Des robots pour aider aussi les soignants

Aux journées « Santé du Futur » de Nantes, le numérique et la robotique ont montré leur potentiel pour faciliter le travail des soignants autant que pour améliorer le traitement des patients. Soulevant, dans le contexte de pénurie de personnel, la question de la vitesse de leur déploiement. Dans une vidéo d’animation, l’ARS des Pays de la Loire a présenté la journée, heure par heure, d’un agent hospitalier, aidé par des robots.

© Epictura

Les journées Santé et Futur de Nantes, les 9 et 10 juin, ont bien eu à leur programme de grands « leviers du progrès thérapeutique », comme les nanomédecines et l’épigénétique (les traductions variables du patrimoine génétique). Elles ont surtout promu le numérique et les robots.

On compte sur eux pour aider d’abord les patients. Le service de chirurgie pédiatrique du Médipôle Lyon-Villeurbanne utilise désormais un robot humanoïde pour rassurer les enfants (lire notre article du 5 mai 2022) Le robot Cutti se promenait dans la cité des congrès de Nantes en affichant sur son écran tactile les jeux et services à même de rompre l’isolement d’un résident en Ehpad ou d’une personne handicapée. Vis-à-vis de ses soignants comme vis-à-vis des autres.

Interaction soignants/soignés

Pierre Rouhaud, créateur du petit robot Lupix en test auprès des autistes.

Plus pointu, Pierre Rouhaud, avocat converti à la cause de l’autisme, a présenté Lupix, son petit robot aux quatre « environnements » : un pour aider à se calmer, un pour communiquer, un pour apprendre, un dernier pour gagner en autonomie. Depuis un et demi, Lupix est testé, combiné à une tablette, dans le projet Caromarane pour personnes atteintes de maladie neurodégénérative, du pôle neurologie du CHU d’Angers.

« Une tablette, équipée pareillement, resterait sur la table. Lupix, lui, attire l’attention. Il apporte un univers à travers lequel les professionnels peuvent entrer en action avec les personnes en soin », explique Pierre Rouhaud. Son Lupix a forme de petit animal. Il a dû lui faire perdre 500g, pour qu’il ne plus pèse plus que 770g, le faire devenir quasiment incassable pour qu’on s’en saisisse un peu comme un jouet.

« J’entrevois tout ce que Lupix peut nous apporter pour juger de l’état d’un patient ou de l’efficacité de nos traitements pas en consultation mais dans la vie réelle, à domicile, dans la ville, explique Christophe Verny, chef du service de neurologie à Angers. Je pense aux personnes atteintes de la maladie de Huntington qui vont bénéficier de thérapies géniques pour la 1ère fois. Nous pourrons les suivre. » Il voit aussi dans le petit robot un moyen de faire converger vers le patient tous ceux qui s’en occupent, les pédagogues, les soignants des IME, dans les maisons de prises en charge spécialisées.

Une vidéo pour imaginer l’aide des robots

Plus nouveau, les robots sont davantage sollicités pour soulager les soignants. Dans une vidéo d’animation baptisée « Et si nous étions demain », l’ARS des Pays de la Loire a présenté la journée, heure par heure, d’un agent hospitalier, aidé par des robots. Ursule, un chariot robotisé apporte le petit-déjeuner. Jacquot, robot-serpillère se charge du ménage. Hector, en véritable assistant, suit le soignant partout, lui ouvre la porte des chambres, enregistre la conversation avec le patient, soulève celui-ci s’il le faut, va chercher le linge propre dans une armoire robotisée. Il lui épargne en somme les tâches les plus pénibles. Il lui rappelle les heures de relevé des températures, les médicaments à administrer. Il l’assiste ensuite au moment des transmissions.

« Ce scénario repose sur le fonctionnement réel d’un service, souligne Nathalie Henry, psychologue du travail au CHU de Nantes. On a imaginé comment les robots pouvaient se mettre au service des soignants et leur permettre de se recentrer sur leur relation au patient, retrouvant ainsi du sens à leur travail. La vidéo fournit aussi un outil de réflexion à partir duquel ils peuvent se projeter et concevoir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. » Pour elle il y a urgence car ces personnels, usés à 40 ans, affichent des « taux de troubles musculosquelettiques de maçons ».

Effort réduit de 30 % pour une aide-soignante

Nathalie Fillaudeau, portant un exosquelette et Christophe Gillard, directeur d’Ehpad

Mais avant le robot, il y a les exosquelettes qui commencent à faire leur apparition dans le domaine de la santé, à l’image de celui acquis par la blanchisserie inter-hospitalière de Saintonge (lire notre article du 15 novembre 2021). Ils viennent de l’industrie et sont faits pour des gestes répétitifs. Nathalie Fillaudeau, aide-soignante dans un Ehpad de Gesté dans le Maine-et-Loire, a fait sensation en enfilant celui qu’elle porte depuis un an. Il lui a supprimé ses maux de dos. Christophe Gillard, son directeur, l’a déniché auprès d’une filiale d’un constructeur automobile. Il l’a fait adapter. L’appareil aide dans les mouvements grâce à un système de ressorts.

« Il permet la rotation de l’épaule dans tous les sens, ce dont on a besoin autour des personnes âgées. Il réduit l’effort de 30 % », explique-t-il. Seul bémol, l’appareil vaut 5000 €. Il lui en faudrait douze. « Mais installer des rails partout au plafond me coûterait dix fois plus cher ». Devant l’urgence de ne plus perdre d’aides-soignants et d’ASH, le CHU de Nantes a décidé d’installer ces rails d’ici 2024. Des équipements déménageables dans le futur CHU qui ouvre en 2027. Tout en lançant une étude sur les exosquelettes et sur les activités transposables, il l’espère, le plus vite possible à des robots.

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