Logistique : l’exemple inspirant d’un répartiteur pharmaceutique

Pris en étau entre une attente toujours plus exigeante, des besoins qui se multiplient et des ressources qui se raréfient, les établissements de santé cherchent impérieusement à optimiser leur fonctionnement. Et si la voie de la performance passait par la logistique ? L’exemple – duplicable – d’un grossiste répartiteur pharmaceutique en témoigne.

© Ph. Fostan

« Au cœur des enjeux de demain, la sécurisation des approvisionnements et la bonne gestion des stocks sont désormais décisifs pour la qualité des soins ». Pour Philippe Devillers, consultant en organisation des flux chez Apsis Santé, le défi est clair. Livré par le cabinet conseil, récemment associé à l’expert de la logistique industrielle Citwell, l’exemple d’un entrepôt pharmaceutique lancé dans l’optimisation de la préparation de ses commandes ouvre les pistes d’une « supply chain » maîtrisée.

Des points communs évidents

© P.Fostan.

16 000 références, 230 officines livrées deux fois par jour à horaires réguliers, 3600 bacs et 26 000 lignes de commandes par jour, et tout cela au sein d’un entrepôt non extensible… Entre le manque de place accru par une croissance difficilement maîtrisée du catalogue produit, un stock dormant et des coûts de péremption évitables, que la PUI qui ne se reconnaît pas dans ce portrait jette le premier bac !

Plus flagrant encore : « Tout comme dans un hôpital, l’ensemble aboutit souvent au cumul de deux symptômes antagonistes, d’un côté un stock surdimensionné, notamment pour répondre à des consommations diverses, imprévisibles et fluctuantes et, de l’autre, des ruptures alors que l’univers métier exige une tolérance zéro en la matière », décrit Philippe Fostan, senior manager chez Citwell.

Un stock organisé par les sorties

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De même que l’on règle le débit d’un robinet plutôt que de changer de baignoire, le principe général consiste à travailler le contenu avant de réformer le local de stockage. Première étape : « repenser l’organisation des références dans l’espace en fonction des demandes », détaille le consultant du cabinet conseil en industrie. Concrètement, il s’agit de positionner les produits par zone de sortie, en fonction de leur taux de rotation et en repérant notamment les références, dites « feuilles mortes », qui sortent peu.

Philippe Fostan et Philippe Devillers © LD

Bien évidemment, cette définition spatiale n’a rien d’intangible et doit être régulièrement revisitée pour ne pas voir la productivité chuter de 40 % ou plus », prévient ainsi Philippe Fostan. « De l’ordre de 180 lignes de commandes horaires pour le répartiteur de pharmacie, l’indicateur d’alerte se référera plutôt, en PUI et selon la dimension du site, soit à un taux hebdomadaire, soit aux chiffres annuels obtenus en scannant toutes les sorties des douze derniers mois », complète Philippe Devillers.

Juste à temps et juste à dimension

© P.Fostan

De cette organisation spatiale rigoureuse va, dans un second temps, découler une préparation non moins méthodique, elle aussi objet d’une fine analyse. Préparation en cartons entiers alignés sur palettes, sous-cartons disposés ouverts sur l’étagère et/ou médicaments présentés à l’unité ? Certes, là encore, l’analogie avec la PUI passe par quelques ajustements, en fonction de l’importance de celle-ci, mais la règle est la même quelle que soit la surface occupée et le volume traité : « pour ne pas perdre de temps à répéter une tâche à l’entrée puis à la sortie, le conditionnement du stockage doit se faire dans la dimension juste supérieure à celui des livraisons futures », pose Philippe Fostan.

Robotique et logistique, le bon mix

© Ph. Fostan

Enfin, avec 50 préparateurs/trices présents en 2×8 et deux robots, le grossiste pharmaceutique mixe une préparation manuelle, très adaptable aux modifications de parcours par exemple, et une préparation automatisée, qui élimine les erreurs et stimule la productivité. « Tout, ici, dépend encore de la taille du site, mais dans la palette de solutions robotiques disponibles, chacun trouvera celle qui, adaptée à ses besoins, lui permettra de gagner en vitesse tout en divisant par dix les risques d’erreur », assure Philippe Devillers.

Si les PUI les plus imposantes pourront ainsi, à l’image du répartiteur, opter pour des convoyeurs automatiques avec stations de tri et d’adressage, voire adopter une supervision totale par le système (plateformes CHU et GHT), d’autres – dès 300 m2 – verront déjà leur organisation fortement optimisée par une préparation technologiquement assistée : « voice picking » facilitant le travail de prélèvement des opérateurs, scanner à doigts et/ou contrôle par assistant personnel… Mais « l’automatisation n’est qu’une partie de la réponse », tempère Philippe Fostan, « la prise de conscience et l’accompagnement au changement restent le plus important. » La logistique est bien désormais le premier élément à soigner au sein d’un établissement de santé…

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