Les innovations logistiques du « nouveau » CHU de Rennes

Première pierre du futur CHU, le centre chirurgical et interventionnel, actuellement en construction, annonce la refonte en profondeur de la logistique de l’hôpital breton, notamment avec trois réseaux pneumatiques dédiés à la collecte des déchets.

© Brunet Saunier Architecture

« La réflexion sur la logistique des trente derniers mètres dans les services n’est pas encore lancée pour savoir s’il faut des robots coursiers ou un autre système », s’excuse presque Thierry Bourget, directeur logistique et achats. Il a encore un peu de temps devant lui. Très bientôt en construction, le centre chirurgical et interventionnel (CCI), 8 étages, 56 000 m2, 9 « sites opératoires » représentant plus de 50 salles de blocs sur deux niveaux, représente la première étape de la reconstruction du CHU sur lui-même. Fin des travaux, 2029. Ce qui n’empêche pas les ingrédients d’une « révolution » logistique globale de se trouver déjà là.

Des « tortues » et une plateforme

« Pontchaillou (site du CHU, NDR), c’est Manhattan », avait l’habitude de dire le prédécesseur de Thierry Bourget. Avec son archipel de pavillons bâtis presque partout presque sans quais, l’endroit est particulièrement complexe. Chaque chaîne logistique qui s’y déploie accumule souvent les « stop and go ». Vingt-cinq camions sont à l’œuvre sur le site. Il n’y en aura plus que 5. Un nouveau schéma logistique global va donc être mis en œuvre.

La simplification passe par la connexion de la nouvelle plateforme logistique bâtie sur l’emplacement des actuels magasins généraux à l’ensemble des bâtiments, dont le CCI, par une galerie dont les ramifications innerveront l’ensemble du site. La plateforme aura deux espaces distincts : une zone dédiée au stockage, l’autre, dite plateforme avancée, sera dédiée à la gestion des déchets et constitue la base de départ des AGV pour l’ensemble des produits hôteliers (repas, linge, consommables hôteliers). Tous les futurs bâtiments seront perforés par un double réseau de galeries et d’ascenseurs, de manière à bien séparer les flux médicaux et patients d’un côté, ceux des services hôteliers de l’autre.

Trois réseaux pneumatiques de collecte des déchets

Dans les étages, des référents logistiques, déjà déployés par endroits, seront généralisés, y compris pour les produits pharmaceutiques. Principaux acteurs d’une logistique d’étage, ils travailleront dans le prolongement des « tortues », s’appuyant sur des magasins de proximité pour débarrasser les soignants de toute tâche logistique.

Tous les bâtiments seront équipés de trois réseaux pneumatiques lourds (diamètre 500 mm) pour une collecte automatisée des déchets : le linge, les ordures ménagères et les DASRI (déchets d’activités de soins à risques infectieux). Dans chaque étage donc, les référents d’étage glisseront les sacs dans trois trappes différentes.

Un « banaliseur » de DASRI

Thierry Bourget © CHU Rennes

C’est donc par aspiration que ces déchets seront acheminés jusqu’à la plateforme logistique avancée. « Bien des manutentionnaires seront, de ce fait, reconvertis dans la logistique d’étage et la supervision des dispositifs automatisés », note Thierry Bourget. Nouveauté, le CHU décontaminera lui-même ses DASRI à l’aide d’un « banaliseur » qui les transformera en simple ordures ménagères. « La tonne d’ordures ménagères étant facturée 200 €, quatre fois moins que les DASRI, notre « banaliseur » sera amorti en quatre ans », calcule Thierry Bourget.

Reconstruit, le CHU n’épousera pas de « philosophie » logistique très différente d’aujourd’hui. « Même la crise sanitaire n’a pas vraiment fait évoluer nos méthodes. Exemple, nous n’étions pas des intégristes des flux tendus. Même si, comme partout, nous évitons les stocks perdus et combattons les « écureuils » impromptus dans les services. Simplement, la logistique qui a montré sa capacité d’adaptation pendant la crise sanitaire – nous n’avons jamais été en rupture de quelque matériel que ce soit- est encore plus respectée dans l’architecture choisie pour le futur CHU », analyse le directeur des achats et de la logistique.

S’améliorer sans cesse

« Nous avions déjà apporté des preuves de notre efficacité, en dépit de la complexité des locaux : refonte du transport des patients, ré-internalisation de la restauration (achat local, adaptation aux parcours des patients, lutte contre le gaspillage) son budget étant passé de 4,5 à 3,3 millions d’€ par an en 7 ans. Mais tout en nous considérant, depuis toujours, comme une fonction véritablement stratégique au service de l’excellence opérationnelle de l’hôpital, la direction générale nous a sans cesse demandé de nous améliorer, au service des patients. Grâce à la reconstruction, nous voulons franchir de nouvelles étapes en ce sens », estime Thierry Bourget.


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