Payen, après avoir enfilé surblouse, gants, masque et charlotte, vide les sacs rouges des rolls, remplit les machines à laver, et lance les programmes. « Je prenais toutes les précautions et je me lavais les mains à chaque tournée ».

Il abat ainsi quotidiennement 14 heures au pôle logistique, puisqu’après en avoir terminé, il enchaîne sur ses tâches traditionnelles. « Je n’ai pas vécu le premier confinement comme une partie des Français car j’allais travailler tous les jours. » Son adjointe, Christelle Bottin, vient ensuite lui prêter main-forte.

Six semaines non-stop

Durant six semaines au total, ce sera quasiment du non-stop car les besoins ne cessent d’augmenter. Au pic de la première vague en avril, entre 2 et 2,5 tonnes de linge Covid sont nettoyés chaque jour. Leur engagement de tous les instants n’échappe pas à la direction. « Cédric Garot et son adjoint venaient nous voir. Un regard, un sourire, un geste d’encouragement, cela nous suffisait. On savait qu’ils étaient là pour nous en cas de besoin. »

Habitant à Sergy près de Fère-en-Tardenois, commune distante d’une cinquantaine de km de Reims, Wilfried Payen doit se lever à une heure du matin pour démarrer le traitement des « sacs rouges ». « Je suis un couche-tôt, et quatre ou cinq heures de sommeil me suffisent », concède-t-il. « J’ai fonctionné à l’adrénaline ! Le président avait dire qu’on entrait en guerre contre le virus. Alors, je me suis comporté comme un soldat ». Le cadre de la direction logistique est pourtant marqué physiquement. « Au sortir de la première vague, je suis tombé malade alors que cela ne m’arrive jamais ».

La logistique aux côtés des soignants

Son entourage a été surpris en apprenant qu’on allait lui remettre une décoration. Car Wilfried Payen est du genre modeste. « Je n’en ai pas parlé. Je n’ai fait que mon travail. Il fallait que quelqu’un le fasse. C’est tout. Et d’autres se sont investis dès le premier jour comme Mme Diallo (ingénieure logistique, partie depuis à la retraite, NDR) qui n’a pas compté ses heures ».

Le cadre préfère ne pas épiloguer. « Tout cela est fini. Il faut revenir à une vie normale ». Pour autant, il est conscient que sa décoration symbolise la mobilisation des fonctions supports. « La logistique a participé à la bataille contre le virus. Nous avons aussi été là, aux côtés des soignants. »

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