Léonard Dupé : la crise Covid a accéléré la nécessité d’investir dans les outils de pilotage et le capital humain

Venu du CH du Mans, Léonard Dupé a pris les responsabilités de directeur des achats et de la logistique et délégué du pôle Pharmacie du CHU de Rennes à la fin du mois d’avril. L’occasion était belle d’interroger ce professionnel, à la tête de fonctions supports depuis près de quinze ans, sur l’évolution de ces métiers à l’hôpital et les leçons à tirer de la crise sanitaire.

santé-achat.info : Vous avez effectué la majeure partie de votre carrière en occupant des postes de direction de fonctions supports dans les établissements de Niort et du Mans et maintenant à Rennes. Est-ce une orientation délibérée ?

Léonard Dupé : « Même si la formation de directeur d’hôpital conduit à être généraliste, cela a été un choix volontaire de me spécialiser dans les fonctions achats et logistique que j’apprécie particulièrement. J’ai découvert leur importance aux Hospices Civils de Lyon lors de ma première mission, à l’occasion de la création d’un pavillon médical associé à un plateau technique mutualisé de 20 000 m2. Sa mise en route fluide dépendait de leur implication. Cela m’a donné envie d’exercer dans ce secteur.

Avec leur dimension juridique et économique, les achats font sens, notamment lorsqu’il s’agit de négocier avec les fournisseurs, de rechercher des solutions innovantes. Il s’agit d’une responsabilité particulièrement importante. Il ne faut pas oublier que les établissements de santé sont souvent l’un des premiers donneurs d’ordres d’un département ou d’une région.

Le volet ressources humaines est également important, avec des équipes oscillant entre 300 à 500 personnes. Je trouve stimulant d’avoir à animer un tel collectif et de montrer à l’institution toute la valeur qu’il lui apporte. Ces équipes méritent d’être réellement managées. »

santé-achat.info : Est-ce facile d’encadrer ces métiers si différents, de l’achat aux transports, en passant par la gestion des magasins, le linge, les déchets ou la restauration ?

Léonard Dupé : « Selon ma propre expérience, il faut travailler dans deux directions. La première est de porter la question du service rendu, de la qualité apportée aux utilisateurs finaux que sont les soignants, mais aussi les patients, qu’il ne faut jamais perdre de vue.

La seconde consiste à convaincre l’institution dans son ensemble, la direction générale et le corps médical, de l’intérêt à investir dans ces services et de les moderniser, grâce par exemple aux outils d’automatisation ou aux logiciels de planification et de pilotage, encore une fois dans l’idée de rendre un meilleur service. Il faut également dépasser le tabou de la question du faire à la place des soignants, et proposer des solutions au bénéfice de la relation équipes /patients, par exemple dans le domaine de la logistique d’étage, en apportant de l’expertise en matière de gestion de stocks ou d’approvisionnement. Il s’agit d’un mouvement de fond, et non d’un discours rhétorique ou de l’écume des choses. »

santé-achat.info : L’épidémie Covid a-t-elle changé le regard de l’hôpital sur ses fonctions supports ? Peut-on parler d’un avant et d’un après ?

Léonard Dupé : « La crise sanitaire a conforté leur caractère stratégique et démontré leur professionnalisation, leur réactivité, leur inventivité, et leur efficacité comparable à celle des équipes soignantes qui étaient en première ligne. J’en veux pour preuve que les ARS ont sollicité les équipes des grands CH et CHU afin d’assurer la distribution des EPI avec une gestion optimisée des stocks.

De mon point de vue, la pandémie a surtout accéléré la nécessité d’investir en termes d’outils de pilotage comme les SI achats ou les applications de gestion des entrepôts, mais aussi dans le capital humain dans le domaine de l’ingénierie logistique. Le challenge est de faire évoluer les métiers. Il ne s’agit plus seulement, par exemple, de pousser un contenant jusqu’au dernier mètre, mais aussi d’aller vers des fonctions de conducteur de ligne ou de superviseur d’automate, en logistique générale comme pharmaceutique. »

santé-achat.info : Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le CHU de Rennes ?

Léonard Dupé : « Je suis un homme de l’Ouest… Plus sérieusement, à Rennes, la communauté médicale et la direction générale ont compris que les achats et la logistique sont des éléments structurants de la politique d’un établissement. Ils perçoivent bien que les fonctions supports doivent être associés le plus tôt possible en amont des projets parce que leur fonction de conseil facilitera leur mise en œuvre. Notre directrice générale est convaincue de leur valeur ajoutée et de la nécessité de moderniser la logistique.

Par ailleurs, le CHU de Rennes, comme l’hôpital du Mans, s’est doté d’un projet d’établissement 2022-2029 ambitieux, avec la reconstruction sur un site unique, en cœur de ville. C’est notamment un chantier majeur, celui du Centre Chirurgical et Interventionnel avec 8 étages et 55 salles (dont 36 de blocs, 2 hybrides, 12 salles d’imagerie et cardiologie interventionnelles et 5 d’endoscopie), un pôle Femme-mère-enfant, un institut régional de cancérologie dont les incidences logistiques sont importantes (voir notre article du 23 mars 2021).

J’ai aussi été attiré par l’enjeu territorial. Le GHT de Haute-Bretagne se compose de 10 établissements. L’ambition est d’améliorer sa fonction achats, en développant les fonctions du contrôle de gestion achats et les instruments de pilotage. Il ne s’agit pas d’une révolution, mais plutôt d’une évolution. Avec l’allègement de la crise sanitaire, nous allons avoir l’opportunité de nous retrouver autour de la table et de conforter le collectif, de proposer des processus efficaces pour tous.

La capacité du CHU de Rennes à innover a également pesé dans la balance. L’hôpital bénéficie d’un écosystème très intéressant, avec l’EHESP, les universités, les centres de recherche et d’un tissu assez dense d’entreprises et de start-up du secteur de la santé. »

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