Christophe Carles : « ce serait une erreur de recommencer comme avant »

Responsable de la coordination des achats du département du Cher, Christophe Carles est convaincu que la crise sanitaire doit pousser les acheteurs à intégrer la notion de risque et de pénurie dans leurs réflexions. Selon lui, la fragilisation du tissu économique consécutive à la pandémie devrait permettre au système d’acquisition dynamique de bénéficier d’un retour en grâce.

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Moins touché que les départements du nord et de l’est de la France par l’épidémie, le Cher a pourtant recensé 153 décès (au 9 juin), une moitié à l’hôpital et l’autre dans les établissements médico-sociaux. Comme ses collègues du secteur sanitaire, Christophe Carles, responsable de la coordination des achats du département du Cher (environ 700 millions d’euros de budget annuel) a été marqué par la crise sanitaire inédite traversée par le pays par son ampleur et sa diffusion. En dépit d’un recul insuffisant, il tire un premier bilan. « On a vécu des choses dont il faudra tenir compte dans les mois et les années à venir. Ce serait une erreur de recommencer comme avant. »


Côté commande publique, l’épidémie a eu au moins une conséquence positive pour la fonction, en la mettant sous les feux des projecteurs, « alors qu’elle n’a pas toujours été considérée comme une fonction essentielle. » Ancien responsable d’un service des moyens généraux, Christophe Carles n’oublie pas d’évoquer la partie approvisionnements, laquelle « a aussi démontré son importance ».


Intégrer la notion de risque dans la réflexion achats


Pour ce professionnel éprouvé – plus de 20 ans d’expérience à son actif –  qui a mené la réorganisation des achats au département et fait adopter par les élus en juin 2018 une feuille de route valable jusqu’en 2021, la vague Covid amène à s’interroger sur ce qu’il s’agit de stocker et en quelles quantités. « On s’est habitué d’une part à vivre dans un monde d’abondance, avec un minimum de stocks, du flux tendu. Par ailleurs, les magasins internes ont été considérés comme des centres de coûts qu’il fallait optimiser et réduire au strict minimum. Il va falloir se réinterroger clairement. Car le stockage dépend des risques encourus. »


Il est convaincu que les acheteurs doivent désormais intégrer la notion de pénurie dans leur réflexion. « Le choc massif que l’on vient de connaître aurait pu avoir une origine différente, par exemple pétrolier. »  Christophe Carles reconnaît que cette réflexion est naissante. « Jusqu’ici, c’était surtout le risque RSE qui était plus ou moins intégré. »


Recourir à la notion de coût global


Mais comment prendre en compte ce paramètre ? « La notion de coût global va nous sauver. On peut imaginer qu’il y aura un retour de bâton dans beaucoup de collectivités avec la tentation d’austérité budgétaire, conséquence de l’augmentation des dépenses et d’un effondrement des recettes. Mais rechercher de nouveau le prix le plus bas serait une erreur », répond le responsable de la coordination des achats du département du Cher.


Le SAD a vocation à se développer


De son point de vue, la crise va certainement favoriser le recours à d’autres techniques, à la multi-attribution, alors que « le BA-ba de l’acheteur a longtemps été de réduire le panel fournisseurs » et au système d’acquisition dynamique assez peu usité, malgré sa présence dans la réglementation depuis 2006. « Le SAD a vocation à se développer avec un tissu économique fragilisé, caractérisé par des disparitions et de créations d’entreprises, car c’est un outil contractuel capable de gérer les entrées et les sorties. »


Dans un contexte de crise économique historique, il estime enfin que le périmètre du sourcing va s’affiner. « Auparavant, l’acheteur, focalisé sur le produit, ne se penchait pas forcément sur l’évolution du chiffre d’affaires des entreprises. Je pense qu’il va plus s’enquérir de leur santé financière. »

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