Un hôpital mobile par dirigeable

Appuyée par un consortium international, la jeune start-up française Flying Whales planche sur une solution dirigeable unique au monde, capable de convoyer des charges lourdes en l’absence de toute infrastructure. Avec, en arrière-plan, l’idée de transport d’hôpital mobile de 630 m2 qui n’a rien d’un projet en l’air.

 

© Flying Whales

Il n’y pas que les miracles pour venir du ciel. Des hôpitaux mobiles pourraient bien le faire aussi prochainement. Telle est en tout cas l’ambition de Flying Whales (« Baleines volantes »), société française qui, depuis quelques années, développe un grand projet industriel baptisé LCA60T. Derrière ces initiales se cache en effet un dirigeable rigide, unique au monde et capable de charger et décharger jusqu’à 60 tonnes de fret en vol stationnaire.

Doté de 14 cellules d’hélium non pressurisé, l’engin, destiné à être opérationnel en 2026, sera autonome sur plusieurs milliers de kilomètres, permettant ainsi de désenclaver les zones les plus isolées ou accidentées sans aucune empreinte, ni en vol grâce à des émissions quasi-nulles (la propulsion 100 % électrique est à l’étude), ni au sol puisqu’aucune infrastructure de transport n’est requise.

Un hôpital de proximité pour les populations éloignées

Constructeurs, industriels, énergéticiens… Les professionnels susceptibles d’être séduits par ce nouveau mode de transport exceptionnel ne manquent pas. Mais à cette liste s’ajoutent également les acteurs de la santé : « Le modèle veut, de façon périodique, apporter les services d’un hôpital de proximité à ceux qui n’ont toujours pas accès aux soins essentiels, soit la moitié de la population mondiale selon l’Organisation mondiale de la Santé », explique Michèle Renaud, directrice des ventes, du marketing et de la communication chez Flying Whales. Soutenu par un partenariat noué avec le cabinet d’ingénierie Ingérop, Siemens Smart Infrastructure, le cabinet conseil Roland Berger et plusieurs médecins experts, la prédéfinition d’un mini-hôpital itinérant est donc actuellement travaillée.

Plus de 600 m2 de surface

© Flying Whales

Conçu aujourd’hui d’un seul tenant de 90 mètres de long pour être convoyé dans la soute gigantesque (100 mètres de long pour 8 mètres de large et 7 mètres de hauteur), le bâtiment de 630 m2 serait ensuite déposé sur une surface de la dimension d’un terrain de foot pour y rester quelques semaines avant de gagner sa destination suivante.

« Bloc opératoire, salle de réveil, boxes de consultation de médecine générale ou encore cabinet d’ophtalmologie et fauteuil de dentisterie… Tous les services sont possibles selon les nécessités, plusieurs versions étant même envisagées, plus ou moins orientées vers la prévention, les soins ou la chirurgie » décrit Michèle Renaud.

Selon les situations, les actes seront délivrés par des professionnels locaux ou par les équipes d’ONG qui dispenseront également des formations « in situ ». Par ailleurs, des services de télémédecine sont également étudiés pour permettre la consultation ou la sollicitation de spécialistes à distance.

Une autonomie qui tienne la route

Les deux années à venir seront consacrées à affiner les études et à arbitrer certains points complexes. « La gestion de la restauration ou de la blanchisserie restent par exemple à préciser, même si elles pourraient être pour partie limitées par la seule pratique de soins ambulatoires », avance la responsable. Au nombre des éléments également en attente de solutions optimales compte aussi l’autonomie.

« Au regard de certains des sites d’implantation temporaire, particulièrement isolés, la structure mobile doit pouvoir assurer ses propres besoins. Or, embarquer une forte réserve d’eau contraint forcément la charge restante, tout comme le transport d’un générateur électrique dont le fonctionnement diésel, de surcroît, contrarie notre volonté « zéro empreinte », reconnaît la professionnelle. Tous les déchets sont, quant à eux, censés repartir avec le dirigeable.

Une innovation « dans le vent »

Affrétés par les gouvernements, des ONG ou les établissements de santé eux-mêmes, le LCA60T dans sa version hospitalière vise d’ores et déjà plusieurs sites : l’Afrique subsaharienne, le nord du Québec et du Canada, l’Indonésie ou encore la Guyane, territoire dont la collectivité institutionnelle s’inscrit d’ailleurs parmi les partenaires de Flying Whales.

Alors que « les dépenses d’investissement et de fonctionnement sont estimées près d’un tiers moins élevées qu’une structure fixe équivalente », selon Michèle Renaud, le coût du service global (transport + dirigeable) pourra être mutualisé entre plusieurs acteurs, soit partageant les mêmes objectifs de santé, soit intéressés à des frets de charges lourdes sur une même destination.

Après un premier vol prévu en 2024, 150 dirigeables sont projetés entre 2026 et 2036, directement exploités par le constructeur Flying Whales, à l’appui de sa propre école de pilotage. Et parmi ceux-là, quelques dizaines pourraient ainsi offrir aux patients isolés une nouvelle façon – très innovante – d’être soignés, aussi efficace que…gonflée.

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