La chambre d’EHPAD réinventée

De quelle manière repenser la chambre d’EHPAD en prenant plus en compte les besoins et les attentes des utilisateurs ? A partir d’une démarche de « design thinking », l’agence Aïna et le groupe Spie Batignolles ont mis au point un concept plus modulaire, adaptable et personnalisable. Leur chambre nouvelle génération ne s’organise plus autour du lit et propose deux espaces nuit/jour.

© Aïna/Spie

Il faut un changement radical de modèle, faire de la chambre un logement, remettre la personne âgée au centre du dispositif, et dissocier lieux de vie des liens de soins, selon le rapport du réservoir d’idées Matières grises sur l’EHPAD du futur (lire notre article du 15 juin 2021 ).

Recentrer autour des besoins des utilisateurs

Construire des EHPAD avec un décor au code trop « hospitalier » ne devrait donc plus être trop tendance. Pour autant, proposer du design, beau et fonctionnel, n’est pas forcément synonyme de réussite. Surtout si les souhaits et les besoins des utilisateurs ont été ignorés. « Si la chambre n’a pas été pensée, les designers arrivent trop tard », a admis bien volontiers Florence Mathieu, fondatrice de l’agence Aïna, qui intervenait lors du dernier SantExpo.

Archétype d’une démarche ratée : des équipements fixés au mur dans une chambre destinée à une personne handicapée qui aura besoin, pour se déplacer, de bouger éventuellement certains meubles. Pour un motif identique, il sera impossible à un résident qui le souhaite d’installer son lit près d’un mur ou près de la fenêtre, parce que cela le rassure ou qu’il juge cet emplacement plus confortable.

Optimiser les surfaces perdues

Comment alors repenser le décor quotidien des personnes âgées, en centrant l’approche autour de ceux qui habiteront ou travailleront dans l’espace imaginé ? Pour imaginer une autre démarche, l’agence a démarré, avec le groupe Spie Batignolles, une étude en plusieurs étapes. Réalisée grâce à des entretiens menés avec des responsables d’établissement, des soignants et des résidents, une phase d’immersion a d’abord cerné les attentes.

Laquelle a débouché sur une phase prototype, afin d’imaginer un nouveau plan de chambre, plus adaptable et plus flexible. Les cogitations aboutissent à la conception d’un espace plus carré que rectangulaire, dont l’entrée est flanquée d’une grande penderie agrémentée sur un côté d’étagères, et surplombée de rangements hauts. De quoi marquer la frontière avec l’extérieur et réduire au maximum la surface perdue. Difficile en effet d’arriver après 80 ans de vie et de n’avoir, en tout et pour tout, que d’un espace de 80 centimètres pour ranger ses affaires.

Le lit n’est plus le point central

Point essentiel, la chambre ne s’organise plus autour du lit qui n’est plus la première chose que l’on aperçoit en entrant, mais un coin salon ou bureau. L’idée de cette chambre nouvelle génération est de proposer un côté jour et un côté nuit. Et d’apporter un décor plus comme à la maison, avec des boiseries et de la tapisserie comme revêtements, des rideaux aux fenêtres et des cimaises afin de pouvoir accrocher tableaux, photos et affiches, sans dégrader les murs. Un espace prévoit la possibilité d’apporter des meubles personnels.

Deux positionnements du lit sont possibles. Soit le long du mur pour gagner de la superficie. Soit en position centrale dans la zone nuit. Les murs de cette portion de chambre sont donc laissés nus. Et un système déplaçable permet de conserver des prises de courant quelle que soit l’option retenue. Comme la chambre d’EHPAD n’est pas une cellule, une large fenêtre à deux ouvrants avec une partie basse fixe et un dispositif anti-chaleur, assure l’ouverture sur l’extérieur.

Redonner un caractère intime à la salle de bains

Souvent réfléchie comme un endroit secondaire, la salle de bains, « espace où l’on prend soin de soi », a rappelé la designer « une zone intime », souhaite encore une fois se distinguer du code hospitalier, en utilisant des matières qui apportent de la chaleur et en proposant de nombreux coins de rangements. Elle différencie zone sèche et zone humide. Le miroir est suffisamment grand pour permettre de se voir que l’on soit debout ou assis dans un fauteuil roulant. Le confort de travail des soignants n’a pas été oublié : un espace a été par exemple été laissé libre de part et d’autre des toilettes pour faciliter les transferts.

La philosophie de départ était de demeurer dans les clous des standards classiques des surfaces alloués, soit entre 20 et 22 m2. « Le but était de rester raisonnable, de ne pas proposer du rêve que personne ne pourrait se payer », a insisté Jérôme Seytre, représentant de Spie Batignolles. Selon le groupe de BTP, ce changement de cap occasionnerait uniquement un surcoût oscillant entre 2 à 4 % de la partie hébergement.

Pour l’instant, aucun chantier inspiré de ce nouveau modèle, enfant d’une démarche initiée avant la pandémie, n’a débuté. Mais la manne du plan Ségur et la nécessité de réhabiliter nombre d’établissements devrait changer la donne. Parmi les 19 milliards promis sur les dix prochaines années, 1,5 sont destinés à moderniser les EHPAD. En attendant, le duo veut réfléchir, de la même manière, à la façon de concevoir les espaces collectifs d’un EHPAD.

 

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