Jury de concours : les secrets d’un bon scrutin

Après avoir donné les ingrédients d’une bonne composition d’un jury de concours (lire notre édition du 8 juin), voici en deuxième partie, les recettes pour s’assurer de son bon fonctionnement, de l’examen des offres au modalités du vote.

© Epictura

Composer savamment un jury pour obtenir un cénacle de qualité et adapté à l’objet du concours n’est pas forcément chose aisée pour le maître d’ouvrage (lire notre article du 8 juin 2022 ). Une fois franchie cette étape, il reste encore à fixer certaines règles du jeu lors de la réunion des jurés.

« le jury examine les plans et projets présentés de manière anonyme par les opérateurs économiques admis à participer au concours […] » Art R2162-18 du CCP

L’anonymat constitue évidemment l’élément central de l’équité de la procédure. Aussi, si le ministère de l’Économie a récemment confirmé que le jury peut avoir connaissance de l’identité des candidats (lien), chaque projet présenté doit évidemment continuer de l’être sans aucun « lien de paternité » possible. À noter que le CRBFC, en revanche, fournit systématiquement aux candidats la composition du jury, mais cela n’est en rien obligatoire.

Philippe Clemandot ©S.Laure

Vient ensuite l’examen : Si « c’est dans le choix des pairs et leurs avis éclairants que réside le succès du concours », comme l’estime Arnaud Latrèche, « convenons qu’un jury peut être aidant ou empêchant », tempère Philippe Clémandot. Certes, le Mémento de l’architecte consultant MICQP est clair : le jury constitue une « occasion privilégiée pour mener une action pédagogique de sensibilisation des décideurs publics à l’architecture », avec pour objectif « un consensus sur le meilleur projet ». Mais dans la réalité, « mieux vaut quand même éviter de prendre l’architecte des bâtiments de France au sein du jury si l’on souhaite construire Beaubourg en centre-ville », glisse cet acheteur public. Tel un cocktail, le jury doit donc être un assemblage savant sans être détonnant.

Pour cela, certaines cases sont à cocher « Au risque d’une endogamie déjà citée, les « sachants » doivent être au fait de projets similaires pour apporter une plus-value », énonce Christine Rossi, directrice de l’urbanisme et des affaires foncières à la ville d’Évry. « La présence d’un représentant du CAUE ou de l’agence d’urbanisme locale permettra aussi de contextualiser le projet, tandis que celle du délégué d’une école d’architecture apportera en parallèle un souffle de créativité », suggère Philippe Clémandot.

Enfin, poursuit-il, « il ne faut pas oublier le rôle essentiel du président du jury auquel il revient de rappeler les usages et la fonctionnalité derrière l’image. »
D’ailleurs, « lorsque le maître d’ouvrage donne la parole aux jurés, il est judicieux d’inverser les tours de tables afin de limiter l’influence de certains jurés sur d’autres », conseille le Mémento de l’architecte consultant.

« Après avoir analysé les candidatures et formulé un avis motivé sur celles-ci […] » Art R2162-18

Florence Trinh-Boin ©DR

L’article cadre les deux temps de la procédure, celui de la sélection des candidats puis celui du choix du projet. « Une fois éliminés les dossiers hors sujet – extrêmement rares à ce niveau d’expertise – il faut donc passer d’une centaine de projets aux 4-5 retenus pour la deuxième phase puis opérer un classement final parmi ceux-ci », explique Florence Trinh… « Idéalement panacher entre national, local et jeune talent montant », précise Philippe Clémandot.

Faut-il privilégier le geste architectural ou les coûts de maintenance ? Quelle valeur donner à l’insertion dans le site ? La plus-value environnementale doit-elle primer ? « Pour mieux éclairer le jury sur ses ambitions et se garantir ainsi un avis conforme à ses souhaits, le conseil régional adresse à chaque juré, en amont de la consultation, une note très détaillée sur ses intentions, accompagnée de photos du site et/ ou d’équipements inspirants », explique Florence Trinh.

« L’architecture publique a une véritable responsabilité dans l’organisation et la structuration de la ville », insiste-t-elle. « Il est essentiel que soient également rapportées au jury les remarques formulées par les commissions techniques réunies en amont, lesquelles doivent compter des utilisateurs finaux (directeur d’établissement, cadres de santé, patients…) », complète Cédric Garot.

« […] sur la base des critères d’évaluation définis dans l’avis de concours […]»Art R2162-18

Arnaud Latrèche©DR

Pour opérer choix et classement, le cadre juridique se résume à une phrase : « les critères d’évaluation définis dans l’avis de concours ». « Ils doivent être précis, en nombre limité pour éviter l’addition d’items et sous-items en fin de journée. Ainsi, quatre suffisent : la réponse fonctionnelle, la réponse architecturale, la réponse économique et la dimension RSE », énumère Philippe Clémandot. Les doter d’une pondération est un « plus », « pour garantir un vote objectif et « orthodoxe », complète Arnaud Latreche.

Le vote

Toutefois, il est possible – et souvent bien plus rapide – de voter à l’appui d’une seule note globale bien motivée. D’ailleurs, pour éviter un choix dicté par l’arithmétique, la MICQP conseille la formule « un homme, une voix, un projet ». La loi ne dit rien des modalités du scrutin dont la légitimité ne saurait pourtant souffrir de remise en cause.

Cédric Garot

Aussi, pour plus de transparence, la MIQCP et le CNOA préconisent-ils tous deux d’adopter un vote d’élimination à main levée, le candidat étant conservé « si le nombre de mains levées atteint la majorité définie au préalable. » Toutefois, les mêmes admettent que « le ou les derniers tours peuvent avoir lieu à bulletin secret, chaque juré votant pour un nombre d’équipes correspondant au nombre à sélectionner ». Cédric Garot approuve : « L’anonymat évite aussi que les premières annonces de note influent sur les suivantes. » D’autres méthodes enfin peuvent être choisies, l’important étant de prédéfinir précisément les règles, système de notation compris.

Et après

À quoi reconnaît-on un jury réussi ? « Un programme bien compris et analysé dont la réalisation trouve sa place et ses usages, sans contentieux dans la foulée », rétorque Christine Rossi. Mais Philippe Clémandot le rappelle : « Un raté n’est jamais la faute de l’architecte, ni du jury mais de la faute de l’acheteur qui n’aura pas su faire le bon choix ! »

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