La tour de contrôle du Nemours Children Hospital

Groupement hospitalier, le Nemours Children Hospital comprend deux hôpitaux pédiatriques en Floride et dans le Delaware. Depuis 2011, il a ouvert un « centre de commande clinique ». Cette tour de contrôle a deux fonctions. Elle régule le flux patients. Et grâce aux caméras installées dans les chambres, elle permet aussi un niveau de vigilance supplémentaire de l’état de santé des enfants hospitalisés.

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Composé de 6 stations, avec du personnel composé de paramédicaux ou d’infirmiers, présents 24/24, le « centre de commande clinique » du Nemours Children Hospital a essentiellement deux missions. La première, c’est la gestion du flux patients. Une station est dédiée à cette activité. Son équipe a accès un « reporting » en temps réel des données d’activité pour anticiper toute situation de blocage. Elle connaît le volume de patients présents au service d’accueil des urgences et le temps d’attente ou l’avancée du déroulé du programme opératoire. Elle a également accès aux informations rapportées par les hôpitaux partenaires en proximité et leur niveaux d’activité (vert, jaune ou rouge).

Recontacter toutes les familles après la sortie

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La régulation commence en amont de l’arrivée des patients à l’hôpital : c’est le centre de commande clinique qui est en lien direct avec les pompiers ou les ambulances et qui reçoit les rapports radios des patients transférés. En aval de l’hospitalisation, l’équipe du centre se charge de réaliser les appels de suivi. Toutes les familles sont contactées par l’hôpital entre 24 et 48h après la sortie, pour s’assurer que tout va bien et répondre à d’éventuelles questions.

Seconde mission : monitorer les patients. Cinq stations sont affectées à ce rôle (2 pour les 130 lits de Floride et 3 pour les 210 lits du Delaware). Afin de renforcer la sécurité des personnes hospitalisées, elles assurent un troisième niveau de veille, en complément du travail réalisé par les personnels soignants. Tous les enfants pris en charge sont concernés, et pas seulement ceux nécessitant des soins intensifs.

Système automatisé d’analyse des données

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La clé de voute du système est l’infrastructure permettant un accès aux données cliniques en temps réel, émanant du dossier patient informatisé EPIC (y compris les résultats d’examens). Un dispositif d’analyse des données automatisé active différents niveaux d’alerte, des notifications, et la possibilité d’obtenir plus d’informations et de positionner certains patients plus à risque sur une liste de vigilance.

Selon Joseph Summanen, architecte technique du centre de commande clinique, « ce système est efficace car il permet de colliger automatiquement des données et d’analyser de nombreuses variables et process en parallèle. Cela permet de réagir en temps réel, et beaucoup plus rapidement que lorsqu’il faut additionner les données manuellement ».
Surveillance de certains signes

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Le centre de commande surveille particulièrement les signes de bradycardie, tachycardie, fréquence cardiaque irrégulière ou arythmie et les niveaux de saturation en oxygène. Grâce à leur expérience et leur formation et aux analyses menées par le système, son équipe peut remarquer les anomalies et les signaler, soulageant ainsi les équipes de première ligne d’une partie de leurs tâches.

Imaginé à partir d’indicateurs (résultats de tests…), un protocole a été par exemple été spécialement installé dans le but d’éviter les septicémies, car les signes cliniques sont très difficiles à identifier en pédiatrie. Depuis son déploiement, il n’y a eu aucun décès inattendu lié à un choc septique et la fréquence des septicémies a baissé de 2 % à 0.5 %.

Une caméra dans chaque chambre

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Chaque chambre dispose d’une caméra, connectée au DPI. Les stations, dotée d’écrans muraux qui permettent une vue d’ensemble des patients, peuvent les activer quand un problème est détecté. Des micros leur permettent de s’annoncer et de vérifier la situation de visu ou de se coordonner avec la famille ou l’équipe de l’unité de soins. Une LED s’allume quand la caméra est activée (il n’y a pas d’enregistrement). La caméra est fixe mais permet de zoomer sur le patient et les équipements situés dans la chambre.

Pendant la pandémie, une extension du système vidéo a été déployée, en exploitant au maximum les technologies présentes pour répondre aux besoins des équipes et des patients. Les infirmiers des unités ont pu effectuer certaines de leur vérifications à distance, évitant toute la procédure de désinfection et l’utilisation d’EPI peu disponibles à l’époque.

La prochaine étape de développement consistera à détecter et analyser les images et enregistrements sonores dans la chambre, pour par exemple détecter des agressions (voix fortes) voire la toux, les ronflements ou les crises d’épilepsie. Il ne s’agira pas de mettre sous écoute, mais bien de prévenir les soignants. En effet, Sophie Rodriguez, directrice des soins, insiste sur le fait que les paramédicaux du centre de commande clinique sont des partenaires des unités de soins, permettant d’améliorer leurs conditions de travail. Et pas des concurrents ou une source de compression des coûts.

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