Le CHU de Poitiers robotise la préparation de ses traitements anticancéreux

L’unité de préparation de produits anticancéreux de l’hôpital vient de s’équiper d’un robot capable de fournir jusqu’à 20 traitements par heure. Le dispositif va faciliter l’intervention des préparateurs en leur permettant de travailler sur des stocks et en réduisant les risques de troubles musculosquelettiques. 
© CHU Poitiers
Depuis 2009 qu’il est installé dans son nouveau bâtiment, le service de cancérologie du CHU de Poitiers reçoit deux fois plus de patients. Notamment à cause de l’hôpital de jour. Mais il n’est plus raisonnable qu’un malade attende jusqu’à quatre heures son nouveau traitement après avoir vu son oncologue. L’unité de préparation de produits anticancéreux vient donc d’être équipée d’un robot, le premier en France de ce type. Un véritable outil industriel, pas seulement capable de reproduire la main de l’homme comme ce qui se fait jusqu’ici mais d’effectuer plusieurs tâches en même temps, comme remplir plusieurs poches de traitement et les peser. Il va fabriquer la moitié des traitements anticancéreux du CHU.

Le premier robot du genre en France

Ce robot, du fabricant italien Dedalus, est le premier livré en France. Il a été inauguré début décembre. Mais il n’entrera en production qu’en février, après sa « qualification », les formations et réorganisations du personnel autour de lui. « Nous étions arrivés au bout d’un type d’organisation », indique Isabelle Princet, pharmacien et responsable de l’unité. Son équipe, deux pharmaciens et neuf préparateurs, livraient 5300 traitements par an. Elle devrait en fabriquer jusqu’à 6000. Le robot pourra fournir jusqu’à 20 traitements par heure, contre quatre aujourd’hui, manuellement. Surtout, le délai de livraison se réduira au maximum, ne devant pas dépasser 1 heure en moyenne.

Contrôles tout au long de la production

Avec ce robot, le CHU a choisi une technologie particulière. C’est une série de pompes péristaltiques mises bout à bout plutôt que des bras robotisés. « C’est le système le plus simple », souligne Isabelle Princet. Avec contrôles tout au long de la production : identification des carrousels de constituants, remplissage des poches vérifié par gravimétrie, finalement pesage de ces poches, une par une. A 5 % d’erreur, elles sont rejetées. « On pourra programmer 15 poches de 5 FU (Fluorouracile) à 1000 mg, s’enthousiasme Isabelle Princet. Et suivre la qualité de production d’un grand nombre de poches en même temps ». Il est question de désigner un préparateur référent pour chaque production.

Le robot remplacera le préparateur, les bras continuellement plongés dans les manchettes des isolateurs. « Il chargera les flacons, stérilisera les tubulures des pompes, mettra en place les contenants finaux, les remplira, se chargera des étiquettes. Cela va diminuer les risques de troubles musculosquelettiques chez les préparateurs : moins de fatigue pour eux et un métier qui se rapprochera de celui des techniciens », explique Isabelle Princet.

Le travail sur stocks

© CHU Poitiers

Grâce à cette machine, son service va pour la première fois travailler avec des stocks : des traitements classiques (une vingtaine de molécules stables) préparés à l’avance dans quatre ou cinq doses standard. Ils ont été choisis avec les oncologues et après analyse de ce que l’unité avait produit pendant une année. Evidemment, des adaptations seront possibles.

« Si le médecin a prescrit 1350 mg de 3-FU, nous lui proposons un module standard à 1400 mg. S’il l’accepte, sa prescription sera modifiée en conséquence. S’il ne l’accepte pas, il prend la main sur nos commandes. Nous corrigerons le traitement qui lui sera apporté pour correspondre aux à 1350 mg qu’il a demandés », explique Isabelle Princet. Son service répondra d’autant mieux que les préparateurs seront déchargés des traitements « standard » à produire en série. Cette préparation manuelle, sur demande, continuera d’avoir cours notamment pour les traitements destinés à la recherche clinique.

La taille d’une grande armoire

Au sein de l’unité, le robot, de la taille d’une grande armoire, ne va prendre la place que d’un des trois isolateurs existants. Pour le moment, ce n’est pas encore le cas. Il est en phase de mise au point dans une pièce attenante : intégration au logiciel chimio des oncologues ; paramétrages sur des cadences de production intéressantes. Des frigos ont été installés pour un premier stockage qui nécessitera, à l’avenir, de plus grandes surfaces. Repéré au dernier salon Hôpital Expo, il a été acheté par l’intermédiaire de la centrale du Resah.

Le retour sur investissement tourne pour le moment autour de 1. « Mais par la qualité du travail, la sécurité, voire l’allègement de la tâche physique pour les préparateurs, ce ratio devrait s’améliorer. Nous commencerons vraiment à faire des économies quand il tournera à plein régime, autour de 6000 traitements fabriqués par an », indique Geneviève Gaschard, directrice du service biomédical du CHU.
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