Le ciel pourrait bien se dégager pour les drones hospitaliers

En souhaitant se lancer dès à présent dans l’aventure des drones, la directrice générale de l’Hôpital Privé de Provence et le président de la startup aixoise Lifelines comptent bien prendre les devants afin d’être prêts lorsque la règlementation s’assouplira. Car le seul frein qui empêche aujourd’hui les drones de prendre leur envol est réglementaire. La technique et le savoir-faire existent, le besoin également, mais la DGAC ne semble pas prête à lâcher du lest. Quoique…

À Aix-en-Provence, Sophie Laussel brandit l’étendard de l’innovation comme la marque de fabrique de son établissement. En effet, lorsque l’on s’enthousiasme du projet de livraison de poches de sang par drone auquel elle met la dernière main, la directrice générale de l’Hôpital Privé de Provence ne semble pas si surprise que ça. C’est même nous qui le sommes lorsqu’elle égrène la longue liste des innovations dont peut se parer l’établissement aixois.

Sophie Laussel

« Tout ici est tourné vers la performance, dit-elle, notre hôpital est un bâtiment labellisé HQE (haute qualité environnementale) et à l’intérieur nous disposons d’un équipement de pointe ». En effet, pas moins de deux robots sont déployés au bloc chirurgical, l’un pour la cancérologie et l’autre pour les prothèses de genou : « C’est plutôt rare en France, dit-elle, et cette volonté d’être à la pointe de l’innovation ne date pas d’hier, puisque dès juin 2019 l’Hôpital Privé de Provence s’équipait d’une salle hybride pour la radiologie interventionnelle et la chirurgie vasculaire en réalité augmentée pour les petits vaisseaux ». L’HPP, établissement indépendant qui dispose de 300 lits et de 25 blocs, vient également de s’équiper d’un système de navigation pour la chirurgie du rachis avec scopie en 3D.

Les risques du survol d’une agglomération

« En moyenne, nous effectuons quotidiennement trois allers-retours en voiture sur des routes embouteillées entre l’HPP et l’Établissement français du sang, explique Sophie Laussel, trop de temps perdu ! ». D’où la signature d’une convention avec Lifelines, start-up aixoise spécialisée dans la logistique hospitalière automatisée, une initiative soutenue par le pôle de compétitivité EuroBioMed pour la recherche de financement stratégique “La Santé Numérique”.

Marc Pavageau

Il y a tout de même un écueil de taille : alors que l’HPP est situé au sud d’Aix-en-Provence, l’EFS se trouve au nord de la ville, au sein du centre hospitalier du pays d’Aix. Traverser une autoroute et survoler une agglomération ? Ce n’est pas gagné tant que la DGAC pourra s’interroger sur la fiabilité des drones… Pas de quoi décourager Marc Pavageau, le président de la startup aixoise Lifelines : « Depuis le début de l’année dernière, la réglementation européenne est clairement définie et elle est plutôt précise, avec pour première étape une analyse des risques ».

Intégrer les spécificités liées à la santé publique

Et c’est là que ça se complique, car le législateur européen est dans une logique de probabilité : « L’objectif est de ne pas dépasser un décès pour un million d’heures de vol en cas de chute du drone, précise Marc Pavageau, la question de la densité de population faisant pratiquement l’objet d’une étude au cas par cas ».

Du côté de la DGAC, on semble également s’éloigner de la rigidité qui prévalait jusqu’à présent en termes d’image : « Tout le jeu consiste aujourd’hui à trouver des zones peu densément peuplées, y compris à proximité immédiate des couloirs aériens accordés, afin de prendre le maximum de précautions, en cas de sautes de vent, par exemple ».

Vol d’essai cet été

© Avy

Les hauteurs de vol sont également un paramètre à intégrer. Mais Marc Pavageau sent venir une inflexion qui va dans le bon sens : « Je pense qu’il y a de la part des pouvoirs publics la volonté de prendre en compte les particularités liées à la santé publique et aux spécificités hospitalières, comme le transport des poches de sang ou de chimio, ou encore celui d’organes vitaux ».

À Aix-en-Provence, un premier vol d’essai devrait être réalisé cet été entre l’Hôpital Privé de Provence et le C2RD, le centre régional de ressources drone monté par la région Sud à Pourrières, au sud-est d’Aix-en-Provence. « Ce vol test permettra notamment de valider les couloirs aériens avec les instances de sécurité et les instances hospitalières, explique Marc Pavageau, il nous permettra également de tester la procédure d’atterrissage, d’effectuer les contrôles de wifi… Nous utiliserons pour ce test un drone-avion eVTOL du constructeur néerlandais AVY ».

Objectif : ouvrir la liaison en 2025

D’un coût approchant les 50 000 euros, cette aile volante peut transporter une charge utile allant jusqu’à 3 kg et voler à une vitesse moyenne de 90 km/h. « Ces drones mettront, à terme, une dizaine de minutes pour parcourir la distance séparant l’HPP du centre aixois de l’EFS. Dotées de cinq moteurs, ces ailes volantes seront “zéro carbone” et “zéro CO2” et leur consommation sera quasi nulle ».

Symbole d’un partenariat inédit entre centres hospitaliers privé et public, cette liaison par drone pourrait être ouverte en 2025. C’est en tout cas l’objectif de Sophie Laussel, la directrice générale de l’HPP : « Cette initiative témoigne de notre volonté d’investir dans la technologie et l’innovation et permettra, dès que la règlementation l’autorisera, de transporter des colis géolocalisés et connectés en temps réel, avec une garantie de traçabilité parfaite ».

 

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