L’hôpital Saint-Joseph réfléchit à l’après Covid

À l’hôpital Saint-Joseph de Marseille, on prépare déjà l’après crise, tout en anticipant une éventuelle deuxième vague. Depuis deux mois, sous la pression des événements, acheteurs et logisticiens ont adapté en temps réel leurs organisations pour faire face à la crise. Mais ils ont déjà commencé à en tirer les leçons même si, comme en convient Cécile Piques, la directrice du pôle ressources matérielles, il est difficile d’avoir déjà suffisamment de recul.
L'équipe de réanimation
À deux pas du Rond-point du Prado et du stade Vélodrome, l’hôpital Saint-Joseph est par son activité le premier hôpital privé à but non lucratif de France. Deuxième employeur privé de Marseille avec plus de 2 400 employés, « Saint-Jo », comme on dit ici, aligne 811 lits et places de court séjour. Une grosse machine, puisque pratiquement toutes les spécialités médicales et chirurgicales y sont représentées au sein de ses 30 services et unités. Cécile Piques y dirige depuis quelques mois le pôle ressources matérielles. La crise aura été son baptême du feu à ce poste. Pour elle, sourcing, achats, dotations, organisation, logistique… plus rien ne sera comme avant.

« Dès le début de la crise, nous avons porté une attention particulière sur la gestion des équipements de protection individuelle, raconte Cécile Piques, masques, évidemment, mais aussi sur-blouses, gants, lunettes, coiffes… Nous avons dû faire face –  et c’est encore le cas – à plusieurs ruptures d’approvisionnement, sur les masques tout d’abord et sur les sur-blouses désormais ».

Cécile Piques

Au plus fort de la crise, Cécile Piques a essayé d’anticiper au mieux ces ruptures par un suivi très rapproché des stocks et une approche très proactive en matière d’achat et de recherche de nouveaux fournisseurs : « Nous avons dû travailler avec de nouvelles sociétés en portant un regard très attentif sur les fiches techniques proposées pour chaque article. Notre panel de fournisseurs s’est donc considérablement élargi, même si les délais de livraison annoncés ne sont pas toujours tenus… ».

Les limites du tout usage unique

À Saint-Joseph comme ailleurs, les fortes tensions sur les approvisionnements et la crainte des ruptures de stocks ont conduit à recourir à des solutions alternatives : « Dans le respect des recommandations ministérielles et des sociétés savantes en hygiène hospitalière, nous avons cherché auprès des entreprises locales des solutions alternatives à l’usage unique pour les sur-blouses, explique Cécile Piques, et c’est l’un des enseignements à tirer de la crise que nous traversons : nous devons réfléchir à la fin du tout usage unique et aux solutions alternatives ».

Pour la directrice du pôle ressources matérielles de l’hôpital Saint-Joseph, il va falloir sérieusement se pencher sur les équipements et les matériels réutilisables : « Et si c’était pour nous l’occasion de donner à nos achats une dimension développement durable ?, s’interroge-t-elle, même si c’est encore trop tôt pour avoir le recul nécessaire, c’est certainement un paramètre que nous devrons intégrer à l’avenir, nous serons tout à la fois écoresponsables et mieux protégés des tensions du marché ».

En attendant, Cécile Piques s’est penchée sur les dotations : « Nous avons mis en place pour les EPI des dotations calculées au plus près des besoins, confie-t-elle, les cadres de santé et les équipes ont été fortement sensibilisés à la nécessité d’une utilisation raisonnée de ces équipements. Dans l’environnement incertain que nous connaissons actuellement, il ne faut prendre aucun risque de rupture de stock ».

Stocks tactiques

Même si jusqu’à présent Saint-Joseph a pu faire face aux ruptures d’approvisionnement, sa directrice du pôle ressources matérielles pense qu’il faudra à l’avenir constituer des stocks tactiques sur les produits sensibles : « Tout comme une gestion plus pointue des dotations, la constitution de stocks tactiques sera l’une des leçons à tirer de la crise, un nouveau mode de réflexion à intégrer à nos politiques d’achat ».

Pour Cécile Piques, un autre enseignement à tirer pour l’avenir est celui d’une plus grande solidarité entre acheteurs : « Durant cette période nous avons été en contact régulier avec l’Hôpital Européen, confie-t-elle, l’autre gros établissement de santé à but non lucratif marseillais avec lequel nous avons un engagé un rapprochement. Nous leur avons notamment prêté du matériel biomédical, des pousse-seringues… ».

La co-conception boostée

Mais la collaboration ne s’arrête pas là puisque les acheteurs des deux hôpitaux s’échangent régulièrement des contacts fournisseurs pour les équipements de protection individuelle et travaillent ensemble sur la fabrication par une entreprise locale de masques en tissu à usage domestique pour leurs personnels.

À Saint-Joseph, la crise sanitaire aura également permis de développer la co-conception : « Avec une start-up marseillaise, nous avons développé en un temps record une solution de téléconsultations afin de continuer à assurer la prise en charge des patients souffrant d’autres pathologies que le Covid 19 ». Cécile Piques en est convaincue, à Marseille comme ailleurs, dans le public comme dans le privé, les acheteurs ne travailleront plus de la même façon.
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