Béatrice de la Chapelle, une matheuse aux achats et à la logistique du CHU de Poitiers

Le développement durable va trouver en Béatrice de la Chapelle, nouvelle directrice des achats et de la logistique du CHU de Poitiers, un serviteur d’origine scientifique, enthousiasmé par le défi qu’il représente dans le secteur de la santé.

Licenciée en maths de l’université d’Angers, Béatrice de la Chapelle bifurque en optant pour un DEA et un DESS en démographie à la Sorbonne, en lien avec l’INED (Institut national des études démographiques). Un peu plus tard, au ministère de la Santé, alors qu’elle observe en démographe le « terrain », elle dit « avoir beaucoup appris pour la suite ».

Béatrice de la Chapelle passe le concours de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes. Elle veut devenir un de ces directeurs d’hôpitaux « pas les deux pieds dans le même sabot » qu’elle avait rencontré lors de son passage au ministère et souhaite intégrer un métier aux multiples facettes.

Il y a cinq ans, une expérience intense

Ces deux moments de bascule définissent sans doute encore celle qui, depuis le 1er mars, est directrice des achats et de la logistique au CHU de Poitiers. Après avoir, en bonne généraliste comme en forme l’EHESP, remplacé le directeur de l’hôpital de Châtellerault en 2019 où elle était, depuis 2017, directrice des finances et des ressources matérielles. Au fil du hasard et du temps, les achats, la logistique l’ont souvent occupée.

Juste avant Châtellerault, ils l’ont conduite vers l’expérience la plus intense de sa vie à Gonesse dans le Val d’Oise. Un nouvel hôpital, un changement d’équipements : chaîne de labo, robot de pharmacie, tunnels de lavage, contenants uniques, AGV, nouveaux métiers tels que logisticien d’étage puis un déménagement. « Pendant des mois, la charge mentale est élevée, à penser à tout ce qui permettra le succès du transfert. »

Productrice d’études

Avant Gonesse, elle avait occupé deux postes à l’APHP. Dont celui de préparer, à la direction de la qualité et à la gestion des risques, la certification par l’HAS du groupement des hôpitaux universitaires Henri Mondor. Et à sa sortie de l’EHESP, celui des finances, de la qualité, de la gestion des risques, des supports d’information et de la stratégie à l’hôpital Jean Verdier de Bondy.

Mais avant de plonger dans le grand bain des responsabilités opérationnelles, Béatrice de la Chapelle, avait, en quelque sorte, eu une vie d’intellectuelle. Elle s’était « éclatée » en tant que démographe statisticienne à la direction des populations et des migrations au ministère des Affaires sociales et de l’emploi. En 1997, elle avait écrit un article sur la polygamie en France que – « c’est curieux », dit-elle- le philosophe Michel Onfray a repris l’an dernier sur Front populaire, son « site d’actualité des souverainistes ».

Arrêter la fuite en avant

En 1998, à la direction de l’hospitalisation et des soins du ministère de la Santé, elle avait évalué le coût des augmentations de salaires, écrit un guide de suivi des masses salariales. Elle avait débusqué l’anomalie des quotas aux écoles d’infirmières fixés sans tenir compte des départs dans les services, retraites ou autres. Elle avait planché sur le vieillissement du personnel hospitalier.

Aujourd’hui, c’est avec la même curiosité d’analyste, de scientifique qu’elle envisage le développement durable. « Dans mon secteur, nous avons plein d’idées : sur le plastique, l’usage unique, les déchets, l’évolution du parc automobile. Mais le Covid est allé contre le développement durable. Tous ces EPI, masques, seringues, ces tests fabriqués à l’autre bout de la planète, qu’on a jeté, qu’on jette encore. On est dans une fuite en avant », explique-t-elle.

Réfléchir avec les autres acheteurs publics

Elle a le sentiment que toutes ces questions, trop souvent gérées dans l’urgence, ne le sont pas toujours dans le bon sens. Il y a des choix à faire, qui coûtent souvent plus cher. « J’ai passé le message qu’il vaut mieux du local pas forcément bio que du bio de l’autre bout du monde. Pour l’instant, nous manquons surtout de tout : d’œufs, de bœuf, d’huile, de poisson. Les chefs n’arrêtent pas de changer les recettes pour s’adapter. »

Depuis l’été dernier, la direction générale du CHU de Poitiers s’est dotée d’un comité de pilotage du développement durable pour passer à l’action. Autre source d’espoir pour Béatrice de la Chapelle, la ville de Poitiers, passée dans les mains des écologistes aux dernières élections municipales, travaille au regroupement de tous les grands acheteurs publics (commune, agglomération, université, hôpital) pour doper l’achat local. « Tout cela est très intéressant », avoue-t-elle.

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