CHU de Nîmes : des piluliers sécurisés à vitesse grand V

Depuis quelques mois, le CHU de Nîmes confie la dispensation de ses lits de médecine à cinq robots de dernière génération capables de débiter chacun 50 piluliers l’heure. Une automatisation synonyme d’optimisation et de sécurisation qui, pour les pharmaciens appelés dès lors à des tâches plus valorisantes, sonne aussi comme une… délivrance.

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Des centaines de références différentes destinées à des milliers de lits trois fois par jour ! Au cœur des pharmacies à usage interne, les préparateurs s’activent, fabriquant les piluliers au plus près des prescriptions. Or, la tâche n’est pas seulement répétitive, source potentielle de troubles musculosquelettiques ; elle peut aussi être génératrice de stress au regard des risques encourus.

Aussi au CHU de Nîmes, dont l’unité en question compte 40 pharmaciens et 50 préparateurs, cinq robots endossent progressivement l’ingrate mais essentielle fonction… « Une première à aussi grande échelle », se félicite le chef du pôle pharmacie, Jean-Marie Kinowski.

5 robots pour 1,8 million d’euros

Sur le papier, le principe paraît simple : « après avoir, par découpe, transformé les plaquettes de médicaments en doses unitaires et stocké celles-ci par références produits, l’automate va – de manière totalement autonome – délivrer un à un ces comprimés dans les cases d’un pilulier sur la base des prescriptions informatisées validées par le pharmacien. Il ne reste plus alors qu’à récupérer ledit pilulier, étiqueté au nom du patient », décrit le professionnel.

Dr Jean-Marie Kinowski ©DR

La réalité du process s’avère toutefois un peu plus complexe : « bien que 70 % des plaquettes disposent désormais d’alvéoles caractérisées (nom de la molécule, numéro de lot, date de péremption…), près d’une référence sur trois reste non identifiable une fois découpée d’où l’importance d’un robot capable, selon les situations, soit de procéder en dose unitaire, soit d’individualiser les comprimés dans des sachets imprimés », explique-t-il. C’est le cas des machines récemment achetées par le CHU nîmois, pour un investissement total de 1,8 million d’euros.

250 piluliers l’heure

En retour, l’efficacité est sans commune mesure avec la préparation manuelle : alimenté par trois grandes armoires de stockage de médicaments, le rendement à terme s’établit à 50 piluliers de 10 comprimés chacun en moyenne, par robot et par heure, soit 250 piluliers horaires délivrés pour l’ensemble de la chaîne de production automatisée. « Avec 300 références formant 95 % des prescriptions et chargées pour 3 jours de fonctionnement, les 1 600 lits de médecine du CHU seront ainsi, demain, approvisionnés en un temps record, un robot exécutant seul le travail d’une douzaine d’équivalents temps plein », s’enthousiasme Jean-Marie Kinowski.

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À ce formidable gain de productivité s’adjoignent par ailleurs une traçabilité et une sécurisation inégalables : « découper 50 000 doses par jour n’est pas sans risque d’oubli ou de confusion, autant d’erreurs qu’un robot ne commettra jamais », assure le pharmacien qui la garantit donc : « c’est ici l’assurance du bon médicament au bon dosage et au bon moment », avec même des ajustements en temps réel possibles dans le cadre d’une télésurveillance des doses produites.

Libérés, recentrés

Mais les atouts de la dynamique ne se limitent pas à l’optimisation et à la sécurisation de la délivrance individuelle nominative (DIN). La dynamique de robotisation rime aussi avec l’ambition d’une plus grande valorisation du travail pour tous les pharmaciens et préparateurs jusqu’alors assignés à la fastidieuse mission : « au terme du déploiement, une quinzaine d’entre eux seront réorientés ou recentrés sur des activités cliniques nettement plus intéressantes, c’est-à-dire auprès des soignants et des patients », rapporte le praticien hospitalier. Une dernière raison, s’il en était besoin, de laisser décidément l’automate prendre la main.

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