Regards croisés franco-danois sur la pandémie

Si le Danemark et la France n’ont pas forcément lutté contre le coronavirus de la même manière, les deux pays constatent de part et d’autre que l’épidémie a obligé les systèmes de santé et leurs fournisseurs à faire preuve de créativité et à innover dans tous les domaines.

© Epictura

« L’innovation est l’un des marqueurs de la crise », selon Véronique Anatole-Touzet, invitée à témoigner lors d’un webinaire organisé par l’ambassade du Danemark au début du mois sur la gestion de l’épidémie par les deux pays. La DG du CHU de Rennes a évoqué évidemment l’apport du numérique, avec un essor sans précédent de la télémédecine, du télétravail et du e-learning pour les fonctions universitaires de l’hôpital. « Nous avons développé en 24 h une application de suivi à domicile des patients ambulatoires Covid dès la première période », a-t-elle donné en exemple.

Repenser l’architecture hospitalière

Mais l’innovation a été aussi managériale et organisationnelle, a insisté la directrice générale, évoquant une « nouvelle frontière » pour les CHU qui « ne peuvent plus être centrés sur la prise en charge des patients de leur métropole » avec des interventions « hors les murs » des équipes d’infectiologie dans les différents clusters. Le coronavirus a obligé l’hôpital à être faire preuve de plus de réactivité et de souplesse. « Des lits de chirurgie ont été transformés en médecine. Nous devons avoir une architecture hospitalière qui permet de s’adapter à cette notion de modularité, de gestion de crise, avec des enseignements pour les blocs opératoires, pour l’organisation des unités ».

La pandémie a également bouleversé la manière d’acheter. Directeur du conseil, de l’innovation et des relations internationales du Resah, Pierre Lebon a pointé les changements de comportements, conséquence d’une situation inédite, celle d’une tension mondiale sur certains produits, spécialement les EPI. L’ensemble des acheteurs a été obligé de repenser comment et auprès de qui ils allaient s’approvisionner.

Les nouveaux comportements des acheteurs

« Certains pays, comme les Pays-Bas ou la France, se sont posés la question de l’intérêt d’acheter directement dans les usines de production. » Les établissements ont cherché à trouver des fournisseurs locaux dans leur territoire pour suppléer aux titulaires défaillants ou sont revenus sur leurs usages, en réintroduisant le réutilisable, à l’image des blouses en textiles, afin de maintenir leur activité. La crise a aussi mis en relief les atouts des commandes regroupées, avec une taille critique capable de garantir un meilleur approvisionnement. « Elle va forcément impliquer de réfléchir à comment mutualiser les achats, à l’échelle nationale ou territoriale ».

Autre nouveauté : la nécessité d’avoir une démarche intégrée achat-logistique, « en se questionnant sur le bon niveau des stocks de sécurité sur les produits potentiellement à forte tension, et de manière corrélée, sur leur mode de gestion, de manière individuelle ou mutualisée à l’échelon territorial, régional ou national ». Troisième bouleversement, l’irruption de la problématique de la gestion du risque fournisseur, un sujet peu exploré par les hôpitaux jusqu’ici, à l’exception des médicaments.

Un robot pour les prélèvements Covid

Comme dans l’hexagone, l’épidémie a accéléré le développement de solutions innovantes au Danemark. Peuplé d’un peu plus de 5,8 millions d’habitants, le royaume scandinave a mis l’accent sur un dépistage massif : plus de la moitié de sa population a déjà été testée, ce qui a permis d’endiguer les contaminations (environ 56 000 avec 747 décès à la date du 10 novembre). Pour augmenter le nombre d’examens, améliorer la qualité des résultats et protéger les soignants exposés au risque d’infection lors des tests, une coopération publique-privée entre l’entreprise Lifeline Robotics et le CHU d’Odense a débouché sur la conception d’un système automatisé d’écouvillonnage.

« Il ne s’agira pas de la dernière pandémie, a prédit Søren Stig, le cofondateur de Lifeline, il faut donc trouver une façon plus durable de procéder à ces tests à l’avenir ». Conçu à partir du mois d’avril, un robot, actuellement expérimenté par l’hôpital d’Odense, réalise de manière totalement autonome les prélèvements, sans nécessiter d’intervention humaine. Il a, aux dires de son créateur, trois atouts majeurs : sa capacité à fonctionner 24 heures sur 24, les qualités des tests qui évitent tout « faux négatif », et sa mobilité puisqu’il peut être déplacé partout où on en a besoin : maisons de retraite, aéroports, places publiques, centres commerciaux…

Des capteurs pour améliorer le respect de la politique d’hygiène

Un autre robot danois a été mis au point pour lutter contre la pandémie. L’engin est capable d’éliminer, grâce à son rayonnement ultra-violet, 99,99 % des éléments pathogènes présent dans un espace de 30 m2 en dix minutes. Programmé, le robot scandinave se positionne seul et se déplace pour limiter les risques de zones d’ombre, le tout pour un coût inférieur à 5 euros par séance de désinfection, a annoncé Jacob Mortensen, de la société UVD qui a développé cette solution évitant l’intervention d’êtres humains dans des zones à fort risque de contamination.

Mais l’innovation danoise ne se réduit pas à la robotique. Dans le but de prévenir et de suivre les voies de transmission des maladies infectieuses à l’hôpital, la société SaniNudge a imaginé une solution connectée avec un système de capteurs (Bluetooth) installés sur les badges du personnel, mais aussi à proximité des lits, des toilettes, des pharmacies. Le dispositif permet de manière anonyme de contrôler les comportements du personnel en matière de lavage des mains. Selon le fabricant, le système permet d’améliorer le respect de la politique d’hygiène d’au moins 30 %.

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