Un EHPAD néerlandais à la pointe de l’innovation verte

Pennemes & Mennistenerf sont deux établissements de soins aux personnes âgées néerlandais qui ont fait le choix stratégique d’investir dans l’innovation verte. En commençant par comprendre comment la nature soigne et favorise le bien être, l’organisation a pris un tournant résolument durable et écologique. Rutger de Graaf, directeur de l’innovation, nous explique ce cheminement.

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santé-achat.info : Qu’est-ce que l’innovation verte ?


Rutger de Graaf : « A Pennemes & Mennistenerf, nous prenons soin de plus de mille personnes âgées dans la banlieue d’Amsterdam. Depuis quelques années, nous avons centré notre projet d’établissement sur l’innovation verte. Concrètement, nous utilisons tous les aspects de la nature et de l’environnement pour prendre soin des personnes âgées de notre communauté et nous essayons de réduire au maximum notre impact sur l’environnement.


Notre passage à une stratégie verte a été incrémental. La première étape s’est faite sans véritable intention préalable : les mesures de la qualité de l’air au sein des résidences étaient mauvaises, avec une importante pollution liée aux produits de nettoyage et à des odeurs corporelles. Au lieu d’investir dans une machine coûteuse de filtrage de l’air, nous avons décidé d’acheter des plantes qui jouent parfaitement ce rôle de filtrage et d’humidification de l’air.

 

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Cette décision, d’apparence anodine, a provoqué de profonds changements. En effet, il était nécessaire d’arroser toutes ces nouvelles plantes. A la surprise générale, de nombreuses bonnes volontés se sont proposées spontanément au sein du personnel et même des familles. Nous avons donc décidé de prolonger l’expérience et de créer des jardins sur le toit de la résidence. Plusieurs associations se sont jointes à nous et nous avons aujourd’hui une mini ferme, des ruches et un potager ouvert à nos résidents, entretenus par plus de 500 bénévoles. »


santé-achat.info :  Quel est l’impact de cet engagement sur la politique des achats ?


Rutger de Graaf : « Au début, le focus sur l’innovation verte ne concernait que le projet de vie des personnes accueillies. Cependant, après deux ou trois ans, toutes les directions ont commencé à réfléchir à la manière dont ils pourraient être plus respectueux de l’environnement. La direction des finances a ainsi décidé de changer de banque pour une banque verte, qui investit dans des projets durables.


La direction des achats revu ses critères d’attribution des marchés. Aux Pays-Bas, les processus d’achats des établissements publics doivent respecter des critères nationaux (prix, service, etc.). Pennemes & Mennistenerf ont décidé d’ajouter des critères liés au respect de l’environnement et le développement durable dans leurs appels d’offres : le produit est-il recyclable, l’entreprise améliore-t-elle la durabilité, etc.


L’imposition de ces nouveaux critères a provoqué des changements de fournisseurs et a permis de renouveler le dialogue. Ainsi, les ingrédients pour les repas, qui sont préparés sur place par une équipe de cuisiniers, étaient souvent livrés dans d’énormes quantités de plastiques. Il a été demandé aux fournisseurs de limiter la quantité de plastique, de supprimer complètement les emballages non nécessaires ou d’utiliser des alternatives quand c’est vraiment nécessaire.


Aujourd’hui, nous nous approvisionnement marginalement auprès de fermiers locaux. Nous cherchons donc à travailler le plus possible avec des interlocuteurs de proximité pour éviter les intermédiaires et nous ravitailler en produits de qualité. »


santé-achat.info : Pouvez-vous partager quelques exemples concrets de transformation qui ont eu lieu à la suite de cet engagement dans l’innovation verte ?


Rutger de Graaf : « Une des premières évolutions que nous avons réalisées a été d’investir les toits de nos bâtiments. Les surfaces de toit de nos deux organisations étaient inexploitées. Nous avons transformé l’un des toits en jardin pour les résidents, et nous avons couvert l’autre de panneaux solaires et de panneaux chauffants. Nous produisons aujourd’hui 80 % de notre électricité et en revendons même à notre quartier à certaines périodes de l’année. Nous sommes également en train de réfléchir à l’installation d’éoliennes.


Pour réduire nos émissions « carbone », nous avons acheté des camionnettes électriques pour les transports entre nos deux sites (situé à moins d’un kilomètre l’un de l’autre). Nous avons notamment beaucoup de transferts d’aliments à réaliser. Notre service de soins à domicile est équipé de vélos. Cela facilite les déplacements de nos soignants qui se rendent au domicile des personnes âgées du quartier : pas besoin de se garer et pas d’embouteillages !


Un autre exemple est la composteuse que nous avons installée dans le service de restauration. Tous les jours, les cuisiniers y déversent les déchets alimentaires de la journée et, en 24 heures, ces déchets sont transformés en compost par des bactéries spéciales. Ce compost, très nutritif, utilisé pour nos plantes et notre jardin, est aussi mis à disposition des voisins. C’est une bonne solution dans le cadre de la lutte contre le gaspillage alimentaire.


En revanche, nous n’avons pas encore trouvé de solution satisfaisante au problème de l’utilisation de plastique à usage unique dans les soins. Les alternatives aux gants en plastique sont très coûteuses et il est difficile de changer de fournisseur dans la pratique. Pour l’instant, nous nous contentons de supprimer les plastiques à usager unique dans le quotidien, comm
e par exemple en remplaçant les cuillers en plastique par des touillettes en bois.


Mon message principal aux responsables des achats c’est de les encourager à développer une stratégie verte. Dans leurs fonctions, ils peuvent jouer un rôle déterminant dans ce changement de pratiques et contribuer concrètement à la défense de la planète. Ils ont une influencent réelle sur leurs fournisseurs et leur organisation. »

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