Programme IAM : l’AP-HM réfléchit en coût global

C’est probablement le plus important programme européen d’imagerie médicale. Après trois années de préparation, le projet IAM est entré en phase de concrétisation. Les Hôpitaux universitaires de Marseille AP-HM vont en effet renouveler l’ensemble de leur parc de radiologie et de médecine nucléaire. Pas moins de 111 équipements sont concernés, mieux que l’expérience démarrée en avril 2016 par les Hospices civils de Lyon.

©AP-HM

Avec plus de 525 000 examens réalisés chaque année, les Hôpitaux universitaires marseillais de l’AP-HM vont louer à l’issue d’un dialogue compétitif un parc de dernière génération pour les douze prochaines années : « Notre programme IAM, Imagerie Avenir Marseille, se traduit par la location de l’ensemble de nos équipements d’imagerie et des prestations associées tout en développant un partenariat de formation et d’enseignement, explique-t-on à l’AP-HM, nous avons opté pour une segmentation de l’offre en sept segments qui bénéficient chacun d’un loyer linéaire lissé sur toute la durée du contrat ».

Pas moins de 90 millions d’euros seront mobilisés à raison de 7,5 millions par an : « Radiologie conventionnelle, radiologie interventionnelle, scanner, IRM, échographie, gamma caméra et TEP font l’objet de sept contrats de location maintenance de douze ans, gérés en parallèle et assortis de prestations structurantes, toutes monitorées et pilotées en concertation continue avec les quatre industriels partenaires sur la durée du contrat ».

 

L’analyse du coût total de possession

 

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Les Hôpitaux universitaires de Marseille ont raisonné en coût global : « La maîtrise économique et financière du projet devait passer par l’analyse du coût total de possession du parc actuel, explique Marie-Hélène Fortin, chef de projet, le coût annuel du loyer pour chacun des sept segments ne devait pas être supérieur au coût annuel d’exploitation calculé sur la moyenne des quatre dernières années ». Pour chacun des sept segments, l’équipe projet a déterminé les composantes analytiques du coût d’exploitation annuel des équipements : « Nous avons ainsi intégré les coûts de location et de crédit-bail, les coûts de maintenance et celui des réparations, le coût des amortissements, les frais financiers associés aux emprunts ainsi que les pertes financières dues aux forfaits amortis ».

 

Le choix du dialogue compétitif

 

Jeanne de Poulpiquet © AP-HM

Même si elle impose une certaine gymnastique intellectuelle, la procédure du dialogue compétitif était indispensable : « Face à la complexité d’un projet tel que celui-ci — l’un des plus gros programmes européens en imagerie — nous ne pouvions pas partir sur une procédure d’appel d’offre classique, indique Jeanne de Poulpiquet, notre choix s’est porté naturellement sur le dialogue compétitif, en coordination avec la direction juridique et l’équipe projet ».

 

 

Pour la directrice des achats de l’AP-HM, le dialogue compétitif présente l’avantage de laisser une plus grande liberté aux entreprises qui répondent au marché : « Il permet donc d’exploiter au mieux leur expertise, favorisant l’innovation et la créativité. Cela nous a permis d’affiner le besoin, d’en apprécier la faisabilité en amont en capitalisant sur les éclairages apportés par les candidats ». Chef du projet IAM, Marie-Hélène Fortin n’y voit que des avantages : « Avec le dialogue compétitif, en effet, le besoin se clarifie. Il devient ainsi plus pertinent, les modalités d’exécution à prévoir se concrétisent, et l’offre de service se co-construit avec chacun des candidats dans le temps du dialogue ».

 

Contrat longue durée

 

L’équipe projet mobilisée à Marseille a logiquement privilégié un contrat de longue durée : « La nature même d’un projet en imagerie justifie notre choix. En effet, compte-tenu des coûts très élevés des machines ainsi que de l’aspect éminemment structurant d’un déploiement qui implique souvent de lourds travaux d’implantation et impacte significativement les organisations et les activités du service d’imagerie, compte-tenu également de l’expertise nécessaire à leur utilisation optimisée par les manipulateurs et médecins, il convenait que nous puissions nous projeter sur une durée significative », rapporte Franck Guyot, responsable des achats.

En outre, certaines de ces machines sont sous le régime du forfait technique qui conditionne la rémunération des actes à l’âge des machines. Ainsi, il faut compter un maximum de sept ans en imagerie de coupe pour bénéficier du forfait à taux plein : « Il s’agissait dès lors de trouver un juste milieu. Deux cycles d’équipements de coupe, soit douze ans, sont apparus comme étant le plus pertinent ».

 

Un gros investissement RH

 

Trois années de préparation auront été nécessaires, mobilisant radiologues, médecins nucléaires, cadres de santé paramédicaux, ingénieurs experts hospitaliers, cadres administratifs, juristes, financiers et directeurs opérationnels. Cette coopération et cette dynamique collective ont représenté une importante implication en termes de ressources humaines. Peut-on alors évoquer la question du retour sur investissement ?

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« Il est au-delà de toute approche comptable, en ce sens que le projet IAM a prouvé qu’un hôpital public peut être le lieu d’une coopération complète, intensive, et s’inscrivant dans le temps entre ses services cliniques, son administration centrale et ses fonctions support, explique l’équipe projet, la connaissance du mode de fonctionnement et des besoins des autres services a permis de tirer le meilleur parti des compétences et expertises de tous. Les solutions retenues l’ont été de l’avis de tous et sont le fruit de ce partage de compétences et d’engagement », répond la direction des achats de l’AP-HM. La dynamique et la confiance ainsi créées entre les différents univers de l’hôpital est porteuse : « Elle change radicalement les relations qui préexistaient en apportant désormais une collaboration et une communication systématique ainsi qu’une gouvernance partagée dans le suivi des contrats IAM ».

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