Rééducation : la marche en avant des exosquelettes

Issus de la recherche dans les domaines militaire et industriel, les exosquelettes et les dispositifs d’assistance robotisée d’aide à la marche sont entrés dans les services de médecine physique et de réadaptation au début des années 2000. Si le bénéfice est incontestable pour les patients, nombre de kinésithérapeutes ont été réticents face à l’arrivée de la robotique, craignant que la machine ne les remplace. L’expérience prouve le contraire.

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On compte aujourd’hui dans le monde une petite douzaine de fabricants d’exosquelettes. Si les Israéliens ont été les premiers à investir le marché dès 2001, la Nouvelle-Zélande emboîtait le pas dès 2003, suivie dans la foulée par le Japon et les États-Unis. Il a fallu attendre 2012 pour qu’une entreprise française se lance enfin dans la course. Aujourd’hui, les exosquelettes de marche sont incontournables. Nouveaux outils de rééducation fonctionnelle, ils s’ajoutent, et viennent parfois se substituer, aux techniques conventionnelles de réadaptation, permettant de raccourcir significativement les délais de remise à la marche.

Même si l’investissement est non négligeable, il est difficile aujourd’hui de faire l’impasse sur un système qui vient en outre considérablement aider le travail du rééducateur. Sourcing et benchmarking seront d’autant plus simples à réaliser que les systèmes robotisés d’aide à la marche font aujourd’hui partie du quotidien des unités de médecine physique et de réadaptation.

Des résultats plus rapides

Hubert Tournebise

Permettre aux patients de reprendre la marche plus précocement, c’est l’un des atouts de l’exosquelette à assistance variable acquis par l’hôpital Renée Sabran, à Hyères : « Il n’aura fallu par exemple qu’un peu plus de deux mois à une tétraplégique incomplète de 76 ans pour reprendre la marche, explique Hubert Tournebise, chef du service de médecine physique et de réadaptation, et c’est tout l’intérêt d’un exosquelette mobile à assistance variable qui permet au patient de travailler à l’intérieur de la machine ».

Son service disposait depuis 2015 d’un robot à assistance totale, mais, pour Hubert Tournebise, tout l’intérêt d’un robot à assistance variable c’est qu’il permet justement aux muscles de prendre progressivement le relais. Quinze prises en charges sont assurées chaque semaine. À 170 000 €, l’investissement est conséquent, mais pour les soignants c’est également plus de confort : « Sans cet exosquelette il nous faudrait deux soignants en permanence, confie-t-il, pour eux cet outil différent permet de travailler avec plus de confort hors des barres parallèles ».

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Hubert Tournebise s’est orienté vers les robots mobiles à assistance variable après un sourcing assez conventionnel : « Cette technique existe depuis plusieurs années, convient-il, mais les évolutions sont constantes. J’ai pu en juger à l’occasion de différents congrès, dans la littérature médicale ou en échangeant avec des confrères qui l’utilisaient déjà. En outre, poursuit-il, dans le cadre de notre procédure d’achat, nous avons pu tester trois modèles de robots ».

Aider les rééducateurs

À Marseille, le professeur Laurent Bensoussan est responsable de l’Institut Universitaire de Réadaptation, conventionné par l’AP-HM. Il intervient également dans les différents services de médecine physique et de réadaptation de l’AP-HM. Pour sa part, il s’est plutôt orienté vers un robot fixe qui est lui aussi à assistance progressive : « Il en existe deux types différents et, bien évidemment, le prix n’est pas le même : les robots de type effecteur terminal où seul le pied est en contact avec l’effecteur terminal, et les robots de type exosquelette dans lesquels les membres inférieurs sont positionnés dans l’exosquelette robotisé ».

C’est ce type de robot qu’a choisi Laurent Bensoussan : « Différents paramètres sont modulables par le thérapeute, explique-t-il, la compensation du poids du corps, la force de guidage, et la régulation de la vitesse de marche ». Comme il l’explique dans un article publié dans la dernière livraison de Actualités en Médecine Physique et de Réadaptation, la répétition du mouvement et l’allongement des distances de marche (jusqu’à un kilomètre pour une séance de trente minutes) contribuent chez le patient à l’amélioration de la fonction, mais aussi de la motivation et de l’estime de soi ».

Les bénéfices pour les tétraplégiques

Pour l’opérateur, un kinésithérapeute chez Laurent Bensoussan, le confort est évident : « Même si nous avions senti au départ quelques réticences de la part des opérateurs qui pensaient que le robot allait se substituer à eux, les soignants se rendent bien compte que le robot est pour eux un outil de rééducation moderne qui leur facilite la tâche ». Cinq à six patients passent quotidiennement par l’automate de l’Institut Universitaire de Réadaptation marseillais.

 « Au point que même les personnes tétraplégiques au stade chronique qui n’ont pas d’objectif de récupération l’utilisent : outre un effet évident sur leur bien-être et leur estime de soi, les principaux effets se sont manifestés sur le travail articulaire, osseux et l’amélioration du transit digestif ». Pour Laurent Bensoussan, difficile aujourd’hui de se passer d’un robot.
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