Nathalie Sampieri-Teissier, ambassadrice de la logistique hospitalière

S’il est une ambassadrice de la logistique à l’hôpital, c’est bien elle. Après avoir soutenu une thèse en sciences de gestion sur les pratiques hospitalières, Nathalie Sampieri-Teissier est aujourd’hui maître de conférences à l’Université Aix-Marseille, habilitée à diriger des recherches. Management et pilotage de la logistique sont ses spécialités, et c’est à ce titre qu’elle intervient régulièrement lors de colloques professionnels et participe à des recherches sur la logistique appliquée au domaine de la santé.

Nathalie Sampieri-Teissier, ambassadrice de la logistique hospitalière ? Mais bien plus que ça, car ce n’est pas toujours avec diplomatie qu’elle prend la défense de ceux qui, dans l’ombre, font tourner les hôpitaux, aussi bien au service des patients que des soignants : « Nous enregistrons des signaux faibles venant de l’ensemble des institutions de santé montrant une certaine évolution de la logistique hospitalière, et la crise du Covid a accéléré le changement. Toutefois, la grande majorité des directeurs d’hôpitaux qui arrivent à l’hôpital sont plus naturellement attirés par les finances ou les ressources humaines qui sont plus visibles, et donc plus valorisantes, que la logistique, bien moins connue et moins attractive ».

La logistique pas assez valorisée

Pour l’universitaire, c’est bien la preuve que la logistique n’est pas assez mise en valeur, alors qu’elle est indispensable, à l’offre de soins : « Lorsqu’à la sortie de l’école de Rennes les futurs directeurs passent par la logistique, ils restent rarement plus de trois ans, déplore-t-elle, on se demande même si la logistique n’est pas perçue comme une punition ! ». Selon elle, la logistique devrait au contraire être un passage obligé pour mieux comprendre l’hôpital : « Il faut aller dans les services, se frotter à l’opérationnel, c’est très formateur ».

On sent poindre dans ces propos comme un léger soupçon d’ironie… Selon elle, pas d’autre solution que de valoriser la logistique : « Les directeurs de la logistique devraient automatiquement siéger au Codir ! ». Pour Nathalie Sampieri-Teissier, le Centre national de gestion devrait faire en sorte de valoriser tous les métiers de la logistique, d’en renforcer l’attractivité : « Cela passe par une totale révision de la politique générale en termes de carrières, il faut entreprendre un véritable travail institutionnel en la matière ».

Rendre la fonction plus attractive

Au sein du laboratoire universitaire de recherche en sciences de gestion spécialisé en logistique et supply chain management, rattaché à l’université d’Aix-Marseille, Nathalie Sampieri-Teissier n’en perd pas pour autant le contact avec les réalités du terrain : « Où en sommes-nous de la construction des fiches de postes, s’interroge-t-elle ? ». Pour la maître de conférences, un important travail reste à accomplir, du BEP jusqu’au diplôme d’ingénieur : « L’attractivité, c’est une clé indispensable pour mettre en lumière tous les métiers de la logistique, les métiers de “l’usine” d’aujourd’hui ne font pas toujours rêver ! ». Cette prise de conscience est d’autant plus tardive, pour Nathalie Sampieri-Teissier, que, lorsqu’ils procèdent à des recrutements, les hôpitaux sont parfois contraints de prioriser les contraintes budgétaires : « Il faut plutôt penser à attirer les bons profils ! ».

Alors aujourd’hui, pour y arriver, que reste-t-il à faire ? « Travailler sur l’organisation et les ressources humaines, explique-t-elle, les logisticiens doivent faire de la logistique en coopération avec les soignants, et ils doivent pour cela être formés, accompagnés, valorisés ». Les métiers de la logistique doivent être visibles, aussi bien par les soignants que par les patients : « Ils sont en seconde ligne, d’accord, mais sans logistique il n’y a pas de soins ». Autre problème, pour elle, la distribution des rôles : « Que doit-on mettre dans la logistique ? Le jardinage ? Les travaux ? La gestion des flux ? L’hôtellerie ? ». La liste est longue et vous la connaissez, mais, pour elle, il faut impérativement remettre tout ça en perspective car le terme logistique est bien trop générique à l’hôpital : « On sait ce que font les soignants, mais les soignants savent-ils ce que font les logisticiens ? ».

Les “Monsieur Jourdain” de la logistique

C’est un peu frustrant, tout de même, de travailler en second rideau. Qui sait qui fait quoi ? Il y a, par exemple, les “Monsieur Jourdain” de la logistique : « Les pharmaciens ou les soignants ne savent pas qu’ils font de la logistique, et pourtant ! ». Reste donc, finalement, l’essentiel à accomplir : « Définir les tâches et répartir les rôles, intégrer réellement la logistique à la “supply chain”, parler compétences et aller au-delà de la réduction des coûts… ». Avec le Covid, la prise de conscience du rôle que tient la logistique au sein de l’hôpital a déjà eu lieu, reste maintenant à considérer sa fonction stratégique…

Passionnée par la logistique appliquée à l’univers hospitalier, Nathalie Sampieri-Teissier l’est à l’évidence, et même si ses recherches sur le management et le pilotage de la logistique appliqués à l’hôpital sont d’un très haut niveau, elle n’est pas enfermée dans une bulle, n’hésitant pas à descendre dans l’arène et invitant les futurs directeurs d’en faire de même. À la rentrée sortira son ouvrage « La logistique hospitalière au service des patients et des soignants » aux éditions Techniques de l’ingénieur, co-écrit avec Guillaume Eckerlein, directeur des achats, de la logistique et de la qualité́ hôtelière aux Hôpitaux universitaires de Paris Saclay. Autant ne pas le manquer…

 

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