Toulouse Métropole veut bâtir circulaire

Toulouse Métropole utilise la commande publique pour jeter les bases, d’ici 2026, d’un écosystème local de BTP circulaire. En apprenant l’écriture «circulaire » des cahiers des charges puis en allant jusqu’à créer une plateforme de revente des matériaux prêts au réemploi. Une soixantaine de projets publics de déconstruction et de rénovation vont en profiter.

© Frederic Maligne

C’est une petite révolution disposant d’un budget de 2,8 millions d’€ jusqu’en février 2026, subventionnée à 55 % par l’Europe à travers son programme Waste2Build. Elle a été lancée sous la direction de Bruni Giancarlo, directeur de la commande publique de la Métropole de Toulouse depuis octobre dernier.

Dans un an seront en principe lancés les appels d’offres pour la déconstruction, la rénovation ou la construction mais alors avec un maximum de réemploi de matières, d’une soixantaine de bâtiments publics, de voiries et d’espaces paysagers.

80 % des marchés avec un critère économie circulaire

D’ici là, deux étapes auront été franchies : caractériser la démarche « circulaire » d’optimisation des ressources et de valorisation des déchets qui sera exigée des acteurs du BTP sur ces chantiers, démarche déclinée dans la procédure d’appels d’offres. Et identifier la liste des projets auxquels elle s’appliquera. Huit sont déjà choisis dont deux à Toulouse mais ils s’étendront aux 37 communes de la métropole. « L’ambition est d’irriguer tout le territoire et même au-delà, de diffuser ainsi l’économie circulaire », résume Bruni Giancarlo.

Ces quelque 60 marchés publics visent à réformer le BTP local : réduire de 35 % sa consommation de ressources et sa production de déchets, le structurer en filière d’économie circulaire, accompagner à cette occasion sa montée en compétence sur le sujet. C’étaient des conditions au soutien du programme européen.

Ces objectifs, dans le contrat passé avec Bruxelles d’ici 2026, induisent des changements pour la métropole elle-même : 85 % des déchets valorisés sur la métropole toulousaine, 80 % des marchés publics intégrant un critère d’économie circulaire, 60 % des entreprises répondant aux marchés publics sensibilisés à ces enjeux, la création de 360 équivalents temps plein par an, d’ici là.

Partir d’un diagnostic des ressources recyclables

Chantier du parc des expositions © P.Nin

La méthode, elle aussi, est arrêtée : répertorier les matériaux disponibles sur ces chantiers, les classifier, les normaliser en vue de leurs réutilisations possibles. La métropole toulousaine a un peu d’expérience sur le sujet. Son effort dans le réemploi sur d’autres projets locaux de matériaux issus de la déconstruction de son ancien parc des expositions, sur l’île du Ramier, l’a aidé à décrocher le soutien de Bruxelles. 70 % de remploi des matériaux était demandé. Les entreprises sélectionnées devaient dire comment elles procéderaient, au moins à quel spécialiste du recyclage elles les vendraient.

« Aujourd’hui nous travaillons, avec les professionnels du bâtiment, à la définition d’un diagnostic-ressources en matériaux recyclables en partant du PEMD (produits d’équipements matériaux et déchets), obligatoire dès 1000 m2 de surface. Nous voulons abaisser ce seuil à 500 m2, bonne maille pour irriguer le territoire. Le diagnostic participera ainsi à la compréhension commune du sujet de la construction circulaire », explique Bruni Giancarlo.

Déconstruire autrement

Giancarlo Bruni

Le directeur de la commande publique réunit par ailleurs tous les maîtres d’ouvrage du territoire autour du périmètre du futur appel d’offres. « J’espère au moins 80 % de bâti mais pour chaque projet, nous allons aussi nous redemander ce qu’il y a à faire. Pas tout mettre à bas forcément pour changer toutes les fenêtres d’un groupe scolaire. Nous allons sans doute imaginer de nouvelles normes dans nos consultations publiques. Par exemple prévoir plus de temps pour que les entreprises de déconstruction déposent, comme plus de soin des fenêtres ou des WC identifiés comme réutilisables. A travers toute cette démarche, la question centrale va sans doute devenir : comment repère-t-on les ressources susceptibles d’être valorisées ultérieurement pour d’autres projets ? Cela peut ensuite modifier les termes du marché de déconstruction », indique Bruni Giancarlo.

D’ici 2026, la Métropole va aussi lancer un site de revente des matériaux, une place de marché dématérialisée. « Sur le papier, c’est sexy, observe Bruni Giancarlo, mais outre l’organisation de ce « back office » informatique, avec la gestion de données qu’elle suppose, sur les acteurs, sur les matériaux, il y a une filière logistique à organiser, par exemple, avec des plateformes de stockage temporaires. Des flux financiers aussi à prévoir. Mais à l’avenir, nous, acheteurs publics, nous pourrons exiger un plus fort pourcentage de matériaux recyclés quand nous passerons un nouveau marché de construction ».

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