Stocks : le Covid va-t-il favoriser la politique de l’écureuil ?

En vidant rapidement et prématurément les réserves de certains produits, l’épidémie a remis en question les certitudes sur la politique du flux tendu. Restocker en interne implique de l’espace et un suivi régulier des produits en raison des dates de péremption. Reste la solution du stock porté par les fournisseurs.

© Epictura
« La crise nous invite à réfléchir à notre gestion des stocks ». Directrice des achats du CHU de Nancy, Stéphanie Geyer exprime une opinion que partage la majorité de la profession. Ce qui ne veut pas dire qu’une unanimité se dégage sur les solutions à étudier ou retenir. Alors que la tendance était plutôt à la centralisation des magasins, l’établissement lorrain a choisi d’en ouvrir un second, afin de sécuriser des consommables qui, jusqu’alors, n’avaient pas vocation à être stockés.


« Nous avions un seul magasin dans une logique d’optimisation et de performance. Il faut revisiter cette orientation. La centralisation pose par exemple la question de l’hygiène et de la contamination. La pandémie pourrait inciter à un éclatement, plus propice à l’isolement et à la préservation des stocks », analyse Stéphanie Geyer.


Qui dit stockage dit pilotage


La prudence a permis à certains établissements, comme celui d’Arras, de mieux passer l’orage. « Nous avions coutume de constituer de petits stocks sur certains produits stratégiques, lesquels nous permis de tenir pendant le pic de la pandémie », observe Mathieu Mascot, responsable des achats de l’hôpital arrageois. Tirant les leçons du Covid-19 particulièrement virulent dans l’Oise, le CH de Beauvais a décidé, dès septembre prochain, de se constituer un stock Plan Blanc élargi (lire notre édition du 2 juin).


Mais la tactique a plusieurs défauts dans la cuirasse. Il faut d’abord disposer d’un espace suffisant afin d’entreposer le matériel. Ce qui n’est pas le cas partout. Des mètres carrés qu’il s’agit aussi de sécuriser puisque de nombreux vols ont été recensés pendant l’épidémie. Ensuite avoir le temps et les moyens de gérer ces équipements à l’obsolescence programmée afin de les renouveler régulièrement par roulement. Enfin, il implique des ressources financières. Pour sa part, le SDIS du Finistère estime le coût total d’une réserve de 3 mois à 400 000 euros (lire notre édition du 12 juin).


Difficile d’estimer les réserves nécessaires


Mathieu Mascot

Une dépense qu’il s’agit de comparer à l’aune de l’explosion des prix constatée pendant la crise. « Faute de volumes conservés, certains ont payé le prix fort, jusqu’à 2,60 euro la surblouse à usage unique », relève Mathieu Mascot.  « Pour autant, l’épidémie ne doit pas nous précipiter vers le surstockage. Elle doit nous pousser à identifier des produits cibles, pour lesquels il faudra prévoir, et en appliquant une politique différente s’agissant d’autres matériels. »


Directeur des achats des CHI de Créteil et Villeneuve Saint-Georges, Valentin Simon ne croit pas vraiment à la politique de l’écureuil : « une crise est par définition imprévue avec une durée difficile à envisager. En ce qui nous concerne, stocker par exemple 50 000 masques, c’est simplement de quoi tenir deux ou trois jours à l’échelle de nos deux établissements. » Selon lui, constituer des réserves importantes ne relève de toute façon pas des missions d’un hôpital.


La solution du stock consigné chez le fournisseur

 

 

Florian Vinclair

« La crise a monté les limites du flux tendu », reconnaît Florian Vinclair qui dessine une solution. « Pour répondre à ce type d’épisodes sur quelques semaines, le temps que les pouvoirs publics gouvernementaux s’organisent, une réflexion sur l’intégration d’un stock de sécurité au sein de nos marchés gérés par les fournisseurs est à envisager sur certaines références. Il faudra évidemment le payer, mais cela évite les m2 à chercher, la gestion tournante des volumes avec la vérification des dates de péremption… Les établissements n’ont pas forcément de grandes capacités de stockage. »


Le directeur des achats du CHU de Limoges plaide aussi pour une meilleure anticipation des commandes sur le temps de la crise.  « Il faut moins travailler au jour le jour, mieux planifier, améliorer la visibilité, en passant de J+5 ou J+6 à J+3 semaines ». Que deviendront ces stocks portés si l’Etat décide de réquisitionner, s’interroge toutefois Valentin Simon.
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