Logistique : les stocks de gains selon Phare

Après les achats, le programme Phare a investigué sur les différentes manières d’optimiser la logistique hospitalière. L’étude de 18 cas pilotes lui a permis d’évaluer quel était le retour sur investissement des différentes formes de mutualisation des plateformes de stockage et quelles étaient les bonnes pratiques susceptibles de générer des gains. Les travaux se poursuivent avec une 2e vague. Les GHT intéressés pourront se porter candidats jusqu’à fin juin.

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Choisir le bon niveau de stockage, amenuiser les risques de rupture d’approvisionnement, améliorer la qualité du service rendu aux unités de soins. Autant de bonnes raisons de chercher à améliorer la logistique hospitalière – souvent parent pauvre des établissements de santé – que la pandémie a propulsée sur le devant de la scène. Voilà pourquoi l’équipe du programme Phare (DGOS) a mené une enquête de longue haleine, centrée sur le stockage et les flux logistiques des produits entrants et sortants.

Essentiellement sur la pharmacie et le magasin général, a précisé Guillaume Lefoulon, chargé de projets achat et logistique, le 18 mai lors de Santexpo. Une étude qui intégrait plusieurs projets en un : capitaliser les bonnes pratiques pour ne pas « réinventer l’eau tiède », en estimant les gains potentiels, et scruter 18 cas pilotes (21 GHT concernés) en élaborant différents scenarii de plateformes mutualisées. Avec, en bout de chaîne, la définition d’outils méthodologiques partagés.

Mutualisation des plateformes logistiques, un bon plan ?

Cœur du sujet, le regroupement des plateformes logistiques d’un territoire est-il finalement une bonne affaire ? Tout dépend. Car plusieurs variables entrent en jeu : la taille du territoire du GHT, le nombre d’établissements, la présence ou non d’un CHU, la variété de ses activités, le degré de mutualisation initiale, le choix d’une plateforme centrale unique ou de plusieurs plateformes décentralisés…Sans oublier la nécessité (ou pas) de construire une nouvelle infrastructure. Dans le Jura, il n’y aura pas d’autre choix que de bâtir du neuf pour avoir une installation moderne en 2025 (lire notre article du 9 juillet 2021 ).

Guillaume Lefoulon

Résultat des courses, selon la DGOS, les choix de mutualisation consistant à réduire le nombre de plateformes tout en conservant deux ou trois sites décentralisés sont donc déconseillés en raison d’un ROI dépassant les 20 ans. « Hors CHU, seuls les scenarii centralisés sont viables, étant donné les coûts importants d’investissement », a résumé Guillaume Lefoulon. Pour 6 projets finalisés jugés viables, les gains nets annuels récurrents potentiels pourraient atteindre un total de 5 millions d’euros.

Impact sur le prix des marchés publics

Avec une seule plateforme centralisée, moins de coûts RH logistiques (47 % des gains estimés), des stocks réduits (17 % des gains). Mais aussi de meilleurs prix lors des marchés publics puisque les fournisseurs n’auront plus qu’une adresse de livraison (36 % des gains). Des économies correspondantes à 1,5 % de l’assiette du volume d’achat sur les produits stockés hors établissement support, et à 0,5 % pour ceux entreposés par les établissements supports. A quoi il faut ajouter la valeur des surfaces libérées dans les établissements.

Une mutualisation qui pourra être couplée à de bonnes pratiques. Cela ne surprendra pas vraiment les professionnels des flux, la DGOS met en avant le déploiement de la logistique d’étage associé à la méthode du plein/vide. De quoi permettre aux équipes soignantes de mieux consacrer à la prise en charge de leurs patients. Selon l’étude, le bénéfice – qui n’a pas été inclus dans les gains budgétaires – atteindrait 10 % du temps que les soignants consacrent à la logistique, soit 1 % du temps de travail global.

Prendre de la hauteur dans la gestion des entrepôts

Une plus-value toute relative. Car, en réalité, la démarche ne semble porter pleinement ses fruits que lorsque la logistique, et non plus les services de soins, gèrent intégralement les derniers mètres et coiffent les magasins d’étage. Le CHU d’ Amiens (lire notre article du 27 mai 2021) étend cette nouvelle organisation. Tout comme le CHU Rouen qui veut ainsi décharger ses infirmières et aides-soignantes de tâches qui occupaient jusqu’à 45 % de leur temps (lire notre article du 26 avril 2022).

Autre piste à explorer, celle d’un changement d’usage des entrepôts. L’étude incite à prendre de la hauteur dans les rangements. Avec un objectif de volume de stock de 3 m3 par mètre carré, contre seulement 1,57 dans les cas pilotes. Moyennant évidemment l’achat d’équipements idoines.

Jusqu’à fin juin pour candidater à la 2e vague

Professionnalisation et mutualisation permettront également d’éviter de trop emmagasiner de produits. Car le paysage dessiné par l’enquête est plutôt au surstock. La DGOS a défini des cibles. Pour les établissements MCO, réduction de la couverture à 4 semaines en moyenne pour les stocks centraux, contre 6,6 aujourd’hui pour les médicaments, quasiment 9 pour les DM, et 6,4 pour les autres produits. Le syndrome de l’écureuil est encore plus marqué chez les établissements non MCO avec une moyenne de 25 semaines côté pharmacie, et plus de 8 semaines en magasin général.

Le volet logistique du programme Phare ne va pas s’arrêter là. Une deuxième vague s’apprête à démarrer, avec l’aide de l’ANAP. Les GHT intéressés auront jusqu’à fin juin pour candidater aux appels à projets que les ARS sont en train de lancer.

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