Le patient connecté a de l’avenir

Faire porter un bracelet au patient pour savoir en permanence où il se situe dans l’établissement ou quel médicament il a reçu, le doter d’une application pour qu’il informe les équipes médicales de son état…. Les établissements hospitaliers testent de nouvelles formes de tracking pour gagner en efficacité et améliorer la prise en charge.

© Epictura

Au CHU d’Amiens, les lits et brancards gérés par la centrale de brancardage sont tagués depuis 2017. Ainsi quand l’un des services de l’établissement sollicite cette dernière par exemple pour un prêt de lit, un régulateur regarde son écran de contrôle et y repère les équipements disponibles sur un plan informatisé. Après le matériel, la technique vient carrément d’être étendue aux patients. En fait, de plus en plus d’établissements se mettent à « connecter » leurs malades. Et la méthode promet des applications très vastes.

L’établissement picard a d’abord réalisé un test sur 142 personnes en endoscopie ambulatoire en 2018. « Lors d’un parcours en ambulatoire, le patient arrive le matin et repart le soir. Du coup, nous avons besoin d’éviter tous les grains de sable et de savoir en temps réel où il se trouve. D’où l’idée de lui mettre un bracelet connecté », explique François Joachim, cadre supérieur de santé blocs opératoires.

Détecter les goulots d’étranglement

© CHU Amiens

Grâce à ce matériel, tous les personnels repèrent d’un coup d’œil et à un instant t, où se situe la personne dans l’établissement au mètre près. L’objectif : détecter les goulots d’étranglement. Dès lors, « si les seuils théoriques de chaque étape sont dépassés, le système déclenche une alerte sur le tableau du déroulement du parcours, placé sur le PC infirmier dans l’unité ambulatoire et en salle de réveil, et dans la salle d’intervention au bloc », détaille François Joachim.

Ainsi l’équipe « ambulatoire » peut réagir quand un patient reste plus longtemps que prévu à une étape. De plus, le chirurgien voit rapidement s’il a des sorties de patients à signer et effectuer cette tâche pendant qu’un patient entre au bloc. Ainsi, les rotations entre deux opérations sont plus efficaces.

Depuis 2021, « nous avons étendu cette fonction à tout l’ambulatoire de l’établissement », confie François Joachim. Le dispositif sera prochainement, étendu aux patients « non communicants » (désorientés, par exemple) et lors cas d’afflux massif de blessés, notamment quand est déclenché un Plan Blanc.

Sécuriser la dispensation des médicaments

© CH Valenciennes

Au centre hospitalier de Valenciennes, certains patients ont été connectés dans le but de sécuriser encore davantage la dispensation des médicaments. Comme à la caisse d’un supermarché, les chariots de soin du service des maladies de l’appareil digestif sont équipés de douchettes électroniques. Avec cet équipement communiquant par wifi, l’infirmier scanne le bracelet au bras du patient, ce qui déclenche l’ouverture de son dossier patient informatisé.

Puis le professionnel scanne le code barre du sachet de médicaments préparé par l’automate de la pharmacie centralisée de l’établissement. En cas d’anomalie (erreur de malade, de dosage, etc), un message en rouge s’affiche instantanément à l’écran. De quoi rendre l’équipe encore plus vigilante.

« Cela permet de renforcer le processus de sécurisation de la dispensation du médicament selon la règle des 5B – au Bon patient, le Bon médicament, à la Bonne dose, sur la Bonne voie, au Bon moment -, d’être alerté en cas d’erreur. Toutefois la dernière étape demeure. Car l’infirmière peut prendre les bons médicaments pour le bon patient mais se tromper de chambre… » reconnait Stéphanie Dusaussois, infirmière cadre de santé, en charge du suivi du projet. Désormais, la pharmacie centrale du CH espère pouvoir déployer ce système « sécurisant » aux services attenants en étendant le réseau wifi.

Faciliter la coordination ville-hôpital

D’autres utilisent la connexion du patient pour le suivre tout au long de sa prise en charge. C’est ce que s’apprête à tester l’hôpital privé Jean Mermoz de Lyon (groupe Ramsay), dans le cadre d’un projet de digitalisation du parcours des patients atteints d’un cancer digestif entre deux séances de chimiothérapie. Un projet mené dans le cadre de l’article 51 de la LFSS 2018, lequel permet, entre autres, de tester des dispositifs innovants.

Les patients seront équipés d’une application sur leur smartphone dans le but de « faciliter le partage d’information entre le patient à domicile, l’infirmière de coordination, le médecin oncologue de l’établissement et les acteurs de ville », explique Amélie Malek, chef de projet cancérologie de l’établissement. Concrètement, une fois le consentement du patient recueilli, il sera reçu par l’infirmière de coordination pour prendre connaissance du fonctionnement de l’appli.

Une fois chez lui, il lui restera à répondre régulièrement à un questionnaire (comment vous sentez-vous ? ressentez-vous des effets secondaires ?) par le biais de smileys ou simplement par oui ou non. Et tout l’entourage médical du patient aura accès à l’information. « L’objectif est de réagir plus vite pour traiter les effets secondaires », résume Amélie Malek.

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