Hôtels hospitaliers : le choix de la solution interne

Refusant de réduire le rôle de l’hôtel hospitalier à celui d’une simple prestation supplémentaire, quelques établissements hospitaliers affirment leur volonté de conserver la main sur ces lits « hors les murs » en créant leur propre lieu d’accueil et d’hébergement. Après l’externalisation, voici la voie interne, 3e épisode de notre enquête sur les hôtels hospitaliers.

© Fondation Hopale

« Il ne s’agit pas d’un service « habituel » du domaine du soin que nous rendons, mais bien d’un nouveau service que nous créons, en écho à notre dimension sociale et solidaire. » D’entrée, Samuel de Luze, directeur général adjoint en charge de la stratégie territoriale au CHU de Caen, pose les cartes : « pas question donc de déléguer la gestion d’un tel lieu, partie intégrante de l’hôpital où doivent impérativement s’exprimer les mêmes orientations. »

Des agents hospitaliers mis à disposition

Samuel De Luze©CHU Caen Normandie

De fait, le CHU normand fait partie de ces quelques établissements sanitaires à avoir choisi d’enfiler la tenue hôtelière par-dessus la blouse hospitalière. Comment ? « En transformant un de nos bâtiments tertiaires, déjà utilisé pour loger certains internes et des parents d’enfants hospitalisés, afin de le consacrer à cette nouvelle mission dont nous assumerons également la gestion par l’intermédiaire de la Fondation Normandie Santé qui lie le CHU à l’Université de Caen », détaille le DGA.

Deux agents de l’hôpital devraient être mis à disposition pour assurer l’accueil et la restauration tandis que ménage et linge feront l’objet d’avenants aux contrats de prestation préexistant sur ces tâches. Enfin, le « room service », c’est-à-dire les besoins additionnels des résidents (pressing, produits d’épicerie…) pourront être satisfaits, à leurs propres frais, par la conciergerie du personnel, l’accès à des repas préparés par le self ainsi qu’aux commerces situés dans le hall principal de l’établissement.

« Mis bout à bout, les coûts d’une telle exploitation s’estiment entre 50 000 et 100 000 euros annuels sachant qu’un appel à nos donateurs doit nous permettre de faire de l’hôtel hospitalier caennais un véritable espace de convivialité : mobiliers confortables, distributeurs de snacks et boissons, fresques d’artistes locaux… », rapporte Samuel de Luze.

Une valorisation patrimoniale

©Fondation Hopale

Réputée pour sa prise en charge hautement spécialisée des pathologies orthopédiques et des affections neurologiques, notamment à Berck-sur-Mer, la fondation Hopale travaille depuis toujours à la construction d’un modèle intégré capable de répondre aux besoins globaux de ses patients et de leurs accompagnants. Pas étonnant donc si, pour elle aussi, la proposition d’un hôtel hospitalier s’inscrit en lettres capitales à son projet stratégique de développement, justifiant de joindre les fonds à l’ambition.

« Valorisant un patrimoine en front de mer qui était non affecté aux soins, Hopalia est un établissement de type Mercure 2 ou 3 étoiles financé sur nos fonds propres », présente la directrice de la stratégie et du développement des établissements de la Fondation, Snezana Walz Mijailovic. Un investissement de 1,3 million d’euros aura été nécessaire pour aménager la structure en deux appartements de 50 m2 et 18 chambres de 15/20 m2 dont 5 accessibles aux PMR – équipement des chambres et parties communes comprises – budget dont un tiers a été abondé par le mécénat.

100 % d’occupation

©Fondation Hopale

Côté fonctionnement, « pas d’accueil ni de présence nocturne, l’équipe hôtelière exerce à moyens constants, sous l’autorité du référent restauration pour le service du petit-déjeuner et celle de la direction des soins pour le ménage et le linge », développe la responsable. Malgré des débuts impactés par la crise sanitaire, le bilan semble prometteur : à raison de 45 euros la nuitée (350 € l’appartement pour la semaine), Hopalia ouvert début 2021 arbore carrément 100 % d’occupation depuis mai 2022, pour des séjours s’étalant de 2 jours à trois semaines.

Résultat : « grâce aux séjours accomplis comme au temps médical libéré en parallèle, l’équilibre a été atteint sur 18 mois au lieu des 24 prévisionnels, », se félicite Snezana Walz Mijailovic. Et un nouveau projet est déjà placé sur la rampe de lancement, attestant des promesses de cette nouvelle formule hospitalo-hôtelière « all inclusive ».

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