Au CH de Pontoise, le brancardage transfère d’abord des valeurs

Le brancardage est plus qu’une performance logistique au centre hospitalier de Pontoise, c’est clairement un maillon de la chaîne soignante. Dans cet établissement francilien, il s’agit d’un métier d’engagement, fondé sur des valeurs, qui ne se réduit pas au seul respect des délais. Attention, écoute, bienveillance, sécurité, implication des agents : cet art du brancardage a particulièrement impressionné la HAS lors de sa dernière visite de certification.

 

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« On ne transporte pas, on accompagne… » À l’heure où de nombreuses organisations optent pour une subordination au pôle logistique, le centre hospitalier René Dubos de Pontoise affiche la couleur dès l’organigramme. Ainsi rattachée à la direction des soins sous la responsabilité de Patricia Kessedjian, cadre supérieure de pôle, l’unité de brancardage est aussi, sur le terrain, managée par une cadre de santé, Christiane Guiziou.

Patricia Kessedjian © LD

Une tentative menée il y a quelques années au bénéfice d’un cadre à la culture logistique n’a pas fait long feu : « manquait la fibre soignante qui fait toute la différence entre une approche technique et une approche humaine », explique Patricia Kessedjian. Car le brancardage s’inscrit bien dans le parcours de soins d’un patient pour lequel il est souvent, d’ailleurs, le premier contact avec l’hôpital : « nous lui devons une prise en charge exceptionnelle de façon ordinaire, avec tous les attendus d’attention, de bienveillance et de sécurité que cela induit », abonde Christiane Guiziou.

Des formations à la communication

En effet, identitovigilance, prévention du risque infectieux, écoute de la douleur et/ou du stress, respect de la confidentialité mais aussi nettoyage des lunettes et sourire enjoué… Être brancardier ne se limite décidément pas au transfert d’un patient dans les délais. Si aucun diplôme n’est requis, le CH de Pontoise veille donc particulièrement aux aptitudes des entrants, avec là encore un credo : « s’assurer de leur adhésion à nos valeurs », résume Christiane Guiziou… Des valeurs qui doivent autant se décliner en savoir-être auprès des patients (calme, gaîté, réactivité…) qu’au bénéfice des collègues : esprit d’équipe, capacité d’analyse…

L’équipe des brancardiers autour de Christiane Guiziou © LD

« Nous sommes au service des services. Il faut donc connaître l’hôpital au-delà de sa seule distribution spatiale, être capable de se positionner face aux équipes et savoir apprécier le risque du transport en tant qu’acteurs de la surveillance des patients », détaille la cadre de proximité. Mais s’ils sont – pour ce faire – préparés par les « praticiens maison » aux incidents pouvant survenir sur le trajet et aguerris face aux conduites agressives, les 38 professionnels pontoisiens (ASH et ouvriers principaux) sont aussi progressivement formés à la communication aux patients afin d’honorer la mission qui s’affirme derrière leur tâche : « sur le chemin du bloc par exemple, que dire, ou pas justement ! », précise l’encadrante.

De 15 à 60 minutes de délais

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Postées en douze heures devant le logiciel THEO (Transports Hospitaliers Ergonomiques et Optimisés), quatre opératrices, elles-mêmes soignantes (anciennes infirmières, aide-soignante et ASH), régulent les 400 transports quotidiens (hors service des urgences) dont un bon tiers est programmé. « La performance consiste à être au plus près de la demande de l’opérateur attendant son patient, d’où un suivi permanent », pose Christiane Guiziou.

 

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Mais priorisés selon l’urgence, les délais entre l’émission de la demande et la réalisation varient, de 15 minutes en moyenne pour le bloc, lequel constitue le principal service client, jusqu’à une heure pour une simple radio. Car là encore, « si les temps sont évidemment importants, l’art du brancardage commence par la manière », insiste Patricia Kessedjian. Et de poursuivre : « ainsi, si l’objectif est que le patient attende le moins longtemps possible, l’exigence diffère selon le lieu de l’attente, son lit ou un couloir de la radio. C’est pourquoi les brancardiers vont attendre sur place lors des examens courts. »

Mention spéciale de la HAS

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Équipés de DECT (des zones blanches intérieures interdisent à ce jour l’utilisation de smartphones), les brancardiers du CH de Pontoise répartis en deux équipes (29 le jour, 9 la nuit) arpentent quotidiennement 12 kilomètres entre les différents bâtiments du site pavillonnaire. Jusqu’à les connaître « comme leur poche », confie Laurent qui se souvient toutefois « avoir mis trois semaines à se repérer » et avoue avoir même, les premiers jours, anticipé chaque parcours à vide « pour être certain de ne pas me tromper avec le patient, quitte à doubler les distances parcourues ! »

 

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Cette connaissance topographique en fait notamment de véritables forces de proposition, instigateurs de la réorganisation des transferts lors de la première vague pandémique ou « optimiseurs des circuits » dans le cadre de reconstruction annoncée de l’établissement. Et c’est aussi par leur participation proactive au patient traceur qu’ils ont décroché leur mention spéciale au dernier audit de la HAS. Une reconnaissance qui couronne l’objectif tenu secret par Christiane Guiziou depuis son arrivée : faire reconnaître ce métier à ses justes valeurs.

 

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