Sobriété : les « quick wins » possibles

Alors que l’heure est à la sobriété, les établissements de santé, gros utilisateurs d’eau et d’énergie, cherchent à maîtriser leur consommation. En avance sur le sujet, la Mission d’appui à la performance des établissements sanitaires et services médico-sociaux (Mapes) en Pays de la Loire, expose les principaux gains envisageables très rapidement.

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Depuis que la Première ministre Elisabeth Borne a appelé les entreprises à se doter d’un plan de sobriété, le téléphone ne cesse de sonner dans les bureaux « efficacité & transition énergétique » (ETE) de la Mission d’appui à la performance des établissements sanitaires et services médico-sociaux (Mapes) en Pays de la Loire… Et pour cause, cette structure unique en France, née en 2019 de la fusion de plusieurs structures, et émanation de l’ARS des Pays de la Loire (qui la finance) et de toutes les fédérations du secteur (FHF, FHP, Fehap, Ugecam, Nexem, Synerpa, Uriopss) adossée juridiquement au CHU de Nantes, a de l’avance sur le sujet.

De 7 à 15 % d’économie en jeu

Yoann Leloutre

Déjà éditrice de conseils pratiques sur plus de 30 thèmes sur la base documentaire du site web de la Mapes (écogestes, optimisation des process, eau chaude sanitaire…), la mission ETE s’apprête à aller plus loin dans le partage de son savoir-faire. « On peut faire de 7 à 15 % d’économie d’énergie à zéro ou peu d’investissement en adaptant notre besoin à notre usage, aussi bien dans le neuf que dans l’existant », promet Yoann Leloutre, coordinateur région de la mission ETE à la Mapes.

Cet automne, la Mapes publiera un document Excel, téléchargeable gratuitement et utilisable après avoir suivi un webinaire de quelques minutes également en ligne, « pour pouvoir mettre en place un plan d’actions ‘quick wins’ en interne », promet Yoann Leloutre.  Les principaux gains immédiats concernent la régulation de la température, la ventilation et l’eau.

Systèmes hydro-économes

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L’eau est habituellement délivrée au rythme de 13 litres par minutes pour les robinets et de 15 pour les douches. La Mapes préconise d’installer des systèmes hydro-économes qui permettent de passer à 6 ou 9 litres d’eau par minute. « Des EHPAD l’ont fait, ça n’a généré ni légionelle, ni inconfort, » précise Yoann Leloutre, qui rappelle qu’il existe « des certificats d’économies d’énergie » sur ces systèmes.

Dans les toilettes, la mise en place de chasse à double commande. « Même si certains, comme les personnes atteintes d’Alzheimer, peuvent se tromper une fois sur deux, c’est toujours ça de gagné », remarque Yoann Leloutre. Plus généralement, un suivi mensuel des compteurs, plutôt que deux fois par an comme habituellement, permet de réagir plus vite en cas de fuite.

L’isolation du réseau d’eau chaude

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Isoler la totalité des réseaux d’eau chaude sanitaire, tant les mètres linaires que les points singuliers (vannes, pompes…) et les ballons de stockage, limite les pertes de chaleur. « Et surtout, il faut isoler en priorité l’échangeur à plaques. Les prestataires disent parfois que c’est impossible. Or il suffit de l’isoler comme un œuf Kinder ! », conseille Yoann Leloutre, avant de préciser « 1 mètre non isolé, c’est au moins 30 € de déperdition de chauffage par an ». Pour aller encore plus loin, la solution du solaire thermique peut être étudiée. « Il existe des aides de l’Ademe pour cela le taux de retour qui était autour de 15 ans, peut être ramené aujourd’hui à 6/7ans », indique Yoann Le loutre.

Ventiler au bon moment

Maitriser le temps de la ventilation permet des économies sur l’énergie consommée. Dans les zones qui ne nécessitent pas un fonctionnement 24h/24 (bureaux, salles de réunion, réfectoires),  le système peut être désactivé. Attention toutefois, il convient de l’arrêter « deux heures après l’occupation et de la remettre deux heures avant », précise Yoann Leloutre. Cela se programme en équipant le système « d’horloges sur les contacteurs électriques des ventilateurs », détaille le spécialiste.  Même l’usage des hottes des cuisines peut être modulé. « On la mettra moins fort pour couper des carottes que pour faire cuire des frites », illustre Yoann Leloutre, qui conseille aussi de stopper « la hotte de la laverie quand on ne lave pas ».

La solution des détecteurs de présence

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Concernant l’éclairage, passer à des lampes à LED permet « des gains en maintenance, en consommation d’électricité, en coût d’abonnement », égrène Yoann Leloutre.  Installer des détecteurs de présence est d’autant plus pertinent que ces derniers sont réglés pour la puissance de l’éclairage et pour sa durée. Et ce, en fonction de l’usage, différent dans un escalier, les toilettes, un couloir… « Il existe aussi des détections par sondes de luminosité qui déclenchent l’éclairage s’il fait sombre », ajoute-t-il. « De même, les programmations de l’éclairage de parking datent souvent, or si on peut réduire la durée d’une demi-heure par jour, 365 jours par an, ce n’est pas rien ! ».

Le thermostat sous clef pour la clim en été

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La Mapes invite, dans les espaces de vie, à mettre le thermostat sous clé. Objectif : éviter que chaque membre du personnel puisse piloter la climatisation à sa guise. Le responsable de la maintenance pourra programmer la température. Avec une règle en été : ne jamais régler la clim en dessous de 26°. « Et de ne jamais commander plus de 6 degrés de moins que la température extérieure », conseille Yoann Leloutre.

Dans les autres pièces, on vérifiera la température planifiée dans le local du serveur informatique. « S’il y a peu d’équipements, on peut facilement monter jusqu’à 25, au lieu des 18 degrés souvent observés. Dans le local poubelle, on recommande 13 degrés apparemment dans notre région, or le réglage est souvent à 10 », regrette-t-il. En un mot, il faut se conformer aux recommandations techniques du constructeur. Y compris pour les chambres froides.

L’enjeu du chauffage

Piloter le chauffage est également un gros enjeu. Si la température programmée à telle heure (théorique) et la température réelle dans une pièce diffèrent, il convient de chercher la faille. Une fois le problème identifié et réglé, reste à choisir une température raisonnable. « Quitte à mettre un convecteur électrique d’appoint pour le patient qui a besoin de davantage compte-tenu de son état », suggère-t-il.

« J’ai vu une école entière chauffée le mercredi après-midi parce que la directrice travaille dans son bureau », glisse Yoann Leloutre pour donner un autre exemple absurde. « Régler les réseaux secondaires s’effectue donc selon trois paramètres : la programmation horaire, les températures de consigne (de ‘confort’ et de ‘réduit’) et la loi d’eau (qui met en lien la météo et la température de l’eau de chauffage, NDR) », résume celui qui propose de réaliser des tests, par exemples en réduisant d’un demi-degré la nuit. Et de voir comment les usagers et les personnels réagissent.

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