Robots sociaux : les précautions d’usage

Les robots sociaux commencent à s’installer dans le paysage des établissements gériatriques. Nom de code d’un projet de recherche lancé par Gérond’if, « Rosie » a étudié en France et à l’étranger les conditions d’utilisation de ces machines pas comme les autres afin d’établir des recommandations. Avec la publication sous peu d’une charte éthique et de guides de bonnes pratiques.

Si les robots chirurgicaux rencontrent un grand engouement, il n’en va forcément pas de même pour les robots sociaux, ces machines dotées d’une intelligence artificielle, aux traits humanoïdes ou animaloïdes, qui commencent à se diffuser dans les établissements gériatriques.

Le plus connu, le petit phoque Paro, capable de bouger lorsqu’on le caresse ou on le touche, est utilisé comme médiateur thérapeutique. Plus ludique, Nao, qui se déplace seul, est un stimulateur cognitif programmable. Lui aussi doté de capteurs, Pepper, doté de la reconnaissance faciale, capable de faire de la télésurveillance, est souvent utilisé pour faire de l’accueil dans les résidences seniors.

Action dans le domaine thérapeutique, des loisirs ou de l’assistance quotidienne

Le phénomène est récent. Selon une enquête menée par le Living Lab de l’hôpital Broca (AP-HP) auprès de 57 établissements (dont 40 EHPAD) dans le cadre du projet de recherche Rosie, la plupart des établissements interrogés ont commencé à les employer entre 2016 et 2018. Il est aussi limité. La presque totalité des structures n’ont déclaré n’avoir qu’un robot en stock.

Le recours aux robots sociaux en gériatrie semble cependant répondre à des besoins, aussi bien dans le domaine thérapeutique, particulièrement en cas de troubles neurocognitifs, que l’assistance quotidienne (aide à la prise de repas) ou les divertissements et les loisirs.

Une aide pour accepter le moment de la toilette

L’EHPAD seine-et-marnais géré par l’ACEP (193 lits) les utilise ainsi à plusieurs titres. Le robot facilite le contact avec une personne âgée souffrant de troubles de la parole, rassure la nuit certains patients de l’unité d’hébergement renforcée (UHR) au point de ne plus recourir aux somnifères. Il est également une aide bienvenue pour faciliter la toilette chez deux résidents qui appréhendent – pour des motifs différents – ce moment.

À en croire le panorama international de l’état de l’art effectué par l’équipe de l’hôpital Broca (41 publications analysées), les robots sociaux ont des retombées positives. 46 % des articles dépouillés évoquent une bonne acceptabilité, 44 % un bon engagement dans l’interaction être humain/robot, 34 % un effet bénéfique sur l’humeur des personnes âgées et sur les troubles (dépression, dysthymie), 22 % notent une amélioration du comportement, 17 % des interactions sociales, 7 % parlent même d’un effet positif sur la qualité de vie. Les réactions négatives (sentiment de peur et de rejet, irritabilité) sont rapportées par seulement 12 % des articles.

La crainte de la déshumanisation

Pourtant, comme l’a rappelé Isabelle Dufour, déléguée générale de Gérond’if, gérontopôle d’Ile-de-France, leur utilisation continue de faire débat et provoque des craintes : peur de voir les personnels substitués par des machines, déshumanisation des relations, risque d’infantilisation de la personne âgée… Les professionnels sont perdus, faute véritablement de repères et de protocoles quant à l’utilisation des robots sociaux en gériatrie, a-t-elle admis le 29 juin lors d’une conférence.

De quoi légitimer une enquête approfondie, baptisée Rosie, destinée à réaliser un inventaire des expérimentations et des pratiques sur tout le territoire, d’étudier la problématique sous toutes les dimensions, et de fournir, sous peu, plusieurs livrables, dont une charte éthique et un guides des bonnes pratiques professionnelles, avec une cinquantaine de recommandations.

Présenter le robot en toute transparence

En attendant leur sortie, Rosie a donné l’occasion à plusieurs praticiens de faire un bilan des usages et de prodiguer des conseils aux établissements qui souhaiteraient franchir le Rubicon. La présentation du robot est ainsi une étape fondamentale : il est préférable de le montrer éteint, pour ne pas établir de confusion avec un animal ou un enfant, d’expliquer ses caractéristiques pour que la personne âgée ne soit pas surprise, de bien poser le cadre de l’intervention, et d’arrêter l’atelier en cas de réaction négative sans essayer d’insister.

L’utilisation doit répondre à un besoin identifié. « On ne le sort pas pour un oui ou pour un non. Ce n’est pas un jouet, c’est vraiment un outil de médiation, un outil thérapeutique. Et on va vraiment l’utiliser quand on pense qu’il peut avoir un effet. Si la personne a une crise d’angoisse et que la médiation humaine n’a pas réussi à détendre, si la personne est trop apathique et que l’intervention humaine ou médicamenteuse n’a pas soulagé, on va essayer une 3e voie, celle du robot », a illustré Benoît Charlieux, psychologue, chargé de mission au Broca Living Lab.

Préparer son intervention

Selon lui, la neutralité du robot, qui n’émet pas de jugement sur la réaction de son interlocuteur, fait que son discours ou son message sera mieux accepté. Dans le domaine des exercices corporels, le robot incite beaucoup plus le patient ou le résident à effectuer les mouvements qu’un animateur.

Mais l’outil nécessite aussi du temps de préparation en amont pour que son intervention apparaisse naturelle, et que le robot devienne un « complice » pour les intervenants. Les agents doivent aussi se former, maîtriser l’interface du robot, prévient Claire Louison, responsable du service culture, animation et bien-être à l’hôpital Broca.

Pour elle, la crainte de voir remplacer les personnels par des robots n’a pas de fondement. « C’est un soutien. Si nous ne sommes pas là, il ne se passe rien. » Plutôt sceptique au départ, son équipe d’animation s’est finalement prise au jeu. D’autant que le champ des possibles est large. Les robots pourraient par exemple servir de support d’accroche pour les programmes d’animation, en allant voir les personnes réticentes à participer aux activités, a donné en exemple Claire Louison.

 

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