Le CH Beauvais programme son stock Plan Blanc 2.0

Principal hôpital de l’Oise, département rapidement touché par l’épidémie, le CH Beauvais a pulvérisé ses consommations d’équipements de protection en mars-avril dernier. Tirant les leçons de la crise, l’établissement picard juge nécessaire de sécuriser son stock Plan Blanc en créant une réserve constituée d’un volume adapté d’EPI et de certains dispositifs médicaux.

© Epictura
 « La crise sanitaire a aussi été une crise logistique. Elle a montré que les stocks n’étaient pas forcément suffisants pour affronter une crise à la fois majeure et dans le temps », analyse Lucie Souchon, directrice adjointe en charge des affaires économiques, logistiques, biomédicales et du Pôle femmes-enfants du CH Simone Veil de Beauvais dans l’Oise. Hôte des premiers « clusters » au mois de février, le département a particulièrement été touché.


L’établissement picard a donc été mis à rude épreuve, notamment lorsque les services de réanimation des hôpitaux voisins ont fermé temporairement (Creil) ou réduit leurs capacités (Compiègne) en raison de la contamination. « Nous avons eu jusqu’à 121 lits dédiés aux patients Covid et 27 en réanimation », illustre Lucie Souchon. A la date du 19 mai, 370 personnes étaient encore hospitalisées dans l’Oise en raison du virus.

La consommation des surblouses décuplée


Conséquence de quoi, le CH de Beauvais a pulvérisé ses records mensuels de consommation de certains produits. De 9 à 10 000 en moyenne, les tabliers sont montés jusqu’à 38 000 pièces. Le recours aux surblouses, très recherchées, a été décuplé, passant de 3 à 4000 selon les périodes à 30 000. « Jusqu’à 2000 par jour lors du pic », comptabilise Véronique Eloy, responsable logistique.


Même phénomène exponentiel pour les blouses, avec 60 490 recensées en avril dernier contre 2000 le même mois l’année précédente. Les charlottes n’ont pas été en reste. « Alors que nous en avions utilisé 5500 en mars l’année dernière, on a atteint 46 500 au mois de mars », chiffre Véronique Eloy. Un soutien sans failles au profit des équipes soignantes qui laisse des traces. « Les dépenses d’achats ont représenté près de 600 000 euros », estime Lucie Souchon.

Un local de 550 m2 pour la réserve Plan Blanc


Tirant les leçons de la surchauffe, le CH de Beauvais a immédiatement réfléchi à un nouveau dispositif pour ne pas revivre l’épisode du printemps et éviter le recours au système D avec la production locale d’EPI dans l’urgence, même s’il a démontré la réactivité des équipes. Pour Lucie Souchon, l’épidémie a montré qu’il « faut avoir des stocks, même si l’on dit que cela coûte cher. » Une réserve de matériels « Plan Blanc » élargie a été imaginée. « Il n’existe pas de cadre national pour les équipements dans ce cas de figure. Chaque établissement de santé a sa propre pratique. Mais cela se limite, en général, aux gants, blouses à usage unique, lunettes… », observe Véronique Eloy.


De gauche à droite : Lucie Souchon, directrice adjointe en charge des affaires économiques, logistiques, biomédicales, Véronique Eloy, responsable logistique et Samuel Célestin, responsable des achats, devant la future réserve

D’une superficie de 550 m2, un local disponible (ancienne blanchisserie) a été « préempté ». De quoi entreposer suffisamment d’équipements pour faire face à une autre crise sanitaire : 40 000 blouses à usage unique, 60 000 tabliers, 40 000 charlottes, 25 000 surchaussures, 300 000 masques chirurgicaux, 30 000 FFP2, ainsi que des masques taille enfant et des masques de type 1 (visiteur), 3200 gants, plusieurs centaines lunettes de protection, 9600 sacs, cartons et fûts DASRI, mais aussi des garrots, des bassines, des thermomètres, des sacs mortuaires… Avec un système de vérification des dates de péremption pour rafraîchir cartons et palettes.

Certains dispositifs médicaux dans la boucle


Lucie Souchon veut élargir ce stock tactique au biomédical. « Nous avons eu des besoins importants en DM et consommables spécifiques en raison de la prise en charge de patients Covid. C’est important de ne pas l’oublier, même si cela sera plus compliqué à gérer. Il faudra contacter les fournisseurs, examiner avec eux par exemple les conditions de stockage et les installations électriques nécessaires, résoudre les questions techniques qui vont se poser, comme la maintenance préventive. »


Le projet est déjà sur les rails car « l’ensemble des directions a bien compris les enjeux », souligne la directrice adjointe. Calendrier de mise en route prévu : septembre 2020. Avant d’être exploitable, le local de la réserve Plan Blanc 2.0 devra être réaménagé et sécurisé. « On a déjà prévu l’achat de grillages, on va travailler cet été pour établir un accès par badge. Et nous constituerons nos stocks petit à petit. »
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