Le CHU de Nantes addict à ses cobots

Bientôt à leur troisième génération à Nantes, les « cobots » transportent 25 000 endoscopes par an en parcourant 1400 km dans les couloirs de l’hôpital. Aujourd’hui, la maternité et les laboratoires en réclament pour d’autres transports.

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Huit ans après, plus question de s’en passer. Les deux robots Maya et Scopie livrent une cinquantaine d’endoscopes souples par jour, en réa, aux blocs opératoires, au service d’endoscopie. Et les rapportent. « La grande crainte du personnel, les robots vont supprimer des emplois, a disparu. Ils font partie du paysage et sont tellement utiles ! La maternité, les laboratoires veulent maintenant les leurs. En fin d’année, nous en acquerrons une 3ème génération. Ils rouleront encore 2026 que le nouveau CHU ouvrira », explique Tony Perlemoine, responsable des projets logistiques.


25 000 endoscopes transportés par an

 

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Les deux premiers robots (en fait des cobots, robots collaborant avec l’homme), ont été livrés au CHU en 2012, alors que le traitement des endoscopes souples était centralisé au 5ème étage, dans d’anciens blocs opératoires. L’ascenseur ne faisait que 80 cm de large mais il descendait aux étages qui avaient besoin de ce matériel. Les couloirs, entre les deux, étaient eux aussi parfois étroits. L’armoire de transport, remplie de bacs, placée au-dessus de la plateforme mobile a donc été construite sur mesure.

 

 


Les deux cobots, sans cesse améliorés depuis, travaillent 250 jours par an, transportent 25 000 endoscopes, parcourent 1400 km. Davantage que ce qu’effectuait le coursier qu’ils ont remplacé en quatre tournées quotidiennes à heures fixes. Ils ont prouvé leur « rentabilité ». Leur coût 250 000 euros aujourd’hui est à faire porter sur cinq tournées au moins. « Si l’on ne considère que leur temps d’utilisation il n’en faudrait qu’un mais à deux, ils peuvent répondre à la demande sur commande », précise Tony Perlemoine. Temps de livraison 10 minutes en moyenne, en fonction des « obstacles » en chemin.


Des dépannages à distance

 

Tony Perlemoine aux côtés d’un cobot

Les deux cobots ne circulent qu’en intérieur, des conditions de roulage idéales. Ils n’ont donc besoin que d’une maintenance préventive par an. Pour dépoussiérer les capteurs des roues, par exemple. Le reste du temps (99 % des cas) les dépannages, les recalages sur le parcours prévu (cela arrive !) quand le centre de traitement qui prend la main sur l’informatique ne trouve pas la solution, sont effectués à distance par le fabricant qui a remporté l’appel d’offre en 2017. Parfois, l’hôpital a besoin de lui pour faire évoluer les paramètres. « Quelques minutes seulement, à distance, il y a quelques temps, pour leur faire desservir un bloc opératoire 20 mètres plus tôt, à cause de travaux. Si cela avait été 20 mètres plus loin, hors des parcours déjà cartographiés, un technicien serait venu passer une journée sur place », raconte Tony Perlemoine.


La technologie va beaucoup évoluer


Quand le cobot arrive à la porte du service, il se range à l’emplacement prévu pour lui et appelle au téléphone. Il attend deux minutes. Rappelle trois fois s’il le faut et finit par téléphoner au centre de traitement, qui appelle alors le service en personne. Son armoire est verrouillée, débloquée uniquement par un agent de l’hôpital, avec sa carte. « C’était très important, nous avons rendu l’utilisation du robot facile et sûre voire agréable pour les professionnels, souligne Tony Perlemoine. Le son et la voix ont été ajoutés à la deuxième génération. Important pour l’acceptation générale », note-t-il.


Les améliorations, depuis huit ans, ont beaucoup porté sur sa circulation, « autonome » sans gêner personne. Dans les couloirs, le cobot roule à droite mais contourne d’éventuels obstacles. Il continue d’avancer quand on marche à côté de lui ou si on le croise mais s’arrête si l’on arrive en face de lui. Il prévient de sa venue par une petite musique qui lui est propre à l’abord d’un virage ou d’un croisement.


Recours au seul Wifi de l’ hôpital

 

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« Les brancardiers craignaient qu’ils entravent leurs déplacements de lits de malades. Plus maintenant », remarque Tony Perlemoine. Dans les couloirs, devant l’ascenseur, le cobot évite l’autre cobot, « s’entend » avec lui. Et s’accommode du public qui peut monter. Le cobot qui, en réalité a pris le contrôle de l’ascenseur, le laisse descendre avant de poursuivre son chemin.


Techniquement, le cobot compte beaucoup moins de capteurs qu’une voiture autonome actuellement testée par les constructeurs. Autre simplification, il n’utilise pas de réseau de téléphone ou de GPS, que le wifi de l’hôpital. « La technologie va encore avancer. C’est ce qui me fait pencher plutôt pour louer que pour acheter les prochains d’ici la fin de l’année, analyse Tony Perlemoine. L’articulation avec les ascenseurs, par exemple, s’est beaucoup simplifiée. L’important maintenant sera la coexistence de différents types de robots de transport, comme les AGV dans beaucoup d’endroits ».

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