La logistique du CHUV secourt les hôpitaux ukrainiens

En Suisse, la logistique du centre hospitalier universitaire vaudois est sur pied de guerre depuis qu’à Lausanne le Conseil d’État de Vaud lui a demandé d’organiser l’acheminement vers l’Ukraine de médicaments et de dispositifs médicaux, affectant à cette opération de solidarité une enveloppe de près de 800 000 francs suisses. À peine vingt-quatre heures après la décision des pouvoirs publics et la réception de la liste établie par l’ambassade d’Ukraine, les premières palettes étaient prêtes à prendre la route.

© CHUV

Qui a dit que les Suisses étaient lents ? L’invasion de l’Ukraine vient prouver exactement le contraire et tord le cou aux idées reçues. À Lausanne, il y a cinq jours seulement, le Conseil d’État de Vaud publiait un communiqué sans équivoque qui allait voir le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) monter en première ligne : « Du matériel médical sera acheminé en urgence sur place par le CHUV. Les principaux organismes actifs dans l’acheminement de matériel seront recensés par l’État-major cantonal de conduite (EMCC), afin de répondre à l’élan spontané de solidarité des Vaudoises et des Vaudois ». Directeur du département de la logistique hospitalière du CHUV, Pierre-Yves Müller se retrouve ainsi sur le pied de guerre.

Une logistique bien huilée

Lorsque nous l’avions interviewé en 2020, Pierre-Yves Müller avait évoqué l’industrialisation de la logistique du CHUV (Lire notre article du 9 septembre 2020 ). Se doutait-il alors que dix-huit mois plus tard les process d’automatisation qu’il avait développés et la mutualisation du magasin central avec les hôpitaux universitaires de Genève seraient mis ainsi à contribution, permettant au CHUV une réactivité impressionnante aujourd’hui.

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Mais lui qui avait monté un véritable pont aérien avec la Chine pour s’approvisionner en EPI au début de la crise sanitaire n’imaginait pas une seule seconde être sollicité ainsi par le gouvernement vaudois qui lui demande d’organiser au plus vite un transport de matériel sanitaire d’urgence et de médicaments à destination de l’Ukraine, débloquant pour cela 800 000 francs suisses : « Il s’agit notamment de pansements et d’outils chirurgicaux, de matériel stérile, de kits de premiers secours, etc. ». L’ambassade d’Ukraine lui transmet alors une liste détaillée de médicaments et de consommables médicaux.

Et tout va très vite, prouvant l’efficacité d’une logistique bien huilée : « La liste établie par l’ambassade a été immédiatement transmise au magasin central et nous avons procédé jeudi à une première extraction sur les stocks du CHUV, 300 000 CHF de consommables médicaux (appareils de perfusion, EPI, cathéters, seringues, couvertures chauffantes, bistouris, etc.) et 60 000 CHF de médicaments (analgésiques, antibiotiques, désinfectants, etc.) dans un premier temps ». Car la décision a été prise de ne pas tout livrer en une seule fois, même si les stocks du centre hospitalier sont immédiatement reconstitués.

Livrer directement les hôpitaux ukrainiens

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« Nous voulons sécuriser les approvisionnements et être capables de nous adapter en temps réel à l’évolution des besoins sur place, explique Pierre-Yves Müller, car, malheureusement, l’avancée des troupes russes et les combats qui font rage vont conduire à livrer de plus en plus de dispositifs médicaux de guerre ». Malgré la pression, le directeur du département de la logistique hospitalière du CHUV reste zen : « Le CHUV est une grosse machine, dit-il, nous savons faire ».

Pourtant, le conditionnement doit s’adapter lui-aussi à la situation : « Nous devons tout mettre en cartons afin de constituer ensuite des palettes filmées qui sont déjà acheminées sur Berne et Genève ». De là vont partir des convois de camionnettes et de poids lourds immatriculés en suisse, affrétés par l’intermédiaire de l’association Humanitarian For Empowerment (HFE, https://humanitarian-hfe.org). « Il faut aller vite et limiter les risques, explique Pierre-Yves Müller, pas question de livrer en un seul point, tout part directement vers douze hôpitaux ukrainiens ».

Une ligne verte pour limiter les contrôles douaniers

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Jeudi soir, vingt-quatre heures seulement après que la première liste fournie par l’ambassade d’Ukraine lui soit parvenue, les trente premières palettes étaient prêtes. Elles prenaient la route vendredi pour l’Ukraine où elles sont arrivées aujourd’hui. Le directeur du département de la logistique hospitalière du CHUV a affecté une personne de son équipe à cette opération : « Même s’il faut faire avec les variations des charges de travail, ce n’est pas plus compliqué que ça, explique Pierre-Yves Müller avec un calme impressionnant, le CHUV est un grand hôpital et tout va très vite ».

Il faut dire que du côté ukrainien, ça va très vite également : « À Berne, l’ambassade d’Ukraine a affecté un responsable à la logistique avec lequel nous sommes en contact, et au sein de l’association HFE, le Dr Surennaido Naiken, son président (né en Ukraine NDLR), est également très réactif ». Et pour aller encore plus vite, une “ligne verte” a été tracée entre la Suisse et l’Ukraine pour réduire à leur plus simple expression les contrôles douaniers sur la route.

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